CAMEROUN :: ALUCAM : LA DESCENTE AUX ENFERS EST PROGRAMMÉE

La société Alucam est actuellement minée par des maux de toutes sortes : magouilles à tous les niveaux, esclavage à ciel ouvert, pratiques ésotériques à tout va. Aucun repreneur sérieux ne veut courir le risque depuis le départ en 2015 de Rio-Tinto-Alcan. L’Etat du Cameroun ne trouve pas la cinquantaine de milliards pour relancer cette société afin qu’elle soit de nouveau compétitive à l’échelle internationale. La fermeture de l’usine s’annonce donc comme un fait inéluctable.

Du balayeur qui vole les EPI (équipements de protection individuelle) pour les revendre aux sous-traitants, au Directeur général qui met en place un système mafieux pour ses propres intérêts ; en passant par les chefs d’équipe, les superviseurs, les surintendants, et les directeurs ; partout la mafia a fait son lit. Comme une véritable gangrène, les magouilles se sont emparé de toute l’entreprise qui faisait jadis la fierté des habitants de la Ville-lumière. Aujourd’hui Alucam n’est plus que l’ombre d’elle-même.

L’oxygène des pouvoirs publics

Le brai et le coke qui sont les principales matières premières usitées dans la composition de l’alumine et commandées en Europe deviennent de plus en plus rares. L’approvisionnement de ces matières premières devient de plus en plus difficile. Elles deviennent de plus en plus chères du fait des fluctuations de leur coût sur le marché. Du coup les dirigeants d’Alucam éprouvent d’énormes difficultés à les assurer ; et quand bien même ils parviennent à passer une commande, celle-ci ne porte que sur de très faibles quantités.

Selon nos informations, les pouvoirs publics camerounais qui contrôlent majoritairement l’actionnariat d’Alucam (93%) après le départ de Rio-Tinto-Alcan, doivent injecter une trentaine de milliards de F. CFA dans le capital d’Alucam afin de relancer cette entreprise qui montre déjà des signes d’essoufflement. Si rien n’est fait pour assainir et surtout si l’argent frais n’est pas insufflé dans cette société, elle se verra à défaut de fermer ses portes, se voir contraindre de réduire ostensiblement le volume de ses activités et ne limiter son rayonnement que sur le plan national et sous régional ; étant donné qu’elle ne pourra plus assurer ses ambitions sur le plan international.

Aussi, les pouvoirs publics pourraient-ils se voir obligés de procéder massivement à des licenciements. Plus grave, ceux-ci devraient ensuite tout mettre en œuvre pour réduire le train de vie des cadres (lesquels roulent actuellement carrosse) et diminuer considérablement le nombre de sous-traitants bien que ce soient les directeurs eux-mêmes qui sont à la manœuvre derrière de nombreuses sociétés-écrans. Dans ce tableau bien sombre il convient d’ajouter que les infrastructures d’Alucam qui datent des années 1950 devront impérativement faire leur cure de jouvence pour être en mesure de relever défis à venir.  Mais surtout il faudra mener une croisade sans pitié contre les auteurs des magouilles et du racket institutionnalisé au sein de l’entreprise.

Mutations du personnel

L’actuel Directeur de l’usine Thomas Manga est actuellement aux abois. Il vient de sécuriser son domicile de fonctions sis à la cité des cadres pour un coût estimé plusieurs des dizaines de millions de F CFA. Notons également que l’ancien directeur de l’usine démissionnaire, le Dr Bassirou Mohamadou y avait échappé de justesse à la mort !  Les commanditaires de cette tentative d’assassinat sont connus au sein d’Alucam puisque les auteurs de ce prétendu cambriolage étaient passés aux aveux devant les autorités mais cette affaire a été étouffée. L’on comprend donc pourquoi Thomas Manga pour éviter de connaître un tel sort, a pris des mesures préventives pour assurer sa sécurité.

