Cameroun: Les contradictions du gouvernement sur son train de vie

Alors que le projet de loi de finances dévoile une baisse globale du budget de fonctionnement, certains ministères ont augmenté leurs charges.

L’examen du projet de loi de finances 2016 est riche en enseignements. Le premier d’entre tous est la « forte baisse » des ressources propres de l’Etat  par rapport à l’exercice précédent. Selon l’exposé des motifs de ladite loi déposée vendredi dernier sur la table des députés, « cette diminution des recettes propres de l’Etat a été répercutée sur les enveloppes budgétaires, aussi bien en ce qui concerne le fonctionnement que l’investissement ». Alors qu’elles culminaient en 2015 à 2159,9 milliards de Fcfa, les charges liées au fonctionnement se chiffrent pour l’année prochaine à 1981,2 milliards de Fcfa, soit une baisse de 8,2% en valeur relative et 178,7 milliards  de Fcfa en valeur absolue.
L’on note aussi une fonte considérable des subventions et contributions de l’ordre de 1,9 milliard de Fcfa. En effet, elles passent de 3,3 milliards de Fcfa en 2015 à 1,3 milliard pour l’exercice à venir. Le projet de loi de finances 2016 indique par ailleurs que « le budget de fonctionnement a connu une réduction plus importante, eu égard aux prescriptions du président de la République relatives à la réduction du train de vie de l’Etat ». Les prescriptions du chef de l’Etat contenues dans la lettre circulaire du 13 août dernier ont-elles donc vraiment été respectées par toutes les administrations publiques ? Pas sûr.

A l’observation, une douzaine de départements ministériels ont plutôt accéléré leur train de vie. A titre d’illustration, l ’Education de base prévoit en 2016 une enveloppe de 184,6 milliards de Fcfa au titre de dépenses directes de fonctionnement contre 165 milliards en 2015, soit une hausse de 19 milliards de Fcfa. Le Minedub va par ailleurs réduire ses investissements qui vont passer de 23,5 milliards de Fcfa en 2015 à 21,5 milliards en 2016, soit une baisse de deux milliards de Fcfa. Le ministère de l’Agriculture et du Développement rural (Minader) a quant à lui porté son budget de fonctionnement pour l’exercice 2016 à 45,2 milliards de Fcfa alors qu’il se situe pour l’année en cours à 43,5 milliards ; ce qui traduit une hausse de 1,7 milliard de Fcfa.

Présidence de la République
Le ministère  des Mines, de l’Industrie et du Développement technologique (Minmidt) a lui aussi prévu d’augmenter ses charges de fonctionnement qui vont passer de 4,2 milliards de Fcfa en 2015 à 5,3 milliards de Fcfa en 2016, soit une augmentation de 1,1 milliard de Fcfa. La Promotion de la femme et de la Famille fait mieux puisqu’elle projette de grossir son budget de fonctionnement de 1,8 milliard de Fcfa. En effet, celui-ci passe de 4 milliards en 2015 à 5 milliards de Fcfa en 2016. La Recherche scientifique et de l’Innovation (Minresi) se montre moins gourmande avec une hausse de ses charges de fonctionnement de 1,4 milliard de Fcfa. En 2015, elles étaient de 7,3 milliards contre 8,7 milliards de Fcfa en 2016.
Il faut dire que plusieurs autres administrations publiques semblent avoir ignoré – certes dans des proportions moins importantes que celles citées plus haut – les prescriptions de Paul Biya relatives à la réduction du train de vie de l’Etat. Dans ce chapitre, on retrouve par exemple le ministère des Transports qui augmente son budget de fonctionnement de 109 millions de Fcfa. A noter que la présidence de la République et les services du Premier ministre ont pourtant montré le bon exemple en réduisant leur budget de fonctionnement respectivement de 1,2 milliard de Fcfa, et de 2 milliards de Fcfa. En 2016, la présidence de la République prévoit de régler  des charges de fonctionnement à hauteur de 43 milliards de Fcfa alors que les services du Premier ministre ont fait pour le même objet, une provision de 10 milliards de Fcfa.