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Conférence de presse – Après 17 ans de réclusion: Titus Edzoa peut-il pardonner ?

Conférence de presse – Après 17 ans de réclusion: Titus Edzoa peut-il pardonner ?

Après l’interview accordée à notre confrère français Christophe Boisbouvier de radio France internationale (Rfi), l’ex Sgpr était face à la presse samedi dernier en sa résidence de Simbock. Une fois de plus, l’ancien cacique du parti au pouvoir a réitéré avoir pardonné tous ceux qui ont œuvré en faveur de son embastillement.

Moins d’une semaine après son départ du secrétariat d’Etat à la défense (SED) où il était incarcéré depuis dix-sept années pour : trafic d’influence, corruption et détournement de la somme de 350 millions de francs Cfa (1ère condamnation du 03 octobre 1997 par le TGI du Mfoundi). L’ancien ministre de la santé publique Titus Edzoa a donné une conférence de presse, le samedi 1er Mars dernier, dans son ranch du quartier Simbock. Contrairement à ce que beaucoup d’observateurs auraient pu penser, l’ancien tout-puissant secrétaire général de la présidence de la république, a réaffirmé lors de ladite rencontre avec les hommes de médias, son appartenance au Rassemblement démocratique du peuple Camerounais (Rdpc), mouvement politique avec lequel, il avait pourtant été en rupture de ban, au lendemain de sa démission du gouvernement (où il occupait les fonctions de ministre de la santé publique) le 20 Avril 1997.

Volte-face suspecte

En annonçant solennellement sa candidature à la présidentielle d’octobre 1997, pire encore, en publiant dés juin de la même année « Lettre à la Nation » dans certains journaux de la place–message qui apparaissait manifestement comme étant son programme de campagne. Il ne faisait plus l’ombre d’aucun doute, au sein de l’opinion publique, que Titus Edzoa avait définitivement tourné le dos au régime du renouveau, qu’il avait jusque là pourtant servi, au point d’en devenir le vice-dieu, alors qu’il trônait encore au secrétariat général de la présidence de la république (1994-1996). Peu avant sa démission du 20 Avril 1997, quelques unes de nos sources rapportent que Titus Edzoa déjà en disgrâce, avait été formellement éconduit d’Etoudi, alors qu’il était venu solliciter une audience auprès de Paul Biya.

Selon les mêmes indiscrétions, l’ancien médecin personnel du prince, avait d’ores et déjà été mis au parfum, par ses filleuls et obligés du gouvernement, membres du Circes (ordre initiatique dont il était le grand maître), que son arrestation était en préparation. Cette version des faits corroborent d’ailleurs largement avec les fameuses conversations des écoutes téléphoniques, où deux éminents pontes du régime (Amadou Ali et Akame Mfoumou) évoquaient clairement le stratagème du rouleau compresseur, qui allait être mis en œuvre contre le renégat Edzoa. Ainsi, suite logique des évènements. Accusé de trafic d’influence, de corruption et du détournement de la somme de 350 millions (émanant des fonds liés à l’organisation du sommet de l’OUA, 1996), l’ancien ministre de la santé publique avait été arrêté, une semaine avant son directeur présumé de campagne, Michel Thierry Atangana, et condamné à 15 ans de prison par le TGI du Mfoundi, après un procès expéditif qui restera encore longtemps dans les annales de la justice Camerounaise. Pire, et alors qu’ils achevaient leur peine de condamnation, un second procès leur fut collé au dos, avec les charges similaires et en 2012, Titus Edzoa et son compagnon d’infortune furent de nouveau condamnés à vingt années de prison. Tout compte fait, eu égard au dénouement de l’affaire, il est aujourd’hui indéniable que Titus Edzoa n’a eu de salut que grâce à la mobilisation de la France, qui depuis quelques années exerce une pression de tous les instants sur le régime de Yaoundé, pour la libération de son citoyen Michel Thierry Atangana. Ceci étant réitéré, il va sans dire que sans l’implication du locataire de l’Elysée et la mobilisation de l’hexagone, qui a porté l’affaire devant le Haut-commissariat de l’Onu aux droits de l’homme, l’ancien président du Copisurp et Titus Edzoa seraient encore enfermés au Sed.

Un cadavre politique

En choisissant de sceller une paix de braves avec ses bourreaux d’hier, la démarche de Titus Edzoa reste sibylline pour bon nombre d’observateurs avertis de notre landerneau politique. Sinon, l’ex détenu du Sed pourrait-il aussi facilement passer l’éponge ? Probablement, non ! Pour un politologue joint au téléphone sous anonymat, Titus Edzoa sait pertinemment que le retour aux affaires de quelques uns de ses poulains, à l’instar de Peter Agbor Tabi, pour ne citer que ce seul cas (Sg N°1 à la présidence de la république) devrait lui permettre de jouer un rôle de premier plan, dans la perspective de l’après Biya. Même s’il est fragrant que toute éventuelle candidature émanant du professeur de médecine âgé de 69 ans, serait désormais hypothétique, eu égard à la situation de son casier judiciaire. Il apparaît de plus en plus que le fakir de Simbock est manifestement arrivé à la fin de son existence politique. Tigre en carton pour quelques uns et cadavre politique pour d’autres, la présence des policiers et autres gendarmes au domicile de l’ancien ministre serait, nous dit-on, davantage due aux raisons sécuritaires évidentes. Le régime de Yaoundé et son chef ne voudraient pas être tenus pour responsables, en cas d’assassinat de l’ancien vice-dieu.

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