Cameroun – Anne Bella Nkoto: L’amazone du commandement militaire

L’actuel commandant de la légion de gendarmerie du Sud est une femme de poigne pétrie d’expérience.

En attendant son entrée dans la légende, l’histoire retiendra qu’Anne Bella Nkoto aura été la première femme au Cameroun, à assurer les commandes d’une légion de gendarmerie. L’officier supérieur de l’armée camerounaise dont l’expérience et l’efficacité n’ont d’égale que la longueur de l’escarcelle de ses parchemins professionnels, a récemment été couronnée à la faveur d’un décret du chef de l’Etat signé le 28 février 2015. Et depuis son installation le 17 mars dernier, la légion de gendarmerie du Sud a rompu avec la monotonie du commandement au masculin. Une nouvelle page vient ainsi de s’ouvrir non seulement pour le corps d’élite qu’est la gendarmerie, mais surtout pour la femme militaire qui, à travers le colonel Bella, fait son entrée dans la cour des grands.
Ceux qui ont fait un tour du côté d’Ebolowa si I, au lieu-dit Mendo’o, ces derniers jours, ont d’ailleurs dû se rendre à l’évidence que

le travail a bel et bien commencé. Le bureau d’Anne Bella Nkoto est de plus en plus sollicité, et son secrétariat constamment pris d’assaut par des visiteurs, certainement curieux de découvrir ce personnage encore énigmatique dans la conscience collective. Et c’est avec la même chaleur que le nouveau commandant de la légion (Colégion), de gendarmerie du Sud reçoit tous ses hôtes.
Taille moyenne, teint clair, son allure imposante suscite à la fois respect et admiration. Cette apparence qui laisse transparaître une énergie débordante, traduit un tempérament de fermeté propre à son métier de femme des armes qu’elle exerce depuis un quart de siècle. Sa nomination n’apparaît pas comme une surprise pour elle, mais plutôt une invite à plus de responsabilité et d’ardeur au travail, celui du commandement militaire qu’elle maîtrise le mieux pour y avoir gravi tous les échelons.
Née à Metet dans le département du Nyong et So’o le 2 avril 1961, cette quinquagénaire originaire d’Evindi Si par Nkpwang à Sangmelima, a le profil de l’emploi. En plus de sa licence en droit qui a conditionné son entrée à l’école militaire interarmes (Emia), de Yaoundé, la doctorante en stratégie, sécurité, défense et gestion des conflits, est la première femme en Afrique centrale diplômée de l’école supérieure internationale de guerre de Simbock à Yaoundé depuis 2009.

Titulaire d’un brevet de parachutiste
Son parcours a également été émaillé de nombreux stages techniques qui ont alourdi son escarcelle de parchemins professionnels. On peut citer entre autres le brevet de parachutiste, le diplôme de l’Ecole d’application de gendarmerie de Yaoundé, diplôme du cours international de Melun en France (la plus grande école de gendarmerie au monde), diplôme d’état-major de l’école de guerre…
Ce sont tous ces diplômes ajoutés à son cursus académique qui ont milité en faveur de son brillant parcours professionnel. Même si pour cette lauréate de la promotion «Ouverture et démocratie», de l’Emia qu’elle intègre en 1990, c’est son tempérament de battante qui l’a orientée vers le métier des armes. «J’étais une grande sportive et l’une des meilleures handballeuses du lycée. C’est surtout la discipline qui règne dans l’armée qui m’a le plus intéressée», tranche-t-elle.
Depuis sa sortie de l’école, Anne Bella Nkoto, a tour à tour occupé les fonctions de chef de bureau du personnel et de la chancellerie de la légion de gendarmerie du Nord-Ouest à Bamenda, chef de bureau des stages au Secrétariat d’état à la défense, chef de bureau de la coopération au Ministère de la défense (Mindef), entre autres. Son passage à Melun en France où elle aura été la deuxième africaine à décrocher un diplôme à la prestigieuse école de gendarmerie, a davantage confirmé sa notoriété. C’est ainsi qu’elle est nommée commandant de compagnie de l’aéroport international de Yaoundé Nsimalen, où elle passe pratiquement 9 ans, avant d’être promue chargée d’études au bureau des essences des armées et de la gendarmerie. Après l’école de guerre, elle est nommée adjoint au commandant de gendarmerie au centre opérationnel interarmées, puis directeur adjoint du budget et des équipements au Mindef, poste qu’elle occupait avant sa récente nomination comme Colégion du Sud.
Comme le colonel Pauline Ngaska de l’armée de terre, première dame inspecteur à l’inspection des armées, son homologue Philomène Nga Owona, première femme commandant de bataillon installée quelques jours plus tôt à Yaoundé, et Marguerite Mfegue promue chef de service du protocole du Mindef, le colonel Anne Belle Nkoto fait partie des bénéficiaires des textes du chef de l’Etat qui selon le ministre de la Défense Edgard Alain Mebe Ngo’o, «marquent une option résolument prise en faveur d’une responsabilisation plus accrue des femmes». Au-delà de ses missions professionnelles, le nouveau Colégion en tant que pionnière, dira le Mindef lors de son installation : «a la responsabilité qui incombe aux pionniers. La vôtre est de frayer le chemin que devront emprunter les autres femmes».

