Cameroun: Quand la carte de presse fait peur

Les avantages que cette pièce accorde à ses détenteurs et les conditions posées pour son obtention, sont pourtant de tout temps inscrits parmi les combats des journalistes camerounais.

Le 17 novembre dernier, la Commission nationale de délivrance de la carte de presse a tenu sa deuxième session à Yaoundé, sous la présidence de son président, Séverin Tchounkeu. A l’issue de ses travaux, l’institution a publié la liste des pièces que les candidats à l’obtention de ce document doivent fournir dans leur dossier : par exemple, «un contrat de travail ou une attestation d’emploi légalisé par les services du ministère en charge de l’emploi ; Une attestation d’ancienneté délivrée par l’employeur ; une attestation d’immatriculation à la Caisse nationale de prévoyance sociale ou une  copie d’intégration à la fonction publique… ». Pour ne citer que ces pièces essentielles dans la vie professionnelle d’un employé.

Un contrat de travail
Il est notoirement connu que l’un des combats que les travailleurs en général et les journalistes camerounais en particulier ont toujours mené, est de travailler sous contrat. Ce qui n’est

pas toujours la chose la mieux partagée dans nombre d’entreprises de presse.

Une attestation d’immatriculation à la Cnps
L’un des calvaires  que  la plupart des journalistes camerounais vivent à leur retraite, pour ceux qui y parviennent, est d’âtre privés des avantages prévus  que garantit au crépuscule de la vie La Caisse nationale de prévoyance sociale, pour la simple raison qu’ils ont trimé dans les salles de rédaction durant toute leur vie, sans que leur employeur ait daigné les immatriculer. On sait comment ce type d’anciens travailleurs finissent leurs deniers jours sur terre.
Alors, les travailleurs des médias qui sont encore en activité devraient vivre un véritable cauchemar à l’idée de finir comme leurs ainés.
Travailler sous  contrat de travail et justifier d’une  immatriculation à la Cnps ont été en permanence les combats de toutes les organisations professionnelles.  Et cette bataille jusque-là  est loin,  très d’être gagnée. Si la Commission de délivrance de la carte de presse exerce une pression supplémentaire sur les employeurs et  peut  contribuer  à apporter un souffle nouveau afin que les journalistes bénéficient désormais de ces garanties professionnelles, il est évident que cette sécurisation professionnelle est déjà un acquis précieux pour les travailleurs de la presse. Il est plutôt curieux de voir un journaliste qui s’y oppose.
La Commission de délivrance de la  carte de presse a aussi entrepris de négocier auprès de certaines entreprises des tarifs préférentiels pour certains services dont peuvent bénéficier les détenteurs de la carte : police d’assurances, crédit de communication, transports, hébergement dans les hôtels…Tous ces avantages attachés à la carte de presse contribuent à soulager une bourse pas déjà fournie  du journaliste. Les multiples démarches entreprises par la corporation depuis des décennies pour finalement aboutir à l’élaboration d’une convention collective jamais appliquée, visaient justement à garantir aux journalistes les conditions parmi lesquelles celles que la Commission propose. La composition de cette Commission qui n’est pas forcément ce que les organisations professionnelles auraient souhaité, ne doit pas occulter les quelques bienfaits qu’elle propose   à l’amélioration de la vie du journaliste. Et il ne faut pas jeter le bébé avec l’eau du bain. A défaut de tout gagner d’un trait, il faut absolument préserver ce qui est considéré comme un acquis. La Nouvelle Expression par exemple pour laquelle nous travaillons depuis 25 ans, ne nous a jamais gagné un seul mois de salaire. Mais tous les jours, nous exigeons toujours l’amélioration des conditions de travail. Toujours. En veillant de préserver les acquis.