Cameroun: L’urgence d’une loi antitabac

A défaut de l’interdiction absolue du tabac, la Coalition Camerounaise Contre le Tabac (C3T) plaide pour l’adoption de l’avant-projet de loi déjà élaboré.

Sur 20 millions de Camerounais, 1 million 100 mille consomment du tabac. Ces derniers font partie du plus d’un milliard de fumeurs enrégistré dans le monde. Et chaque année, 6 millions de personnes meurent du tabagisme, majoritairement dans les pays à revenus intermédiaires et faibles. 90% des cancers du poumon sont dus au tabagisme. 6 millions 720 mille inhalent involontairement la fumée secondaire du tabac dans leurs lieux de service, dans les véhicules de transport en commun, les restaurants, etc. C’est qu’on appelle le tabagisme passif. «En moyenne, le fumeur de cigarettes manufacturées dépense 4 691 Fcfa par mois, soit en moyenne 8,9% du PIB (2013) par habitant».
Ces statistiques sont consignées dans l’Enquête mondiale sur le tabagisme chez les adultes (Gats), menée par l’Institut national de la statistique sous la coordination du ministère de la Santé publique, en 2013 et traduites dans un exposé du secrétaire permanent de lutte contre la drogue, Pascal Magloire Awono. Ces chiffres restent pourtant d’actualité et connaissent d’ailleurs une nette augmentation. C’est ce qui motive la Coalition Camerounaise Contre le Tabac (C3T) à contrecarrer les actions de l’industrie du tabac.

Face aux journalistes le 08 septembre 2015 à Yaoundé pour un atelier d’information sur la question, les membres de la C3T ont tenu à réaffirmer leur engagement sans faille à éradiquer la dangerosité des effets du tabagisme. «Trop de Camerounais fument et s’exposent à des maladies graves et une mort précoce. Beaucoup d’autres non-fumeurs sont exposés aux mêmes risques, victimes du tabagisme passif», a d’entrée de jeu déclaré le Dr Flore Ndembiyembe, présidente de la C3T. En effet, toujours selon les statistiques du Gats, 3 adultes sur 10 prêtent attention à la publicité du tabac et de ses produits. 75,4 % de fumeurs savent que ce produit nuit gravement à la santé, mais seulement 35,5% tentent d’arrêter de fumer grâce à ces avertissements sanitaires, sans succès pour la plupart des cas.
Des données qui font dire à Pascal Magloire Awono qu’il vaut mieux «Empêcher et dissuader de commencer à fumer. C’est en formant nos enfants à ne pas commencer à fumer que le bataille contre le tabagisme sera gagnée à l’avance». Cependant, le seul point d’optimisme dans ce tableau sombre est que 80,4% d’adultes sont favorables à l’interdiction de fumer dans les espaces publics intérieurs. D’où la nécessité d’une loi antitabac. «Par la mise en place d’une législation antitabac forte, la parlement et le gouvernement ont le pouvoir d’arrêter le massacre. Ils doivent résister aux campagnes de désinformation et à l’obstacle de l’industrie du tabac pour adopter une loi antitabac forte, massivement soutenue par les populations comme le montre les résultats du Gats», argue la présidente de la C3T.

AVANT-PROJET DE LOI
Les arrêtés conjoints du ministère de la Santé publique et du ministère du Commerce instruisent le marquage des emballages par le message : «Le tabac nuit gravement à la santé». Mais ces mesures doivent être renforcées par l’adoption de la loi nationale antitabac. C’est ainsi que l’avant-projet de ladite loi est constitué de 09 chapitres et de 35 articles qui prônent entre autres, l’interdiction de toute promotion du tabac et de ses dérivés, la couverture à 70% des messages de mises en garde sanitaires sur les emballages avec des images réelles en couleur et choquantes, l’interdiction de la vente aux mineurs de moins de 18 ans, l’augmentation à 70% des taxes sur les produits du tabac, la création des espaces 100% non-fumeur.
«Notre loi n’a pas prévu des espaces fumeurs parce que nous voulons arriver à une interdiction globale de fumer», a précisé Me Louis Gabriel Eyangoh, avocat de la C3T, chargé de présenter l’avant-projet de loi antitabac. Une loi qui, si adoptée, fera frémir l’industrie du tabac au Cameroun, via des saisies, des confiscations, des destructions des produits du tabac, des fermetures d’établissements acquis à l’embonpoint du tabagisme.