Cameroun – Equilibre régional : Vers une remise à plat ?

Le ministre de la Fonction publique et de la Réforme administrative (Minfopra) a entamé « une réflexion » sur la question des quotas.

La politique de l’équilibre régional au Cameroun est-elle en passe d’être repensée ? Dans une interview accordée à la Cameroon radio télévision (Crtv) lundi dernier, dans le cadre de l’émission « présidence actu », Michel Ange Angouing ne fait guère mystère des intentions de son département ministériel dans ce sens. « La difficulté dans cette question des quotas, indique le Minfopra, c’est qu’une réflexion doit être menée. J’ai d’ailleurs commencé cette réflexion que je vais soumettre à la haute attention du Premier ministre », avance t-il. Comme pour justifier la nécessité de la réforme envisagée, Michel Ange Angouing soutient que « lorsqu’on a arrêté les quotas il y a 30 ans, on a tenu compte que de la démographie. Et il me souvient qu’à cette époque, quand on lançait les concours, les régions comme l’Est, l’Adamaoua, le Sud ne pouvaient pas présenter des candidats du tout. ».
Une donne qui a bien changé puisque  « lorsque nous organisons un concours de 50 places, éclaire Michel Angouing, le département de la Vina peut présenter 100 bons candidats, le département du Haut-Nyong 100 bons candidats, le département de l’Océan peut présenter 100 à 200 bons candidats », argumente le Minfopra.  Selon ce dernier, « à côté de cet élément démographique, on devrait également tenir compte du taux de scolarisation. Si on met ensemble ces deux éléments, on peut atteindre l’équilibre tant recherché sans qu’une région se sente lésée par rapport à une autre », conclut Ange Michel Angouing. En clair, l’idée force prônée par le Minfopra est donc d’associer au critère du poids démographique de la région, celui du taux de scolarisation.

S’agissant de ce dernier élément, certains se demandent d’ores et déjà s’il sera tenu compte du nombre de scolarisés ou de diplômés originaires d’une région donnée. Cette notion de « taux de scolarisation » ne risque t-elle pas en réalité d’aggraver les disparités qu’ont vocation à tempérer le décret du 03 juillet 1975 et tous les textes subséquents, fixant le régime des concours administratifs ? A l’évidence, prévient le socio-politiste Claude Abé, « cela va créer plus de problème que ça n’en résoudra ». D’après cet universitaire, la réforme envisagée serait en fait « un fétichisme institutionnel d’une administration qui fait un effort de ne pas analyser tous les concours d’un problème avant de se doter d’une solution ».

Reproduction des élites
Et le problème justement, c’est le non respect des textes qui régissent cette politique d’équilibre régional. En témoigne le scandale né le 28 février dernier à la suite de la publication des résultats du concours d’entrée à l’Institut des relations internationales (Iric), filière diplomatie. L’on se souvient que le président de la République avait dû user de son autorité pour que les six candidats admis sur la première liste, puis recalés sur la deuxième, intègre cette institution en vertu d’une troisième liste, du reste allongée d’un nom. In fine, la solution ne serait-elle pas de s’attaquer au système de reproduction des élites, qui déséquilibre l’équilibre régional non sans gripper l’ascenseur social qui a permis à certains fils de paysans, de catéchistes ou simplement de personnes de conditions modestes, d’accéder à des fonctions parmi les plus prestigieuses dans la haute administration ?