Cameroun: Quand l’enfant devient un fonds de commerce

Dans certaines régions du Cameroun, il faut verser une dot pour récupérer un enfant fait hors mariage.

C’est une pratique courante dans les régions du Centre, du Sud et de l’Est Cameroun. 237online.com Faire un enfant hors mariage et devoir donner à manger, à boire et même, verser de l’argent, en guise de dot pour le récupérer auprès de ses grands-parents maternels. Cela s’appelle la dot de l’enfant. Dans la région du Sud Cameroun, « le phénomène tend à prendre de l’ampleur », signale Alfred Evina Mengue, délégué départemental des affaires sociales de la Mvila. Douze plaintes enregistrées au seul centre social d’Ebolowa depuis le début de l’année. Sans compter les autres services des affaires sociales de la ville d’Ebolowa à savoir, la délégation départementale de la Mvila, la délégation régionale du Sud et même la délégation régionale de la promotion de la femme et de la famille du Sud qui enregistrent également des dizaines de plaintes par an. Des pères se plaignant des grands-parents de

leurs enfants qui les empêchent de récupérer leur progéniture sous le prétexte qu’il faut au préalable aller leur donner à manger et à boire. Sacs de riz, cartons de poisson, dame-jeanne de vins, viande de bœuf, mouton, chèvre, enveloppes d’argent et plus. D’après Théodore Amant sang Talafala, chef de centre social d’Ebolowa, « ces grands parents conditionnent souvent le retrait de ces enfants par le versement d’une dot ». Alfred Evina Mengue, le délégué départemental des affaires sociales de la Mvila a d’ailleurs encore en souvenir le cas de ce gendarme venu récemment se plaindre dans ses services, de la mère de son fils qui vole régulièrement l’enfant à l’école pour l’envoyer chez son grand-père au village afin de pousser le gendarme à aller verser la dot au père pour rentrer en possession de son fils. 237online.com Une situation qui exaspère le gendarme, un cas parmi tant d’autres, que reçoivent les services sociaux de la ville d’Ebolowa chaque semaine.

Actes de naissance
« Un fonds de commerce pour la famille maternelle de l’enfant », estime le délégué départemental des affaires sociales de la Mvila, ce mardi, 20 septembre 2016 à Ebolowa. Alfred Evina Mengue fait aussi observer que, « c’est des enfants qui bénéficient de l’attention de la famille maternelle parce qu’elle vise la dot que doit verser les pères naturels pour les récupérer ». Conséquences, le délégué départemental des affaires sociales de la Mvila signale que, « plusieurs de ces enfants retenus en otage par leurs grands-parents maternels sous le prétexte qu’il faut au préalable donner à manger et à boire à la famille maternelle pour les récupérer ont souvent des problèmes d’actes de naissance. Ces enfants nés hors mariage atteignent souvent un âge avancé sans acte de naissance ». Ce qui peut hypothéquer leur scolarité. Alfred Evina Mengue déplore, « les grands-parents maternels refusant d’établir les actes de naissance de leurs petits-fils avec le nom de leurs pères naturels parce que ces derniers n’ont pas encore donné à manger et à boire à la famille maternelle de leurs progénitures qu’ils ont eu hors mariage ». Le délégué départemental des affaires sociales de la Mvila informe aussi que, « c’est souvent les services des affaires sociales qui les imposent à ces grands-parents d’établir les actes de naissance à leurs petits-fils avec les noms de leurs pères naturels même si ces derniers n’ont pas versé la dot ». Alfred Evina Mengue poursuit par un sourire, « et c’est souvent un spectacle pathétique ». Le délégué départemental des affaires sociales de la Mvila raconte en effet que, «impuissants face à la loi, c’est la mort dans l’âme, les larmes aux yeux que ces grands-parents assistent souvent à l’établissement des actes de naissance de leurs petits-fils avec les noms des pères naturels sans que ces derniers n’aient au préalable versé la dot».

Une pratique condamnable
Sa majesté Medjo, chef du village d’Enongal Bulu fait savoir, « on ne peut pas doter son enfant. Ça doit être quelque chose de symbolique d’après la tradition». Le dépositaire de la tradition locale regrette cependant que, « les gens exagèrent seulement à cause de la pauvreté ». Ce qui fait dire à Mgr Jean-Jacques Minkandé, modérateur général du diocèse d’Ebolowa que, « la recherche effrénée de l’argent a pris le dessus sur la tradition qui doit être dynamique ». Le modérateur général du diocèse d’Ebolowa rappelle ensuite que, « l’église encourage une parenté responsable ». Symbole ou tradition, « la dot d’un enfant signifie la vente de l’enfant », s’insurge encore Alfred Evina Mengue, délégué départemental des affaires sociales de la Mvila. Pour Benjamin Yene, délégué régional de la promotion de la femme et de la famille du Sud, « dans le cadre des droits de l’enfant, cette pratique est une aberration, parce qu’en fait, l’enfant est appelé à vivre avec ses deux parents pour mieux s’épanouir. Si ces derniers ne sont pas ensembles, il leur appartient de décider du meilleur cadre où devra vivre l’enfant ». Le délégué régional de la promotion de la femme et de la famille du Sud rappelle toutefois que, « maintenant, en cas de désaccord, il est souvent conseillé de recourir à l’arbitrage d’un juge. Il n’est donc pas question que les grands-parents retiennent l’enfant sous le prétexte qu’il faut verser au préalable une sorte de dot ». Benjamin Yene avertit donc, «c’est une violation des droits de l’enfant et cette pratique est condamnable. Tout enfant a droit au bien-être. Il a droit à la protection. On ne peut donc pas le prendre en otage sous un prétexte économique ». Théodore Amantsang Talafala, chef de centre social d’Ebolowa fait néanmoins remarquer, « qu’il faut encore une forte sensibilisation de la société qui doit abandonner cette pratique». Surtout que la loi peut être sévère. Le chapitre 5 du code pénal, des atteintes contre l’enfant et la famille, article 341, atteinte à la filiation stipulant en effet, «est puni d’un emprisonnement de cinq à dix ans, celui dont les agissements ont pour conséquence de priver un enfant des preuves de sa filiation ».