Un chemin pour les autres femmes de l’armée
Loin d’être un handicap, son statut de femme est plutôt pour la patronne de la légion de gendarmerie du Sud, un atout qu’il va falloir capitaliser. Ce d’autant qu’elle jouit des mêmes compétences et aptitudes que ses camarades de sexe masculin, comme l’a relevé le Mindef. «A travers ma nomination, la Nation a reconnu que les femmes ont des capacités. Le message que j’envoie aux femmes est que le temps du doute, des jérémiades et des hésitations est passé. Les portes nous sont ouvertes. On n’a plus à les défoncer comme avant. A nous maintenant de saisir la balle au bond par notre travail, notre façon d’être afin que nous nous associons à tous pour l’émergence du Cameroun», interpelle-t-elle.
Sans vouloir entrer dans les détails de son plan d’action, le contexte sécuritaire actuel s’y prêtant, Anne Bella Nkoto a une vision plutôt moderne de la gendarmerie. Une gendarmerie proche des populations, qui rassure et protège entièrement, au service de la Nation. Elle entend maintenir allumé très haut, le flambeau de la Légion, afin que ceux qui doutent comprennent que les femmes peuvent apporter du leur dans l’édification du Cameroun, à condition qu’on leur fasse confiance. «Mon défi est de deux ordres. D’abord sur plan professionnel, je dois montrer de quoi je suis capable. Je m’appuierai sur les autorités administratives, judiciaires, militaires et des populations sans lesquelles je ne peux avoir le renseignement. Maintenant en tant que femme, il faut que je montre l’exemple. Car c’est à travers mon succès ou mon échec que dépendra l’avenir des autres femmes. Aussi je suis tenue par l’obligation de des résultats afin d’ouvrir les portes aux femmes des générations futures», projette-t-elle.
C’est dire qu’il revient au nouveau Colégion de se montrer digne de la confiance placée en elle. Les résultats restent l’unique paramètre d’évaluation de cette amazone qui sait que seule, elle ne pourrait s’en sortir. Car, reconnait-elle, «la sécurité n’est pas l’affaire de la seule gendarmerie. Nous travaillons en état-major, ce qui signifie que nous sommes interdépendants les uns des autres», rassure le colonel Bella. Dans ce contrat de performance, le Colégion dit n’avoir besoin que d’un effectif efficace et non pléthorique. Elle salue la mouvance actuelle au sein de l’armée qui fait la part belle au renouvellement des effectifs plus jeunes.
A propos de cette recherche de l’efficacité, le Mindef relevait lors de son installation que son choix qui s’est opéré dans un contexte sécuritaire particulier, s’inscrit dans la une dynamique de remise en cause. «Pour être plus efficace, il est souvent important d’opérer des changements d’hommes. Pas nécessairement parce que les autres ont mal travaillé, mais parce que les changements induisent une efficacité nouvelle. Et l’armée ne fait pas exception à cette règle», a rappelé M. Mebe Ngo’o. Une interpellation qui n’est pas entrée dans les oreilles de sourde parce que le colonel Anne Bella Nkoto est dans une logique de surpassement de soi. Celle qui pense que la condition pour parvenir à sa mission reste et demeure la volonté et le travail bien fait, remplace à son poste le colonel Guy Beyegue, affecté au Nord-Ouest, à Bamenda.

Repères
2 avril 1961 : Naissance de Anne Bella Nkoto à Metet
1990 : Entrée à l’Emia. Lauréate de la promotion “Ouverture et démocratie“
2009 : Diplômée de l’Ecole supérieure internationale de guerre de Simbock
28 février 2015 : Nomination comme commandant de légion de gendarmerie du Sud
17 mars 2015 : Installation à ce poste par le Mindef, Edgar Alain Mebe Ngo’o