Dans de telles conditions et dans un tel climat délétère, comment assainir une entreprise aussi mal en point? Le mal est si profond que trancher quelques têtes ou opérer des mutations de postes ne serait qu’une entreprise vouée à l’échec.  Il ya de cela quelques jours, Thomas Manga a procédé à certaines mutations au sein de l’entreprise mais il a surtout évité de s’attaquer aux postes qui posent problèmes en raison de leur implication manifeste à des réseaux mafieux qui contribuent à paralyser l’entreprise.

Mayagui Mayagwa Kizitto, précédemment contremaître production électrolyse, a été nommé au poste d’Expert métier électrolyse. Ulrich Tsoungui, précédemment correspondant santé, sécurité, environnement a été muté au poste de contremaître production électrolyse. Pierre Makang précédemment AM Flux et Atelier des poches a été muté au poste de responsable SSE Électrolyse. L’ancien poste de l’AM Flux et Atelier de poches est supprimé et à la place Thomas Manga a créé un poste d’AM en charge de l’atelier des poches et un poste de responsable Flux. À cet effet Joseph-Sylvestre Mandeng, surveillant de Hall a été muté au poste d’AM en charge de l’atelier des poches. Daniel Jos Mbangue assurera la responsabilité du Flux sous la supervision de l’ingénieur procédé et flux, cumulativement avec ses fonctions de Cost Controller et Correspondant RH. Pour ne citer que ceux-là.

Intérêts multiformes

La plupart des gros magouilleurs quant à eux n’ont pas été mutés ni nommés. Ils demeurent à leurs postes parce qu’ils servent plusieurs intérêts occultes. Des intérêts au sein de la boîte à Edéa et à Douala ainsi que ceux de personnes tirant les ficelles depuis Yaoundé. C’est dire que les dirigeants d’Alucam n’ont plus les mains libres. C’est Yaoundé qui pilote désormais l’entreprise avec les mauvais résultats qu’un tel pilotage à distance peut induire. Et c’est en exprimant son désaccord contre un tel modus operandi que l’ancien directeur, le Dr Mohamadou Bassirou a pris ses responsabilités en déposant son tablier.

Thomas Manga a été mis sur orbite après la démission du Dr Bassirou. Ce dernier disposait d’un carnet d’adresse fourni.  Son objectif était de projeter Alucam à l’Horizon 2020 et les résultats obtenus par ce dernier sont là pour le prouver : il avait, entre autres, réussi à renflouer les caisses de l’entreprise. Cet argent avait d’ailleurs servi à acheter un nouveau transformateur pour la sous-station et à réhabiliter le centre de stockage de déchets ultimes.

Selon une anecdote, le Dr Bassirou ne voulait pas du tout travailler avec Angele Modi Koko et savait qu’avec le départ d’Alain Malong à la retraite il prendrait pleinement les rennes de l’entreprise. Mais hélas ! Alain Malong a encore bénéficié d’une rallonge de 5 ans. Aujourd’hui il s’accroche malgré tout à la tête d’Alucam bien que tout aille mal ; et aussi que le Dr Bassirou avait pris soin de supprimer le poste de Directeur Socatral afin de réduire les dépenses liées à une telle fonction. Il a également supprimé le poste de Directeur technique, puis a nommé un sous-directeur à Socatral, un sous-directeur financier et un sous-directeur du service approvisionnement. Les trois sous-directeurs avec le Dr Bassirou comme DG étaient à même d’impulser une nouvelle dynamique à Alucam mais Yaoundé en a décidé autrement… une fois de plus.

Aujourd’hui l’heure est à la démission de jeunes cadres intègres. Ces derniers aspirent à des horizons nouveaux susceptibles de donner un contenu réel à leur carrière professionnelle. C’est ainsi que Iya Bello est parti. Engelbert Che, le surintendant du service Electrodes est annoncé partant. Selon certaines confidences, Jeunesse Kuitcha du service comptabilité et Eugène Mboudi de l’électrolyse seraient aussi sur le départ. Démonstration est donc faite que si rien n’est fait par les pouvoirs publics la descente aux enfers est bel et bien programmée.