Cameroun – Yaoundé: Le Centre des urgences… aux urgences

Inaugurée le 24 juin dernier, le centre hospitalier croule sous des dettes de plus de 30 millions Fcfa.

Le Centre des urgences de Yaoundé (Cury) avec ses couleurs rose et blanche mettent un peu de fraîcheur dans cet espace réservé aux soins des grands malades comme des victimes d’accident. Une fois qu’on réussit à traverser l’entrée principale et à braver l’épreuve du contrôle des agents postés devant le portail, l’attention du visiteur est tout de suite attirée vers l’aile droite du Cury.
Ce 30 novembre 2015, les sièges sont pris d’assaut par les garde-malades ou encore par des personnes venues rendre visite à un proche. Derrière ces banquettes, des femmes sont allongées sur des cartons ou sur des matelas pour d’autres. Elles ont occupé une petite véranda sous laquelle débouche une porte. Qui n’est certainement plus en service, du moins le temps qu’elles y sont installées. Vu qu’elles barrent l’entrée avec leurs lits de fortune et leurs ustensiles. En effet, auprès de leurs couchettes se trouvent des seaux,

des marmites, des assiettes…D’aucunes sont d’ailleurs en train de se restaurer. Il s’agit pour la plupart de garde-malades qui n’arrivent pas à payer les frais d’hôpitaux de leurs proches.
C’est le cas de Mama Martine «je suis ici depuis le 10 septembre 2015. Mon fils qui était malade est déjà guéri mais je reste parce que je ne peux pas payer les factures. Je suis à 250 000 Fcfa de dettes sans compter les frais de la chambre qui s’élève à 10 000 Fcfa par jour», indique-t-elle. Sur les sièges d’à côté, Mme Elada est suspendue au téléphone. Elle appelle des connaissances chez qui elle compte emprunter de l’argent pour soigner son frère, en soins intensifs au Cury. «Nous sommes ici depuis hier. Mon frère a eu un accident. J’ai déjà déboursé 7000 Fcfa pour acheter quelques médicaments. Pourtant la facture s’élève déjà à plus de 300 000 Fcfa. On ne me met pas de pression mais je dois déjà trouver comment faire pour payer mes factures», explique-t-elle.

Espoirs
C’est ainsi que le Cury essaye de remplir ses missions qui sont celles «de prendre en charge toutes les urgences médico-chirurgicales et solliciter le paiement par la suite». Sauf que le paiement à posteriori fait problème aujourd’hui. Cinq mois après son inauguration, le centre a plus de 30 millions de dettes. D’après le directeur de l’hôpital, Dr Louis Joss Bitang à Mafok, en 2016 si rien n’est fait, le centre sera à plus de 60 millions de dettes. Dans la mesure où sur les 4263 patients reçus ou sauvés au Cury depuis juin 2015, mois de lancement de ses activités, nombreux sont ceux qui sont partis sans régler leur ardoise. D’où la levée de fonds organisée hier par l’Agence de coopération internationale de la Corée.
Pourtant la création du Cury, brandit comme le premier du genre en Afrique centrale, a charrié bien des espoirs. Ce fruit de la coopération entre le Cameroun et la Corée du Sud et financé par les deux pays à hauteur de 3 250 000 000 Fcfa était innovateur avec sa formule: prise en charge sans payement au préalable. Avec la tournure des évènements, les uns et les autres en sont à se demander si cette ambition avait été prise à sa juste mesure.