Cameroun – Colins Defossoken: «La baisse des prix du carburant en réalité n’est plus fondamentalement le problème»

Le Président du Synester réagit à l’annonce présidentielle et analyse l’impact possible de cette baisse sur le secteur des transports.

Comment avez-vous accueilli l’annonce de Paul Biya sur la baisse des prix du carburant à la pompe ?

La baisse des prix du carburant répondait aux attentes pressantes des travailleurs des transports. Au mois de novembre, nous étions partis pour une grève dont l’un des motifs était la baisse des prix du carburant. Hier, c’était une réponse à cette doléance forte des syndicats au mois de novembre 2015. Même si la baisse des prix du carburant en réalité n’est plus fondamentalement le problème. Nous pensons aujourd’hui que le problème du carburant au Cameroun est structurel. A la fois, nous  accueillons favorablement cette mesure. Parce que quand on essaie de l’étudier en valeur relative, c’est quelque chose. C’est un signe que le Chef de l’Etat est à l’écoute des partenaires sociaux que sont les syndicats. Nous sommes très heureux que  le Chef de l’Etat ait écouté les syndicats et ait réagi à la faveur des travailleurs du transport et du peuple camerounais.

Le prix fixé aujourd’hui reflète-t-il ce que vous revendiquiez  il y a un peu plus de trois mois lors de l’annonce de votre mot d’ordre de grève ?

Quoi qu’il en soit, en valeur relative c’est quelque chose. Mais en  valeur absolue ça peut paraître anodin. Toutefois, le chef de l’Etat montre qu’il est à  l’écoute des travailleurs. Mais la baisse des prix pétroliers n’est plus le problème. Parce que le carburant est un produit fluctuant. On a baissé de 20 Fcfa aujourd’hui, on pourrait l’augmenter demain matin, si les prix venaient à grimper sur le marché international.

Que proposez-vous pour résoudre définitivement cette question du prix du carburant ?

Il faut que le gouvernement camerounais puisse répondre à certaines aspirations. La première, il  faut explorer suffisamment notre sous-sol pour avoir davantage de pétrole pour renflouer les caisses de l’Etat pour le développement du Cameroun. La Snh à notre sens ne fait pas très bien son travail car le Cameroun ne  peut pas paraître comme le parent pauvre au milieu de cette galaxie de grands pays producteurs de pétrole qu’on a dans la sous-région : le Nigéria,  le Tchad, la Guinée Equatoriale, et le Congo. On ne peut pas comprendre que le Nigéria soit à 2 millions de barils/jour, le Tchad à 1 million de barils, la Guinée Equatoriale à 1,5 millions et qu’on ne soit qu’à  près de 100 000 barils/jour. Il y a quelque part un problème.

Deuxième chose, il devient inimaginable que nous allions acheter le pétrole ailleurs, alors qu’on a un carburant au Cameroun. La Sonara doit être recapacitée pour être en mesure de raffiner le pétrole camerounais. Ceci va nous conférer une indépendance énergétique. Et puis, on parle aujourd’hui du financement climatique qui est déjà une solution à l’absorption des gaz à effets de serre. Le Cameroun, grâce à Dieu, est dans le bassin du Congo, qui est l’une des plus grandes réserves forestières du monde. Si vous ne voulez pas qu’on coupe  notre bois pour cuire  nos repas, il faut bien que les bailleurs de fonds, les pays  occidentaux, les pollueurs puissent nous donner un substitut au bois. Ce substitut ne serait que le gaz domestique. Si ce financement climatique peut permettre que l’Etat ait un gain en matière de subvention, ce serait toujours bien pour le peuple camerounais.

Nous avons observé une confrontation de points de vue au sein des transporteurs. Certains approuvaient la mesure, d’autres la trouvaient insignifiante. Quel constat tirez-vous des discussions avec vos camarades transporteurs qui consomment le carburant au quotidien ?

Quoi qu’il en soit, ils sont heureux. Heureux pas tant parce que la baisse a été de 20 Fcfa ou parce que le Gazoil a été de 25 Fcfa.  Mais parce que le chef de l’Etat a été réceptif à leurs revendications. Je crois que c’est beaucoup plus ça qui marque nos camarades.