Cameroun – Coin du droit: La justice populaire

Marché centrale de Douala, il est 10 heure, un voleur vient d’être appréhendé pour avoir soustrait le sac à main d’une dame.

Aussitôt, vendeurs  et acheteurs du marché accourent pendant que certains le lapide en le déshabillant. D’autres mettent le feu sur de vieux pneus où le malfaiteur est immédiatement immolé. C’est un fait banal, mais fréquent dans nos villes et campagnes : c’est la justice populaire ou vindicte populaire. Qu’est-ce que c’est ? Ce comportement peut-il être réprimé ? Dans sa rubrique du “COIN DU DROIT”, 237online.com vous à juger bon d’apporter des precisions à ce concept.

Qu’est-ce que la justice populaire ?
La justice populaire ou justice privée ou encore vindicte populaire est la réaction de la population face aux crimes. C’est une justice arbitraire qui ramène notre société à l’état de nature ou de barbarie.  C’est une pratique malsaine qui s’apparente à une sorte de dégénérescence du système répressif de l’Etat, en ce que les individus qui se permettent de la perpétrer préfèrent se rendre justice. Pourtant,

il existe des institutions qui permettent à tout citoyen qui se sent lésé par une infraction de saisir les autorités compétentes. Au Cameroun, c’est le système judiciaire qui est en charge de la justice et non la population. La justice populaire est une justice expéditive ; c’est-à-dire immédiate et sans appel, la sanction suit la faute ; sans détour ni procédure. Elle est punitive : lapidation, coups et blessures ; et surtout porte atteinte à l’intégrité physique de celui qui est lapidé même s’il est présumé criminel. Le présumé coupable n’a aucun moyen de défense. Besoin d’aide juridique ? Contactez nous à info@237online.com C’est une justice qui s’oppose inexorablement à la justice publique ou étatique, fonction souveraine de l’Etat consistant à définir le droit positif  et trancher les litiges entre sujets de droits.

La  justice populaire peut-elle être réprimée ?
Oui, les acteurs et les auteurs de la justice populaire s’exposent à des poursuites judiciaires. En ce sens que lorsque la foule lapide ou torture un individu, bien que ce dernier ait commis une faute, elle porte atteinte à son intégrité physique (par les coups et blessures) ou à sa vie (en lui donnant la mort). Et ses atteintes sont naturellement réprimées sur le plan international que national.
Déjà, sur le plan international, le Cameroun a signé des conventions internationales contre la torture et les traitements humains dégradants. C’est le cas de la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme  du 10 décembre 1948 qui dispose dans ses articles 5 et 9 respectivement  que « nul ne sera soumis à la torture, ni à des peines ou des traitements cruels inhumains et dégradants », « nul ne peut être arbitrairement arrêté, détenu ou exilé ». Besoin d’aide juridique ? Contactez nous à info@237online.com.
Dans notre ordonnancement juridique, on peut relever que le Code Pénal  camerounais en ses articles 278 et 279 et suivants, punissent les coups mortels, les coups avec blessures graves, et même le meurtre (article 275).
Le problème de la vindicte populaire découle du fait que généralement, ce sont des infractions commises de concert. C’est un groupe d’individus qui s’arrange à commettre une infraction et qui n’en dénoncera pas les auteurs. Mais lorsque des individus sont désignés comme étant des auteurs de la vindicte populaire, ils peuvent être punis par les peines citées ci-dessus, et suivant les cas.
Ainsi, la justice populaire ne saurait avoir sa place dans notre société actuelle qui se veut etre une société de droit. Car elle porte gravement atteinte au principe de l’Etat de droit.