Contagion de la crise centrafricaine

Contagion de la crise centrafricaine

Menace d’une déstabilisation qui vient des rapatriés et des réfugiés centrafricains.

Les indicateurs sont au rouge. Ils signalent une éventuelle irrigation de la crise que connait la République de Centrafrique au Cameroun. Les incidents à répétition qui sont enregistrés aussi bien aux frontières qu’à l’intérieur du pays commandent que l’armée soit en alerte maximale.

I- Peur sur le Cameroun

DE PLUS EN PLUS, il est enregistré des dérives sur plusieurs villes de différentes régions du Cameroun, pas toujours innocentes dans la menace de déstabilisation du Cameroun. Les bulletins des services de renseignements des différentes unités des forces armées et polices et les analystes les plus pointilleux présagent comme une issue inévitable si aucune disposition n’est prise pour annihiler toutes vélléités insurrectionnelles. A la baguette, la France est mise à l’index. La dernière en date est l’émeute que la ville de Bertoua a enregistrée dans la journée de mardi 21 janvier 2014. Où à la suite d’un accident de la circulation dans la ville et ayant opposé un véhicule de la Communauté urbaine de Bertoua (Cub) à un moto-taximan, les rumeurs les plus folles propagées comme une traînée de poudre ont laissé croire que le conducteur de la moto est décédé à l’hôpital. Ce qui a suscité un soulèvement des moto-taximen qui s’est aussitôt embrasé, prenant les allures d’une émeute populaire.

Au final, les locaux de la Cub ont été saccagés, le parc automobile détruit, les dégâts sont lourds. On le chiffre aux premières estimations à plus d’une dizaine de millions Fcfa. Une situation qui a pris au dépourvu les Forces de maintien de l’ordre qui ont été, non seulement, pris au dépourvu, mais aussi débordé par la situation qu’ils n’ont pas pu maîtriser. Laissant sur le carreau des véhicules endommagés. Là n’est pas le plus inquiétant. Car, pour les autorités administratives territorialement compétentes, rien ne justifient cet incident bénin prenne une telle proportion et connaisse une telle dérive. Pour elles, il ne fait pas de doute qu’il y a eu une forte dose de manipulation savamment orchestrée de manière à susciter l’implication des personnes nouvellement arrivées sur le territoire camerounais et venant de la Centrafrique. Aussi bien des réfugiés que des camerounais rapatriés qui ont fui la guerre religieuse.

Depuis que la situation est revenue au calme, les renforts ont été envoyés, notamment des unités spécialisées tels que le Bataillon rapide d’intervention (Bir), le Groupement polyvalent d’intervention nationale (Gpin),…), mais aussi des fins limiers des renseignements pour élucider les origines de ce soulèvement dans une région de l’Est où même les émeutes de fin février 2008 n’avaient pas reçu un écho favorable. En dépit de sa position géographique, qui, du fait, de son importante frontière terrestre poreuse avec la Rca, favorise un brassage des deux peuples, faisant de cette population l’une des plus cosmopolites et hétéroclites du Cameroun. Parc conséquence, très délicate à gérer parce que facilement exposée aux situations conflictuelles qui ont une grande menace sur l’ordre public. D’ailleurs, ce n’est pas la première révolte enregistrée dans cette région de l’Est depuis que des hommes, des femmes et enfants des nationalités diverses et majoritairement des Centrafricains, qui, précédemment résidaient en Rca ont migré dans cette région du Cameroun pour trouver refuge.

