Cameroun: Paul Biya, 33 ans au pouvoir et ce n’est pas fini

Plusieurs fois annoncé partant, le chef de l’Etat camerounais poursuit sereinement son bail à la tête de l’Etat et estime prématuré, le débat sur une éventuelle retraite.

«Je commencerai par dire que ne dure pas au pouvoir qui veut, mais dure qui peut». Le propos du chef de l’Etat du Cameroun, Paul Biya, répondant à une question du journaliste français, Gérard Grizbec, le 03 juillet 2015 à Yaoundé alimente encore les débats tant dans les salons feutrés que dans les chaumières. Chacun essayant de comprendre le fond de la pensée de celui qui préside aux destinées du Cameroun. Ce qui a fait dire à Gérard Grizbec que Paul Biya est «l’un des plus vieux présidents de la planète». D’ailleurs, il n’a pas hésité à lui demander s’il pense «qu’un nouveau mandat serait le bienvenu». Pour le leader camerounais, «(…) Les élections camerounaises de 2018 sont certaines, mais encore lointaines. Nous avons le temps de réfléchir, conclue-t-il, et le moment venu, les Camerounais, les amis français et tout le monde, sauront si je suis candidat ou si je

prends ma retraite.» En d’autres termes, il y plus urgent. Par exemple, «la victoire finale contre Boko Haram, la réussite du plan d’urgence, la consolidation des conditions en vue des succès futurs», thème retenu par le Rassemblement démocratique du peuple camerounais (RDPC), parti au pouvoir, pour les manifestations marquant le 33ème anniversaire de l’accession de Paul Biya à la magistrature suprême, le 6 novembre 1982.
Dans son discours de prestation de serment, l’homme du «6 novembre» avait annoncé le début d’une nouvelle ère, caractérisée par la «rigueur dans la gestion de la fortune publique et de la moralisation des comportements publics». Un engagement qui avait suscité «l’espérance politique d’une recomposition réformatrice de l’art camerounais du pouvoir et du gouvernement», se souvient le Sociopolitiste, Eric Mathias Owona Nguini. 33 ans après, le bilan semble mitigé.
Dans une interview au quotidien Mutations en mars 2015, l’économiste Bernard Ouandji, expliquait qu’en statistique, toute variable qui croit au rythme de 2,4% double au bout de 30 ans. Ainsi, «avec un taux de croissance de 2,6%, la population camerounaise a doublé de 10 millions en 1985 à 20 millions de nos jours». De même, a-t-il poursuivi, «le PIB du Cameroun a triplé de 10 milliards de dollars en 1985 à 27 milliards de dollars en 2014.» Malheureusement, regrette-il, «c’est 10 millions de personnes vivant dans l’extrême pauvreté qui se sont ajoutées au bout de 30 ans.» Et pour cause, le régime au pouvoir n’a pas été capable de doubler le revenu per capita, c’est-à-dire le revenu par habitant. Illustration: «En 1985, le Cameroun était déjà inscrit sur la liste des pays à revenu intermédiaire qui ont un revenu par habitant de 1000 dollars. 30 ans plus tard, on est à 1300 dollars. C’est un échec en un seul chiffre», selon lui. Sur le plan politique, Eric Mathias Owona Nguini pense que «le régime du Renouveau a clairement et irréversiblement échoué à atteindre, au-delà de la rhétorique politique séductrice, des objectifs d’une modernisation libérale et républicaine débouchant sur un système véritable et fiable de démocratie pluraliste.» A l’occasion de la visite officielle de du président français, François Hollande, au Cameroun le 3 juillet 2015, Paul Biya, a été sans équivoque : «je ne suis pas à la tête de l’Etat par la force. Je n’ai pas acquis le pouvoir de manière dictatoriale. J’ai toujours été élu par le peuple. Et en ce moment, je suis en train de terminer un mandat qui m’a été donné par le peuple. Et d’ailleurs, il y avait d’autres candidats à cette élection. Je les ai gagnés». Lors de cette visite, le président Hollande a été édifié sur les progrès enregistrés dans le processus de consolidation de la démocratie au Cameroun. «Notamment la poursuite de la mise en place des institutions prévues par la Constitution, l’organisation régulière des élections, la promotion des droits de l’Homme et des libertés, etc.» Il ne fait donc aucun doute dans l’esprit de Paul Biya que sa longévité au pouvoir n’est que la conséquence du jeu démocratique.