Cameroun – Epidémie de rougeole : Quand résurgence rime avec négligence

Chaque année, la maladie donne des sueurs froides aux autorités administratives et médicales, comme s’il s’agissait de la première apparition.  

Le bilan s’alourdit chaque jour. Dans les zones du pays touchées par l’épidémie de rougeole, de nombreux enfant non immunisées croulent sous l’effet de la maladie. Après qu’elle a donné des sueurs froides au professionnel de la santé de la région du Centre, c’est maintenant le tour du Nord-Ouest. A l’espace d’un mois et demi, on est passé de 02 morts et 106 victimes à près de 15 morts sur plus de 114 cas signalés. Actuellement de source bien informée, c’est l’arrondissement de la Menchum Valley dont le chef-lieu est Banekouma qui enregistre le plus grand nombre de victimes. Du coup, pour stopper, la saignée une campagne de vaccination locale, se déroule du 25 au 30 août prochain. Notamment à l’Ouest, au Littoral, au Centre, au Nord-ouest, au Nord et à l’Adamaoua. Seulement, la cause de l’expansion de la maladie réputée très contagieuse semble être trouvée. Ici, on pointe un doigt accusateur sur le faible taux de couverture vaccinale, lors de la vaccination de routine et des campagnes de vaccinations contre la rougeole. « Il y a des parents qui ne vaccinent pas leurs enfants. Or le vaccin se fait à l’âge de neuf mois. Et comme c’est une maladie facilement contagieuse dès qu’il  y a un seul cas tous les enfants autour qui sont non vaccinés vont attraper la maladie», explique les épidémiologistes.
Légèreté
De l’avis des observateurs avertis, cette autre épidémie, pose un réel problème dans la prévention et le traitement des maladies évitables par la vaccination sur le triangle national. On se souvient d’ailleurs que le 23 février dernier à l’ouverture de la réunion annuelle des gestionnaires nationaux des Programmes élargis de vaccination (Pev) d’Afrique Centrale, les médecins évoquaient le chiffre de 1867 cas de rougeole suspectés au Cameroun en 2014, avec 725 déclarés positifs et 16 décès. Et un an auparavant, les données similaires étaient présentées pour tirer la sonnette de l’alarme. Tout récemment, une enquête par grappes à indicateurs multiples, réalisée par l’Institut national de la statistique en collaboration avec le ministère de la Santé publique, a renseigné que seulement 79,9 % d’enfants de 12 ? 23 mois ont reçu avant l’âge de 12 mois le vaccin contre la rougeole. Visiblement, tous ces indicateurs n’ont pas permis au professionnel de la santé et davantage au Pev de tirer  les leçons. Au Pev, les responsables se dédouanent en évoquant l’état de pauvreté des parents qui très souvent, faute de moyen ne respectent plus le calendrier vaccinal une fois que l’enfant atteint l’âge de 10 mois. Conséquence, au fil des années, la situation ne s’est guère améliorée. Selon l’Organisation mondiale de la santé, la rougeole reste l’une des causes importantes de décès du jeune enfant. Au Cameroun les médecins indiquent que la rougeole tue le plus grand nombre d’enfants avant l’âge de deux ans. La malnutrition, les infections, le non-respect des règles d’hygiène, sont entre autres des facteurs qui peuvent aggraver la maladie. Bien que le vaccin contre la rougeole est parmi les onze administrés gratuitement aux enfants de zéro à onze mois par le Pev, à chaque épidémie tout se passe comme si les autorités administratives et sanitaires étaient surprises.