Cameroun – Abaga Nchama , un esclavagiste aux commandes de la Beac

L’homme qui manœuvre actuellement pour être reconduit en dépit d’une disposition de rotativité, ne fait pas beaucoup de différence entre le patrimoine communautaire et l’épicerie familiale.

Que sont-ils devenus ? Dans les couloirs du siège de la Banque des Etats de l’Afrique centrale (Beac) à Yaoundé, on évoque le sujet de bouche à oreille. Il s’agit ici d’un véritable tabou, tant l’ambiance de terreur oblige à ne pas se mêler d’une affaire qui continue d’embarrasser et de traumatiser une bonne partie du personnel jusqu’à des niveaux insoupçonnables. Entre un licenciement sec et une affectation disciplinaire, il vaut mieux ne pas prendre certains risques…
Du 7 août au 4 septembre 2013, le gouverneur de la Beac, Lucas Abaga Nchama, met en mission une demi-douzaine de collaborateurs dans son village natal d’Ebibeyin (Guinée Équatoriale). Ils sont 6, constitués de personnels de maison rémunérés par la Beac. Mais leur séjour dans cette joyeuse contrée n’a strictement rien à voir avec les tâches qui leur sont traditionnellement dévolues à la Banque centrale. Lucas Abaga Nchama les a donc réquisitionnés pour

des besoins personnels, mais aux frais de l’Institut d’émission. Ailleurs, on parlera d’abus de biens sociaux, de conflit d’intérêts et même de détournement du patrimoine communautaire. Les infortunés, transformés en esclaves, sont assignés à des tâches parmi les plus difficiles.
À Ebibeyin, ces forçats doivent ainsi, sans poser de questions, assurer la restauration et la logistique à l’occasion du mariage du cadet du gouverneur, mais aussi du retrait de deuil de sa sœur. Leur mission sera prolongée lorsque vient à disparaître la génitrice de M. Abaga Nchama. Au départ du Cameroun, ils ont juste perçu une «avance» de frais de mission leur permettant difficilement de joindre les deux bouts et terre étrangère. Et les infortunés ne sont pas au bout des – mauvaises – surprises. Lorsque, fourbus, ils retournent à leur poste de travail à Yaoundé, les services compétents de la Banque centrale les accusent d’avoir surévalué leurs frais d’hébergement au Central l’hôtel d’Ebibeyin. On menace de frapper dans le reste de leurs minables frais de mission, par ailleurs calculés sur une base arbitraire. À la fois suffoqués et abasourdis, ils tentent de s’en remettre au service de la sécurité et du protocole de la Beac, où ces opérations sont gérées. Ils se voient menacés de licenciement. On leur reproche un activisme à vouloir se défendre, alors que d’habitude ces pratiques sont couvertes du sceau de l’omerta instituée par le gouverneur.
Pour éviter la contagion et le soulèvement, les pauvres hères, avec femme et enfants, sont affectées loin de leur base avec instruction de rejoindre leur nouveau poste dans l’urgence, sous peine de licenciement. Voilà comment un scandale a été étouffé dans l’œuf, pour l’honneur et la gloire du gouverneur Abaga Nchama.