Cameroun : Dégradation de la voirie , Le Danger des eaux usées

Plusieurs chaussées de la capitale actuellement dégradées à cause du déversement de déchets liquides.

Près d’une heure sur place. C’est le temps minimal que les taxis et les véhicules personnels qui empruntent l’axe Acacia/Rond-point express au quartier Biyem-Assi mettent aux « heures de pointe ». La cause, les égouts du camp Sic de la zone dont les ouvertures se trouvent au milieu de la route, déversant les matières fécales. Ce lieu a vu ainsi son bitume se détériorer peu à peu, créant des embouteillages. Même scénario dans les quartiers Messa et Cité verte de la cité capitale. En cette période de fortes pluies, les canalisations des habitations obstruées ou partiellement bouchées conduisent à un débordement des eaux usées et eaux de ruissellement. Avec la remontée des mauvaises odeurs et la mauvaise hygiène que ce problème entraîne, la situation est devenue rapidement très invivable pour les usagers de ces axes et les riverains. « C’est insoutenable. Ces odeurs ne  nous font pas du bien. Le pire, c’est qu’à peine débouchés, ces égouts se remplissent rapidement et les eaux usées remontent à la surface », confie Bertrand Oumbé, taximan.
En effet, selon les estimations des hydrauliciens, il peut tomber jusqu’à 100 litres d’eau par mètre carré lors des grosses pluies. Mais si la canalisation est bouchée ou partiellement entravée, cela peut engendrer un débordement de l’égout public et un affaissement de la chaussée due au ruissellement des eaux et à la pression de la circulation des automobilistes.  Et malheureusement, il n’existe pas de signes précurseurs annonçant un possible rejet des eaux usées. Dès lors, les interventions professionnelles sont bien souvent des débouchages d’urgence lors d’intempéries. Une action déplorée par les habitants de ces quartiers. « Pourquoi faut-il d’abord que ces eaux remontent pour que les agents de la Communauté urbaine réagissent ? » interroge une habitante du quartier Messa à Yaoundé. Si ces populations s’inquiètent aujourd’hui, ce qu’elles ignorent, c’est que les  stations d’épuration qui ont la charge de traiter les eaux pluviales et usées aujourd’hui sont inactives. Mais  aussi, bien avant la loi sur la décentralisation, elles étaient à la charge de la Sic. En effet, l’article 110 de la Loi n° 2004/018 sur la décentralisation attribue à la Communauté urbaine, la création, l’aménagement, l’entretien, l’exploitation et la gestion des équipements communautaires en matière d’assainissement d’eaux usées et pluviales. Une loi désengageant ainsi la Sic de toute responsabilité. A l’heure actuelle,  les trois stations d’épuration qui ont été réhabilitées n’attendent que le coup de pouce du gouvernement pour relancer les activités.

Interview

Mvondo Ayissi: « Les stations d’épuration avaient chacune sa particularité »

Ingénieur hydraulicien à la Communauté urbaine de Yaoundé.

Comment fonctionnent les stations d’épuration de la ville de Yaoundé?
Les stations d’épuration sont des infrastructures de traitement des eaux usées. Ainsi ces eaux usées arrivent dans une station d’épuration sous plusieurs formes. Elles  peuvent arriver par un réseau, comme elles peuvent arriver par des camions de transport. Pour la plupart des stations d’épuration, les eaux arrivent par des réseaux. Par contre, là où on a des camions, on va parler de stations de dépotage de traitement des boues de vidange. Pour ce qui concerne les eaux usées qui arrivent par réseaux, on en a deux : les réseaux tout à l’égout et les réseaux séparatifs. Le tout à l’égout c’est le réseau qui reçoit les eaux usées et les eaux pluviales. Le réseau séparatif c’est la station qui traite uniquement l’eau usée. Maintenant, s’agissant de Yaoundé, nous avons effectivement les deux types de réseaux mais qui pour certains se sont transformés en tout à l’égout : le cas de la Cité verte, Biyem-Assi, Messa. Conséquence, on se retrouve avec des canalisations bouchées qui éclatent, car n’étant pas dimensionnées pour ce réseau.
Qu’est-ce qui explique donc les dysfonctionnements actuellement observés ?
Il faut peut-être remonter à la genèse. Ces stations sont construites dans le cadre de l’aménagement des cités Sic d’une part par la MAETUR qui fait l’aménagement des espaces et d’autre part, par la Sic qui vient construire des infrastructures. Les stations qui ont été construites avaient chacune sa particularité. A Biyem-assi par exemple, on avait opté pour un système de lagunage (des grands bassins d’eaux usées), c’était un traitement naturel. Mais dans les autres stations, le traitement était intensif où on utilisait la technologie de boue activée. Une technologie qui nécessite une bonne connaissance pour entretenir et exploiter la station. Il se trouve qu’à un moment donné, toutes ces stations sont tombées en panne, parce qu’il n’y avait pas le personnel approprié pour faire l’entretien de ces stations, par rapport à la technologie en place. Mais la Communauté urbaine, avec la loi sur la décentralisation des communes avait pu réhabiliter trois stations : Messa, Biyem-Assi et Cité verte. Et pour cette réhabilitation, on a opté pour des solutions différentes de celles qui étaient en place. Seulement en réhabilitant les stations, on n’a pas réhabilité les réseaux. Quand on parle donc de fonctionnalité, en termes de présence humaine, oui elle est fonctionnelle car les stations sont ouvertes. Mais fonctionner du point de vue résultat, non. Parce que les rendements épuratoires ne sont pas ce qu’on pourrait attendre.
Et si vous nous parliez du projet RASOP qui semble être la solution au débouchage des égouts?
RASOP est un projet qui encourage et renforce les capacités en matière d’assainissement. Et dans ce projet, il faut voir toute la filière. C’est-à-dire au centre, les vidangeurs, parce que ce sont eux qui sont entre la production et le traitement. Pour l’instant, c’est un projet qui est encore au niveau de l’association africaine. Ils ont choisi cinq villes dans cinq pays pour piloter le projet. Et c’est au niveau de ces villes là que les expériences doivent être partagées à l’échelle nationale. L’approche du projet doit être « Mentis mentor » c’est-à-dire l’apprenant et le guide. Pour le cas de ce projet, Yaoundé fait partie des mentis. Il y a trois mentis francophones et deux anglophones. Pour les guider, il y a deux mentors. Pour les francophones, le mentor c’est l’Office national d’assainissement (Onas).

