CAMEROUN :: NKOLBISSON : LES MOTOTAXIS EN COLÈRE

Un mort et de nombreux blessés serait selon certaines sources le bilan des affrontements qu’il y a eu hier entre la police municipale et les conducteurs de mototaxis de la ville de Yaoundé. Suite à ces conflits, la voirie municipale de Yaoundé a été prise d’assaut par les moto-taximen de la ville. Pick-up de compagnies de gendarmerie et de police et force de maintien de l’ordre quadrillaient les alentours de la voirie municipale. Ils avaient pour mission de stopper les embouteillages qui se sont formés à perte de vue, les cris de revendications et la colère des moto-taximen. On pouvait entendre ces derniers crier « on ne veut plus Awara » à plusieurs kilomètres de ce lieu.

A l’entrée de la voirie municipale, des groupes de personnes se sont formés. C’est chacun qui y va de son commentaire. « Si on ne nous remet pas nos motos aujourd’hui, ça va devenir autre chose. Nous sommes fatigués de subir ces injustices tous les jours », relate d’un air courroucé Bernard, moto-taximan. « Awara doit disparaître. Nous sommes solidaires et pouvons aller plus loin que ça. Ils doivent écouter nos revendications », lance un autre mototaximan. Plus loin, un véhicule de la police municipale est garé sur la chaussée, il est calciné. Les moto-taximen y ont mis du feu, et se réjouissent de la destruction de ce bien communal.

« C’est bien fait pour la communauté urbaine. Voilà les camions qu’ils utilisent pour arracher nos motos et les revendre à des prix dérisoires. On doit même récupérer les pièces encore utilisables et les revendre aux mécaniciens », affirme Abdoul, content.

Affrontements

Tout serait parti d’une sortie de la police municipale hier dans les quartiers de l’arrondissement de Yaoundé 7. Les agents de la communauté urbaine auraient confisqué les motos qui circulaient dans ces zones et brutalisé les occupants de ces motos. Pascal, mototaximan témoigne : « ils ont emporté ma moto au Camp Yeyap. Dans leurs manoeuvres, ils ont renversé une étudiante que j’accompagnais à l’université. Le camion de la police municipale est monté sur son pied. Heureusement, elle a été conduite d’urgence à l’hôpital ». Pour les conducteurs de cet engin, c’est une sortie de trop. Ils se disent outrés par la réaction des agents de la communauté urbaine.

« C’est dommage qu’ils arrivent à ce point. Ils ne pensent pas au fait que nous avons des familles à nourrir », se désole Ahmed, conducteur de mototaxi. Pour certains les Moto-taximen, la décision de Jean Claude Tsila, préfet du Mfoundi n’est pas mal accueillie. Ils souhaitent plutôt que les agents de la police municipale suivent une formation professionnelle, avant d’exercer ce métier. « Nous ne refusons pas la décision du préfet, mais les agents de la communauté urbaine doivent être des intellectuels. On doit les former pour ce métier afin qu’ils sachent comment réagir face à certaines situations », ajoute Pascal. Pour d’autres par contre, la police municipale doit cesser toute activité pour ce qui concerne la régulation de la circulation des taxis dans la ville de Yaoundé. « La police municipale fait la mafia. L’info claire et nette. Ses agents arrachent nos motos et vont les revendre. Très souvent sur leurs procès-verbaux, ils écrivent nous avoir arrêté à la poste centrale, pourtant ce n’est pas toujours le cas. Ils sont obligés de mentionner cette zone car c’est la seule en dehors du carrefour bastos qui sont des zones interdites aux motos-taxis », ajoute Abdoul. Malgré le fait que les motos raflées hier ont été remise à leurs propriétaires, les conducteurs d’engins à deux roues se disent prêts à descendre dans les rues si de tels comportements se reprennent. « Si lundi la police municipale continue de nous traiter ainsi, alors nous allons riposter », assure un conducteur de mototaxi.

Motos personnelles

Serge Eyinga, conducteur de moto, n’a pas pu se présenter à son lieu de service hier. Pour cause, il fait partie des personnes dont les motos ont été raflées. « Je me rendais au travail et au niveau d’Elig Effa, il y avait des embouteillages. Les routes étaient bloquées. Je me suis servi de ma moto pour me faufiler entre les véhicules. Malheureusement pour moi, j’ai été interpellé par les agents de la communauté urbaine qui m’ont sommé de descendre de ma moto. Ils me l’ont arraché de force », relate-t-il. Il n’est pas le seul à avoir été dans cette situation. « J’ai pour habitude de traverser la ville en moto. Je vis à Messassi et travaille à l’hôpital central. Je me trouvais du côté de Nkolbisson pour une livraison lorsque la police municipale a arraché ma moto. Je me demande comment effectuer désormais mes livraisons », affirme Jean, d’un air dépité.

Absence de voie cyclable

Les propriétaires d’engins à deux roues de la ville de Yaoundé n’ont de choix que de partager les routes avec les autres véhicules plus imposants. L’absence de voie adaptées à ces automobiles pose un énorme problème de désengorgement des voies de circulation. Ce qui entraîne très souvent des accidents, des heurts et des collisions entre véhicules. « La communauté urbaine doit aménager des voies pour les motos. Ainsi, nous pourrons circuler plus facilement et ne pas créer d’incidents », ajoute Jean. L’absence de signalisation et de matérialisation des zones interdites rend également problématique la circulation de ces automobilistes. « Dans toute la ville, il n’y a aucun panneau qui signale que les mototaxis ne doivent pas circuler dans telle ou telle zone. Nous savons juste que les zones officiellement interdites sont la poste centrale, l’axe présidentiel et le carrefour Bastos. Seulement, cette mesure n’est pas respectée par les agents municipaux », désole Pascal.