Cameroun – Savonnerie de la mort: Pafic sarl menacée de fermeture

Le Préfet de la Lékié, sur hautes instructions de sa hiérarchie, a sommé Bertin Tchoffo, promoteur de l’usine, de s’expliquer.

La savonnerie Pafic sarl, désormais cataloguée comme la savonnerie de la mort est en passe d’être mise sous scellés. Les autorités administratives, notamment les services du Gouverneur de la Région du Centre ont pris le problème à bras le corps. En dépit d’infructueuses tentatives du promoteur de l’usine, Bertin Tchoffo, de minimiser la calamité qui plane sur les populations riveraines. Sur hautes instructions du Gouverneur agissant sur ordre du ministre de l’Environnement, le Préfet de la Lékié a reçu les instructions de son supérieur hiérarchique exigeant de lui un rapport circonstancier sur la situation qui prévaut à Leboudi, lieu de localisation de la savonnerie. C’est dans le cadre de ces instructions que Patrick Simou a convoqué, le 15 octobre 2015, une réunion de crise élargie à laquelle étaient conviés, et les responsables de Pafic sarl, et les représentants des riverains. En l’absence du promoteur de l’usine représenté par deux employées,

le Préfet de la Lékié a reçu lecture du rapport du délégué départemental de l’Environnement sur la situation de l’usine. Le Préfet entrera dans une colère noire en apprenant du délégué que l’accès de la savonnerie lui avait été interdit lors de son inspection. Une colère amplifiée par des clichés de poissons morts flottant sur les eaux de la rivière Mbana, suite au déversement des déchets hautement toxiques dans le petit cours d’eau. A la vue de cette preuve évidente de pollution et du Pv de constat de pollution avérée de l’huissier de justice d’Okola du 30 mars 2015,  le Préfet écourtera la réunion et renverra les assises au 22 octobre avec sommation au promoteur de se présenter. Le Pv de constat de Me Enama Ferdinand faisait état de deux anomalies : « des cadavres de poissons (silures et tilapia) nombreux dans l’eau ; sur le sable et sur les herbes à divers endroits, sont visibles des dépôts d’un produit noir ».
Soude caustique
Le 22 octobre 2015, Bertin Tchoffo se présentera pour expliquer au Préfet qu’il n’avait pas encore obtenu un agrément qui était en cours, encore moins la notification de son cahier de charges. En présence de tout le gratin administratif départemental et du commandant de compagnie, Patrick Simou a exigé du promoteur de l’usine de consigner ses explications (sur les manquements de la savonnerie) sur procès-verbal à transmettre à la hiérarchie.
Rappelons que le 30 mars 2015 déjà, interrogé par l’huissier de justice, Bertin Tchoffo avait reconnu que le seul produit toxique utilisé par l’usine est la soude caustique mais qui, selon, lui, ne sortait pas de l’usine. Le produit est déversé dans trois bacs en béton ouverts et qui sont régulièrement vidés. Vidés où ? Bertin Tchoffo ne donnera pas de réponse à cette lancinante interrogation. La réponse est tombée  le lundi 19 octobre 2015. Une citerne remplie de cette soude caustique s’apprêtait à déverser ces déchets dans la nature, dans un lac de cratère artificiel créé suite à l’exploitation d’une carrière aujourd’hui fermée. Mis au parfum, les riverains bloqueront la sortie au camion qui venait de déverser les déchets. Très en colère, les populations menacent d’incendier la citerne. Alertés, le sous-préfet et le maire d’Okola qu’accompagne la gendarmerie débarquent sur les lieux. Des témoignages sont recueillis sur place et le jeune François Menye, natif du coin, est désigné comme celui qui a négocié avec l’usine pour permettre le déversement des déchets dans la nature. Il est interpellé par la gendarmerie et embarqué. Les résultats de l’enquête ouverte ce jour-là par le sous-préfet vivement attendus. En attendant, sur le terrain, les riverains s’imposent une discipline pour leur survie à l’instar de l’interdiction de consommer les eaux du forage situé non loin de l’usine.