Cameroun – Femmes. Prostitution: Quand les jeunes filles défient les professionnelles

Depuis le début des vacances, la prostitution des jeunes filles a atteint des proportions inquiétantes dans la ville de Douala, et pour des sommes minables, apprend-on.

 

«Je vais  en moyenne avec six hommes  par nuit sans me fatiguer,  l’essentiel pour moi c’est de percevoir de l’argent pour mes besoins», cette déclaration est de Jeannette. Âgée de 20 ans et étudiante en lettres  modernes françaises à l’université de Douala, Jeannette  connait tous les rouages du commerce du sexe. «J’exerce ce métier depuis l’âge de 16 ans. Lorsque j’ai perdu mes parents, il n’y avait personne pour m’aider à  subvenir à mes besoins», explique-t-elle. Comme Jeannette, elles sont des centaines de jeunes filles qui exercent  ce métier de vente de corps dans les artères de la capitale économique.

Nous sommes au lieu-dit « Carrefour j’ai raté ma vie », rebaptisé « Carrefour Nelson Mandela » dans l’arrondissement de Douala 3e, ce samedi 9 juillet 2016. Dès la tombée de la nuit,  on observe une forte  affluence de  la gent féminine.  Filles, femmes et vielles dames. Vêtues des tenues extravagantes pour la plupart,  elles font des va et vient perpétuels. « On va chéri ? J’ai du potentiel», lancent-elles en présentant les parties sensuelles de leur corps. En nous rapprochant davantage  des lieux, on aperçoit plus de jeunes filles, âgées pour la plupart entre 16 et 25 ans.

Prostitution à ciel ouvert

Ainsi, plusieurs méthodes sont utilisées  pour attirer l’attention des  partenaires. Certaines vont jusqu’à  se caresser le corps à chaque passage d’un véhicule,  ou d’un piéton. «Je n’ai pas honte de séduire un client.  Quand je sors de la maison c’est pour travailler. Quelques fois j’expose même ma nudité. Je  vais même vers le client lorsque je sens qu’il a l’embarras du choix. Dès lors que je le touche, il frémit et  du coup, il  me sollicite », révèle une prostitué.

Habillées en tenue  provocatrice et des fois sans dessous, ces dernières  lorsqu’elles arrivent à conquérir leur client passent directement aux négociations de la grille tarifaire. Solange  20 ans, précise d’ailleurs  qu’avec le port de la capote, le prix est réduit à  500Fcfa. «Je fais ce que le client veux. L’essentiel est d’avoir de  l’argent pour préparer ma rentrée scolaire», déclare-t-elle. Une autre prostituée âgée de 16 ans, qui a requis l’anonymat, fait savoir que sans préservatif, le client doit payer entre 1000F et 1500Fcfa. Et cela se négocie en fonction du temps mis. «Parfois je rentre chez moi avec 6000Fcfa, après avoir  couché avec cinq ou six hommes la nuit. C’est en fonction du nombre de client que je peux évaluer mon travail», révèle-t-elle.

Déception des professionnelles

Un tour dans les quartiers Brazzaville, Dakar et Nkolouloun, le constat est le même. Il est courant de voir des disputes entre jeunes filles et les  prostituées de profession. Il est environ 21heures, ce dimanche 10 juillet au lieu –dit Nkolouloun, lorsqu’un homme la quarantaine sonnée  se dirige vers une fille de 16 ans. Celle –ci le conduit dans une vielle cabane. Après les ébats sexuels, la jeune fille revient s’installer en bordure de route. D’après les informations recueillies, la venue des jeunes filles pendant la période des vacances est pour les professionnelles un frein pour à  leur activité. «Ici c’est la jungle  pour avoir son gagne-pain. Malheureusement pendant les vacances les clients préfèrent beaucoup plus  les jeunes filles, parce qu’ils veulent ce qui n’est pas encore abimé», révèle une prostituée la mine triste. Toute chose, qui justifie parfois des éclats de voix, et même la bagarre. «Quand je sens que les clients s’intéressent beaucoup plus à ces jeunes filles, je m’interpose. Je vais même jusqu’à les agresser physiquement », déclare une professionnelle.

Certaines dispositions du code pénal

Malgré l’existence du code pénal, la prostitution prend de plus en plus l’ampleur. D’après la loi camerounaise, la prostitution est une infraction et les auteurs s’exposent à une peine d’emprisonnement. Certaines dispositions du code pénal camerounais prévoient un emprisonnement de six mois à cinq ans et une amende de 20.000 à 500.000 Fcfa pour la prostitution. Ce qui semble ne pas inquiéter les vendeuses de sexe. «Cette loi ne me dit rien, étant donné que certains de mes clients réguliers sont des hommes en tenue. Ils nous protègent en échange de notre corps. Quand parfois, il ya patrouille nous ne sommes pas inquiétées par la police», révèle une prostituée âgée de 22 ans. Bien plus, selon les prostituées, ce métier est soutenu par certaines autorités. «Je n’ai pas peur des flics.  Pendant certaines nuits je me rends dans le bureau de mon client lorsqu’il assure la garde. Je m’occupe  de lui et après il me raccompagne», poursuit une autre prostituée.