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Ce n’est pas Ali que nous avons soutenu

Ce n’est pas Ali que nous avons soutenu

Ali Bongo Ondimbaa été proclamé élu président de la république Gabonaise par la Cour Constitutionnelle. Il a été reconnu comme tel, avec 50,66% des voix. Cela s’est passé dans la nuit de vendredi 23 au samedi 24 septembre dernier. Désormais, Ali Bongo, 57 ans va rempiler pour sept prochaines années. Jean Ping, son rival a totalisé 47,24 % des voix au cours de cette même élection.

Peu après la validation de sa réélection, le président Gabonais a appelé tous les responsables politiques, y compris les candidats malheureux à l’élection présidentielle du 27 août, « à un dialogue politique ».Jean Ping, 73 ans, ancien du système passé à l’opposition, a de son côté qualifié la décision de la Cour constitutionnelle de « déni de droit ».

Il a dénoncé face aux médias le « parti pris » de la Cour. Il a promis: « Je ne reculerai pas » car je me considère encore et toujours comme « le président clairement élu des Gabonais ». Jean Ping est un ancien cacique du régime. Il est passé dans l’opposition quand il n’a pas rempilé comme président de la Commission de l’union africaine qu’il a dirigée pendant un mandat.

Jamais une élection n’aura retenu autant l’attention de la communauté internationale comme ce fut le cas au Gabon. Cette consultation électorale a propulsé sur la place publique, une dame paisible, intelligente: Mme Marie-Madeleine Mborantsuo , présidente de la Cour Constitutionnelle du Gabon. Elle a été sous pression maximale.

Elle a géré une situation difficile. Il lui revenait, au-delà de l’obligation morale et professionnelle qu’elle avait de dire le droit, il lui fallait aussi gérer cette pression, conjuguer des éléments constitutifs pour éviter une explosion de la rue, et préserver l’intérêt général du Gabon et des Gabonais. Cela fut un exercice périlleux  qu’on aurait de la peine à souhaiter à son pire ennemi.

Mme Marie-Madeleine Mborantsuo est sortie de cette épreuve presque sans égratignure. Il n’en sera pas de même des autres acteurs. Ils sont: le gagnant Ali Bongo Ondimba, le perdant Jean Ping, et la France. Ces acteurs jouent et joueront pour longtemps encore des partitions différentes. Ali Bongo Ondimba devra devenir le rassembleur dans un pays où 50% de ses compatriotes n’ont pas voté pour lui. Jean Ping, quant à lui, il n’a aucun intérêt à être le mauvais perdant grincheux et revanchard. S’il se vautre dans la posture de la victime à qui on « a volé une victoire », il perdra toute crédibilité auprès de ses compatriotes, autant que le pouvoir ne lui fera pas de cadeau.

Quant à la France, ses acteurs politiques ont eu la berlue dans cette phase électorale. Chacun dans l’hexagone a joué la carte de l’alternance en misant maladroitement et parfois grossièrement sur le perdant. Ces acteurs ont fait montre une fois de plus de leur ignorance de la mentalité africaine, et de la société humaine qui a envie de transcender les mentalités coloniales pour s’affranchir.

Cela signifie que chaque fois que la France manifeste des sympathies pour ou de l’aversion à un dirigeant africain, celui-là sera automatiquement rejeté ou adulé par les masses du continent. Des exemples sont légion: Thomas Sankara, Robert Mugabe, Pierre Nkurunziza, Laurent Gbagbo ou Muammar Kaddhafi.

Toutes ces personnes, lorsque l’occident, avec en tête la France a commencé à vouloir les marginaliser, elles ont été portées en héros ou martyrs par les masses africaines. Le cas de la Côte d’Ivoire est encore en mémoire. Beaucoup de personnes ont fait l’amalgame entre bongo le père et bongo le fils. Ils portent le même nom certes, mais ils sont de tempérament opposé. Ali gère le patronyme, mais pas les options politiques d’Omar. Il a la volonté de faire ses marques, de prendre des distances du paternalisme français, au plan économique et au plan politique. Ce souci déplait à Paris, il enthousiasme les masses africaines. Elles créent de par le continent des tribunes pour encourager et soutenir Ali Bongo.

Tout le monde avait besoin d’une alternance réelle au Gabon. Personne ne voulait d’une alternance sur ces bases uniques de patronyme. Personne ne voulait encore moins d’une alternance voulue par la Françafrique. La France, une fois de plus, n’a rien compris de l’Afrique. Elle a trop misé sur le cheval Ping, maladroit et irrespectueux. La France a fait d’Ali « le résistant » au diktat colonial. C’est pour cela qu’il a été soutenu partout en Afrique.

 

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