Cameroun – Sciences. Financement: La montée en puissance des prix de l’innovation

Ces trois dernières années, le nombre d’entreprises, institutions ou individus promoteurs d’Awards dans les domaines des TIC et de la recherche n’a cessé de progresser. Pour la seule année 2016, les montants débloqués vont au-delà des 100 millions de Fcfa.

En 2016, plus de 100 millions de Fcfa seront remis à des jeunes chercheurs, innovateurs, start-up dans le cadre de prix organisés par des institutions camerounaises ou internationales. Ce chiffre qui illustre la montée en puissance des projets dans les domaines des TIC, confirme  également une recrudescence de l’intérêt porté par les entreprises, institutions ou individus dans tout ce qui est innovation ou recherche. Depuis un peu plus de trois ans, on enregistre une multiplicité de prix destinés à «encourager» l’innovation au Cameroun. Après la filiale camerounaise de la société pétrolière Total, et ses 25 millions de Fcfa remis à trois jeunes camerounais (Alain Nteff, Olivier Madiba, Serge Poueme) dans le cadre de son «Total Challenge Startupper», le tour est venu à c’était au tour d’Orange de récompenser l’innovation. Le Prix de l’Entrepreneur social  en Afrique, que lance le groupe des télécoms depuis 2010, a mis en jeu 55 000 euros, à partager entre les lauréats. Quelques jours plus tard, le 09 mai dernier, l’African Innovation Foundation (Aif), (dont l’un des lauréats de l’édition 2015 fut un certain Arthur Zang), rendait publique la liste des 10 finalistes de son programme phare. Montant de la cagnotte : 150 000 $ (environ 87 millions de Fcfa).

A côté de ces institutions qu’on peut désormais considérer comme les inconditionnels des prix de l’innovation, arrivent progressivement de nouvelles institutions et individus, mus par la volonté de mettre leur expérience et leur patrimoine financier au service de l’innovation et de la recherche. Parmi ceux-ci, le milliardaire nigérian Tony Elumelu, et son « Tony Elumelu Programm» (TEEP). Cette initiative panafricaine qui visait à accorder 10 millions de FCfa à près de 1 000 start-up africaines, a remis près de 190 millions de Fcfa aux 19 jeunes promoteurs camerounais recrutés en 2015. Pour cette année, le TEEP a à nouveau annoncé le recrutement de  1000 start-up africaines, et la mise à leur disposition d’un financement  similaire à celui de l’année dernière.

La manne venue des affaires

Le retentissement de cette initiative lancée par le Patron du  groupe UBA, n’a pas mis beaucoup de temps pour atteindre le Cameroun. Son collègue, banquier, Pca du Groupe Afriland, a également annoncé le lancement d’une initiative de financement et de mentorat des jeunes chercheurs et innovateurs, en mettant en jeu une enveloppe de 24 milliards de FCfa. Qu’est-ce qui justifie cet intérêt sans cesse croissant pour le financement des projets de recherche et d’innovation ? Dans l’ensemble, les institutions engagées dans ce «nouveau modèle» expliquent vouloir «encourager les start-up en mettant l’innovation au service du développement du continent africain». Le 16 mai 2016 dernier, lors du lancement du « PKFokam Award for Science and technology », Paul Fokam Kammogne expliquait que : « L’Afrique en général, et le  Cameroun  en particulier, ne pourront évoluer que s’il y a une incitation à l’excellence. Et cette incitation à l’Excellence doit se manifester par deux éléments fondamentaux. D’abord, l’Award qui doit précéder, mais aussi un financement, qui va leur apporter quelque chose à la poche ».

Une manne financière inespérée. Car ces trois dernières années, trouver de l’argent pour financer le développement de son projet était le plus gros blocage des jeunes chercheurs et promoteurs de start-ups. « Lorsqu’on sollicitait les banques, on nous demandait d’avoir un dossier complet, prêt à être réalisé. Et même lorsque ceci était fait, il fallait encore donner un apport personnel. Ce qui, pour un jeune entrepreneur, était la chose la plus difficile à trouver », explique Alain Nteff, promoteur de Gifted Mom, et lauréat de plusieurs prix de l’innovation (Anzisha, Total Challenge Startupper, Queen’s Young Leaders Awards, etc.). Dans la même veine, Arthur Zang, l’inventeur du CardioPad (l’un des projets de e-santé les plus aboutis d’Afrique de l’heure) racontait avoir été sauvé grâce à sa mère. « Je n’avais pas assez de moyens quand je démarrais. C’est ma mère qui a fait un premier crédit bancaire de 700 000 FCfa qui m’a permis de monter mon premier prototype », avait-il déclaré dans une émission de débat organisé dans le cadre de la Conférence « Investir au Cameroun » par la chaîne panafricaine Africa24.

Comme eux, Olivier Madiba, promoteur du plus grand studio de production de jeux vidéo d’Afrique centrale, a dû recourir à des sources de financement différentes des banques pour financer le développement de son jeu « Aurion : L’Héritage  des  Kiro-Odan ». Premièrement, à travers un système de vente d’actions, et deuxièmement à travers un mécanisme de financement participatif sur Internet (crowdfunding). «Nous sommes à plus de 70 millions de levée, ce qui correspond à 200 parts de vendues sur les 300. Nous devons vendre les 100 dernières à 400 000 Fcfa, et l’idée c’est d’essayer de clôturer en janvier ou février 2015», avait-il révélé dans une interview accordée au site Internet www.ticmag.net.

De beaux jours en perspective

Pour les années à venir, le volume des financements destinés à «encourager la recherche devraient encore évoluer». L’opérateur de téléphonie mobile Mtn, jadis hésitant, s’est lancé dans la danse. Il est suivi depuis par des institutions comme le Minpostel,  ou le ministère de la Recherche scientifique et de l’Innovation (Minresi), qui a accordé un peu plus de 30 millions de Fcfa en 2015 dans le cadre de différents prix destinés à encourager l’innovation. Depuis le début du mois de mai 2016, c’est Wikipedia qui occupe l’actualité. La plus grande encyclopédie en ligne a annoncé le lancement du concours «Villages du Cameroun». Le concours lancé le 20 mai dernier va à offrir la possibilité à tous les internautes du monde, sans distinction d’âge, ni de nationalité de «donner de la visibilité aux 13 000 villages camerounais». En mettant  en jeu des prix allant de 100 000 Fcfa à 1 million de FCfa l’encyclopédie numérique veut atteindre trois objectifs  spécifiques : «Faire découvrir des centaines de villages camerounais ; lutter contre l’isolement numérique de ces villages et de leurs communautés ; permettre à ces communautés de communiquer via internet sur leurs problématiques, communautés et actions de développement». Le concours s’achève en novembre prochain.