Cameroun – Blangoua :Plus de 500 personnes bientôt sans abris

Elles sont menacées d’expulsion par le sous-préfet de cet arrondissement alors qu’elles vivent sur le site querellé depuis des décennies.

Le sous-préfet de l’arrondissement de Blangoua, localité située aux abords du lac Tchad dans le département du Logone et Chari à l’Extrême-Nord a déjà tranché : «Les occupants du site attribué aux services du ministère de l’Elevage, des Pêches et des Industries animales doivent libérer». Rigobert Belele est bien déterminé dans son acte et «ne compte pas baisser les bras». Il a d’ailleurs servi une notification de libération aux différentes familles qui vivent pourtant depuis des décennies sur cet espace. Dans son acte administratif, le sous-préfet signale aux «occupants illégaux» qu’«à compter du 1er septembre, ils ont trois mois, donc jusqu’au 30 novembre 2015 pour libérer le terrain attribué aux services du Minepia et du marché de poisson de Tchintchina». Passé ce délai, Rigobert Belele déclare qu’«une casse sera organisée pour dégager ce site réservé à ces services publics en vue de réaliser tout projet d’intérêt général».
Joint au téléphone, l’autorité administrative de Blangoua confie que les populations concernées par cette libération «occupent illégalement le terrain attribué à la délégation d’arrondissement du Minepia». Les différentes familles qui se sont installées sur le site «ne disposent pas de titres fonciers». Rigobert Belele soutient que «le terrain querellé est du domaine de l’Etat depuis la création de l’unité administrative de Blangoua».

Les populations indexées par cette expropriation dénoncent les mauvaises intentions du sous-préfet en complicité avec le maire et le délégué d’arrondissement du Minepia de Blangoua. Jarma, le porte-parole des 37 familles soit 552 personnes installées sur le site fait savoir que cet espace a toujours appartenu à leurs parents. Ce dernier affirme être installé là-bas depuis «plus de 20 ans». On y retrouve aussi «des familles qui y vivent depuis 40 ans». En effet, une source explique que «le sultan de Goulfey de l’époque, Ali Mahamat, avait procédé en 1973 à une répartition de ce terrain à l’avantage des populations autochtones, les Kotoko notamment». Entretemps, le site s’est transformé en zone de pêche et de marché de poisson. D’où la convoitise des différentes parties.

A Blangoua, l’on susurre que cette expropriation a été orchestrée par le maire pour se venger des populations qui ne l’ont pas voté lors de l’élection municipale de 2013. Joint au téléphone, le maire Mahamat Kanembou n’a pas souhaité s’exprimer sur le sujet. Il a raccroché le téléphone lorsque le reporter de Mutations s’est présenté. Pour l’instant à Blangoua, les populations se sont mobilisées et déclarent être prêtes pour un éventuel affrontement avec l’administration locale. La situation est fragile et peut dégénérer à tout moment dans cette localité exposée aux assauts du groupe terroriste Boko Haram.