Cameroun: Les personnes âgées de plus en plus victimes d’abandon

Malgré le fait qu’elles représentent 5% de la population totale, les personnes du troisième âge continuent de constituer une catégorie vulnérable de notre société.

Par le passé, la prise en charge des personnes âgées était du ressort de la famille et de toute la communauté. Mais en raison des mutations sociales, cette solidarité est aujourd’hui mise à rude épreuve. L’attention que la société accordait aux personnes du troisième âge, c’est notablement modifiée. Aujourd’hui, elles font face à l’isolement social, doublé d’une précarité économique. La majorité d’entre elles, ne bénéficie d’aucune pension-retraite et pour les plus chanceux, celle-ci est assez dérisoire pour leur permettre de vivre décemment. Bon nombre de vieillards n’ont pas d’autres choix que de verser dans la mendicité, en dépit de l’âge avancé. Et comme si cela ne suffisait pas, elles font souvent les frais, de la part des plus jeunes générations, d’attitudes négatives, de violence et de marginalisation. Et pourtant avec le poids de l’âge, elles connaissent de plus en plus un affaiblissement de leurs fonctions physiologiques. « En raison de la déliquescence de la famille traditionnelle, le vieillissement s’analyse de nos jours en terme de défis sanitaire, social et économique, au regard des problèmes auxquels font face les personnes âgées qui se retrouvent paradoxalement exclues de la vie socio-économique et contraintes à l’inactivité, et de plus en plus victimes d’abandon, de violences ou de mauvais traitements », constatent les sociologues. « Dans les bus, les hôpitaux, et dans différents services, on remarque que nous ne sommes plus considérées. Et pourtant, on aimerait bien être approchée, et être des guides pour les jeunes », souligne, Nicole Momo, institutrice retraitée. La célébration 25ème édition de la journée internationale des personnes âgées, au Cameroun, a été une fois de plus l’occasion pour cette catégorie de la population très souvent marginalisée, de souligner son amertume. Elle qui, à un moment, avait cru au discours de Cathérine Bakang Mbock, la ministre des Affaires sociales, à propos de la volonté de l’Etat de construire une société inclusive pour tous les âges.
Des indicateurs qui ne rassurent pas
A l’observation de la réalité, l’on n’est pas encore sorti de l’auberge. Les aménagements pour les personnes du troisième âge dans notre société sont demeurés au niveau des discours. Les maisons de retraites sont absentes et la prise en charge de cette tranche de la population dans les hôpitaux est une utopie. Pourtant d’après les statistiques des Nations Unies, la proportion des 60 ans et plus, augmente plus rapidement que n’importe quelle autre tranche. Le nombre des personnes âgées qui était de 600 millions de 2000 passera à 2 milliards en 2050. Résultat des courses, la croissance démographique sera particulièrement rapide, et surtout dans les pays en développement où la population âgée devrait quadrupler au cours des prochaines 50 années. Au Cameroun, elles représentent 5% de la population totale, soit 1 015 979 des personnes âgées de plus de 60 ans en 2011 avec une concentration en milieu rural. Ce nombre devrait atteindre 1 312 282 en 2020. Ces changements démographiques, de l’avis des experts, auront une incidence sur chaque communauté et partant sur les individus si rien n’est fait.