Cameroun – Mindcaf: Jacqueline Koung à Bessike, la chef des terres qui veut la guerre

Embarquée dans des affaires sulfureuses, cette dame s’emploie à semer les graines de la déstabilisation du Cameroun à travers le foncier. Qui la protège ?
«D’ici 2017, nous allons numériser plus de 120.000 titres fonciers. Cela permettra de barrer la voix à la manipulation des titres de propriété, qui porte un préjudice sérieux aux affaires.» C’est la promesse forte faite à des chefs d’entreprises plus qu’inquiets, le 7 octobre à Douala, par la ministre des domaines, du cadastre, et des affaires foncières (Mindcaf), Jacqueline Koung à Bessikè. Ses interlocuteurs s’inquiétaient, à juste titre, de la difficulté d’accès au foncier et à l’immobilier en rapport avec la nouvelle loi sur les zones économiques. Au passage, le Cameroun doit notamment sa régression, dans le dernier classement «Doing Business» sur le climat des affaires de la Société financière internationale (Sfi, groupe Banque mondiale) aux difficultés (procédures, délais et coûts) d’octroi de permis de construire. C’est dire si le sujet est hautement sensible.
Pourtant, face à ses interlocuteurs, Mme Koung à Bessikè, toujours droite dans ses bottes, n’a pas cillé. Elle est allée jusqu‘à reconnaître la réalité de la manipulation des titres fonciers dans notre pays, à l’origine non seulement des inquiétudes des créateurs de richesse, de l’émotion non feinte des partenaires au développement mais également – et plus grave – de risques de déflagration sociale au Cameroun.
Parce jamais, sans doute dans ce pays, chef de département en charge des affaires domaniales n’aura cristallisé autant de critiques et de tensions. Début mai dernier, le Réseau de lutte contre la faim (Relufa) tirait la sonnette d’alarme à travers une étude révélant que de grands espaces relevant du domaine public sont bradés «par ceux-là même qui ont la charge de les gérer», de vastes parcelles vendues à vil prix à des investisseurs ou compagnies étrangères, du fait du caractère confidentiel des transactions.
Des alertes qui sont loin d’émouvoir une Mindcaf abonnée au pédantisme et à la langue de bois. Début janvier 2012, par exemple, recevant les vœux de nouvel an de son personnel, Jacqueline Koung à Bessikè se fend d’un discours moralisateur dans lequel elle fustige pêle-mêle l’absentéisme, l’indiscipline, le laxisme, la gabegie, le manque de transparence dans le traitement des dossiers, les géomètres, présentés comme les véritables responsables du phénomène de doubles bornages. Elle placera ensuite 2012 sous le signe de la «gouvernance foncière pour un développement durable et le progrès de tous». Paroles, paroles !

Logiciel détraqué
Jacqueline Koung à Bessikè, ainsi drapée dans ses atours de chantre de la vertu et de la bonne gouvernance, est pourtant celle-là même sur qui pèsent toutes les accusations à la fois d’incompétence et de tripatouillage dans le domaine dont elle a la charge. À Douala, une histoire de 400 hectares de terrain du domaine privé de l’Etat, prétendument attribués à une famille ayant déjà été dédommagée, lui pend au nez. La même, n’écoutant que son courage, elle s’oppose à la réhabilitation des titres fonciers d’un particulier, décidée par la chambre administrative de la Cour suprême dans le cadre d’un projet de construction de 10.000 logements sociaux dans la métropole économique.
Selon la victime, Me Benjamin Matip dans une lettre au chef de l’Etat, ce comportement fait partie des «actes incompréhensibles de certains hommes et femmes [l’équipe gouvernementale], qui rament à contre-courant de [la] politique (…) et s’offrent ouvertement le sadique plaisir d’aller jusqu’à se placer au-dessus des institutions républicaines les plus respectables en piétinant librement et de manière imperturbable leurs décisions». Des scandales de ce type, on en signale quasiment toutes les semaines à travers la République. Mme Koung à Bessikè est régulièrement citée dans des conflits fonciers au niveau départemental avec de forts soupçons de conflits d’intérêts.
A Yaoundé, on ne compte plus les histoires de maisons et de terrains bradés par la Mindcaf.Autant de procès en justice que l’Etat est presque sûr de perdre. Ses dérapages opposent actuellement des dizaines d’individus, faisant craindre des étincelles difficilement maîtrisables. Si au moins elle pouvait présenter quelque lueur dans son action… Ses états de service sont malheureusement catastrophiques, et ce dans tous les secteurs liés à ses missions. A croire que son logiciel de service public est définitivement détraqué.
Mais l’effrontée, dont les agissements plombent durablement l’action des pouvoirs publics, semble n’en avoir cure. La Mindcaf nargue la justice et sa hiérarchie, semant à tout va les germes de conflits fonciers qui menace la paix sociale et la stabilité du Cameroun, sans qu’on sache de quoi elle tient cette arrogance ni qui la protège. Femme fatale, c’est également une spécialiste des dérapages langagiers. A l’occasion de l’ouverture de campagne électorale présidentielle à Bafia, le 15 septembre 2013, elle déclame, devant une assistance médusée, que l’ennemi du Rassemblement démocratique du peuple camerounais (Rdpc, au pouvoir) dans son département d’origine, c’est l’opposition.
Au sein du gouvernement, plusieurs membres de l’équipe n’ont eu de cesse de dénoncer son arrogance et son incurie : la Mindcaf ne respecte personne, n’en fait qu’à sa tête. Et son rôle fait furieusement désordre, dans un pays où la bonne gouvernance est désormais érigée en règle, au sein d’un exécutif dont le chef, Paul Biya, prône une meilleure coordination entre les départements ministériels et une meilleure organisation au sein même desdits départements, demandant aux ministres d’«être habités par ces principes qui constituent la force des grands commis de l’Etat et des bâtisseurs : discipline, esprit d’équipe, dévouement, loyauté, intégrité et patriotisme». À force de faire l’unanimité contre elle, Jacqueline Koung à Bessikè pourrait bien, comme certains avant elle, s’attirer les foudres d’un «Epervier» qui ne demande qu’à mettre hors d’état de nuire des individus de son acabit.