Il y a moins de deux semaines, c’était à l’asile du Haut commissariat des nations unis pour les réfugiés (Hcr) où une grogne des exilés Centrafricains a été enregistrée. Il a fallu la descente du gouverneur de la région de l’Est, Samuel Ivaha Diboua dans cet asile du Hcr pour ramener de l’ordre et mettre en garde les réfugiés centrafricains. Pour la plupart ayant fui les représailles après qu’un putsch militaire a allégrement glissé dans une guerre interreligieuse entre musulmans et chrétiens au point qu’il a failli virer au génocide. Dans ce climat, les soldats français de l’opération Sangari qui ont pris le contrôle de l’aéroport de Bangui ont été obligés avec les missions diplomatiques de mettre en place un pont aérien qui a permis de rapatrier les étrangers dans leurs pays respectifs. C’est dans ce cadre que le gouvernement camerounais a favorisé le retour de plus de 4 000 compatriotes. Parmi lesquels : les travailleurs internationaux, les étudiants, les familles ayant migré pour des raisons économiques afin de trouver des opportunités plus favorables que celles qui étaient les leurs au Cameroun.

II- Les tentacules de l’exfiltration centrafricaine 

Il y a aussi, des exilés spéciaux parmi lesquels les hommes politiques, les étudiants exclus des universités pour activisme ou les fonctionnaires véreux qui sont allés se fondre dans la population de ce pays pour fuir des répressions diverses du régime Biya ou de ses tout puissants collaborateurs à qui la force d’un décret a légué une parcelle de la République. Autres raisons de cet exil forcé : les marginaux victimes des refus arbitraire de recrutements, des fonctionnaires maintenus sans solde, et des camerounais menacés pour leurs opinions politiques, … Mais il y a aussi, ceux qui ont fui des condamnations de justice, ou des poursuites judiciaires à la suite des délits pénaux (détournement de la fortune publique, actes de banditisme aggravé…). On peut citer aussi entre autre les militaires en désertion, les policiers révoqués,…On ne saurait omettre aussi parmi ses exilés des bandits de grands chemins ou évadés de  prisons qui y sont allés se refaire une autre virginité. La plupart de ses Camerounais sont revenus au pays la mort dans l’âme.

 

Certains sous une fausse identité et d’autres suffisamment huilés dans les réseaux idéologiques de la diaspora ou des puissances coloniales qui réclament à cor et à cri le renversement du régime au pouvoir depuis plus de 32 ans. Et pour cette sale besogne, certains ont été exfiltrés pour déstabiliser le pays et entrainer une insurrection qui conduirait à cette fin. Ainsi, à la faveur de la crise centrafricaine, les soldats français de l’opération Sangari pourraient alors manoeuvrer plus facilement pour faire passer des armes comme c’est le cas, et aiguillonner des combattants mieux des mercenaires qui seraient facilement recrutés dans ce bourbier centrafricain. C’est dans ce contexte que les services de renseignements camerounais ont été redéployés.

Et la plupart des Camerounais qui aurait regagné le Cameroun est mise en filature. Des filatures qui ont permis d’interpeller certains camerounais en complicité avec certains centrafricains de la rébellion Séleka ou Anti-Balaka alors qu’ils essayaient de mettre le trouble à l’ordre public. C’est ainsi qu’à Douala, un ancien policier révoqué, qui est devenu un opposant farouche au régime et qui revient de Rca en compagnie avec un soldat centrafricain ont été autour d’un conflit à la rue de la joie de Déido, il y a une dizaine de jours. Le but était de le voir dégénérer et le faire virer à une insurrection, sachant la ville de Douala dite la rebelle pourrait être la rampe de lancement d’un soulèvement. Mais très vite, un commissaire de police en civil a ramener et le calme, et a fait interpeller les concerner à, leur pied du lit après une filature minutieuse au moment où ils ont repris le chemin retour.

Lundi 20 janvier dernier aussi, à la suite d’une banale joute verbale, un soldat centrafricain a pris la mouche contre Julio Njawe au point de le pourchasser la machette au point, dans la rue Akwa où se trouve l’Ambassade de Rca. Il a fallu qu’un Camerounais vole au secours de Julio en s’interposant entre les deux belligérants avec un chevron. C’est dire que la menace est loin d’être éloignée. L’alerte est loin de retomber, même si la situation semble revenir à la normale en Rca. Au Cameroun, la vigilance doit être maximale.

camernews-Catherine-Samba

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