Interview

Mvondo Ayissi: « Les stations d’épuration avaient chacune sa particularité »

Ingénieur hydraulicien à la Communauté urbaine de Yaoundé.

Comment fonctionnent les stations d’épuration de la ville de Yaoundé?
Les stations d’épuration sont des infrastructures de traitement des eaux usées. Ainsi ces eaux usées arrivent dans une station d’épuration sous plusieurs formes. Elles  peuvent arriver par un réseau, comme elles peuvent arriver par des camions de transport. Pour la plupart des stations d’épuration, les eaux arrivent par des réseaux. Par contre, là où on a des camions, on va parler de stations de dépotage de traitement des boues de vidange. Pour ce qui concerne les eaux usées qui arrivent par réseaux, on en a deux : les réseaux tout à l’égout et les réseaux séparatifs. Le tout à l’égout c’est le réseau qui reçoit les eaux usées et les eaux pluviales. Le réseau séparatif c’est la station qui traite uniquement l’eau usée. Maintenant, s’agissant de Yaoundé, nous avons effectivement les deux types de réseaux mais qui pour certains se sont transformés en tout à l’égout : le cas de la Cité verte, Biyem-Assi, Messa. Conséquence, on se retrouve avec des canalisations bouchées qui éclatent, car n’étant pas dimensionnées pour ce réseau.
Qu’est-ce qui explique donc les dysfonctionnements actuellement observés ?
Il faut peut-être remonter à la genèse. Ces stations sont construites dans le cadre de l’aménagement des cités Sic d’une part par la MAETUR qui fait l’aménagement des espaces et d’autre part, par la Sic qui vient construire des infrastructures. Les stations qui ont été construites avaient chacune sa particularité. A Biyem-assi par exemple, on avait opté pour un système de lagunage (des grands bassins d’eaux usées), c’était un traitement naturel. Mais dans les autres stations, le traitement était intensif où on utilisait la technologie de boue activée. Une technologie qui nécessite une bonne connaissance pour entretenir et exploiter la station. Il se trouve qu’à un moment donné, toutes ces stations sont tombées en panne, parce qu’il n’y avait pas le personnel approprié pour faire l’entretien de ces stations, par rapport à la technologie en place. Mais la Communauté urbaine, avec la loi sur la décentralisation des communes avait pu réhabiliter trois stations : Messa, Biyem-Assi et Cité verte. Et pour cette réhabilitation, on a opté pour des solutions différentes de celles qui étaient en place. Seulement en réhabilitant les stations, on n’a pas réhabilité les réseaux. Quand on parle donc de fonctionnalité, en termes de présence humaine, oui elle est fonctionnelle car les stations sont ouvertes. Mais fonctionner du point de vue résultat, non. Parce que les rendements épuratoires ne sont pas ce qu’on pourrait attendre.
Et si vous nous parliez du projet RASOP qui semble être la solution au débouchage des égouts?
RASOP est un projet qui encourage et renforce les capacités en matière d’assainissement. Et dans ce projet, il faut voir toute la filière. C’est-à-dire au centre, les vidangeurs, parce que ce sont eux qui sont entre la production et le traitement. Pour l’instant, c’est un projet qui est encore au niveau de l’association africaine. Ils ont choisi cinq villes dans cinq pays pour piloter le projet. Et c’est au niveau de ces villes là que les expériences doivent être partagées à l’échelle nationale. L’approche du projet doit être « Mentis mentor » c’est-à-dire l’apprenant et le guide. Pour le cas de ce projet, Yaoundé fait partie des mentis. Il y a trois mentis francophones et deux anglophones. Pour les guider, il y a deux mentors. Pour les francophones, le mentor c’est l’Office national d’assainissement (Onas).