Camair-Co se dit ouvert à toutes options de financement, dont des prises de participation ou des emprunts publics

Ernest Dikoum, le directeur général de Camair-Co, la compagnie aérienne appartenant à 100% à l’Etat du Cameroun, a indiqué que toutes les options étaient ouvertes pour le financement du plan de relance de l’entreprise. « Parmis les options en vue on cible du long terme financing, et de l’équity financing », a fait savoir M. Dikoum lors d’un échange avec la presse sur les performances de son entreprise.

Les banques locales seront sollicitées aux premières lignes, afin de mobiliser une part des ressources nécessaires. Mais en raison des contraintes de régulation dans la sous-région, ces banques ne peuvent effectuer des immobilisations de capitaux sur une période au-delà de sept ans. Dans de telles conditions, il n’est pas exclu que soit fait recours à des mécanismes d’ouverture du capital ou des alliances capitalistiques, en vue de bénéficier de sources alternatives de financements. Il a aussi été évoqué la possibilité d’un emprunt obligataire corporate.

Avant d’y arriver cependant, la compagnie doit régler un certain nombre de défis. Un des plus urgents est celui de son endettement. Des discussions avec l’Etat, principal actionnaire de la compagnie, se poursuivent afin de parvenir à un apurement de cette dette. « En réalité on retrouve plus, dans cette dette, des arriérés d’impôts et autres droits sociaux. Si l’Etat consent à faire quelque chose, cela va nous apporter une vraie bouffée d’oxygène », a confié Ernest Dikoum à l’Agence Ecofin, en marge de la rencontre. Mais il faudra trouver la juste mesure pour absorber cette dépense publique dans le budget de l’Etat.

Pas de plan social à Camair-co

Tout en démentant être sur l’exécution d’un plan social (compression du personnel), Ernest Dikoum a reconnu que l’entreprise était aussi en train de travailler à la réduction de la pression salariale. « Nous sommes parvenus à avoir un ratio de consommation de carburant de 23% sur le chiffre d’affaires. Désormais on doit s’attaquer à la réduction du poids des salaires, et cela passe soit par une réduction du personnel, soit par une augmentation des revenus avec le même nombre d’employés, soit par une restructuration de la ressource humaine, pour la rendre plus efficiente », a-t-il confié.

De son propos, il ressort que Camair-co travaille à mettre en place les deux derniers axes. Au moment du lancement de la compagnie aérienne, le management précédant, avait recruté de nombreuses personnes, misant sur une expansion rapide des activités.

La réalité n’a pas satisfait aux attentes, mais les défis de la restructuration font que le besoin de personnel se fait toujours ressentir. C’est le cas pour les équipages des futurs avions qui seront acquis, de la gestion du service Cargo, de la maintenance des nouveaux types d’appareils, notamment les MA60 chinois.

Dans cette période de vents contraires, Camair-co sous la direction de M. Dikoum, revendique de solides performances. Sur les six premiers mois de l’année 2017, le chiffre d’affaires réalisé avec deux appareils, 4 lignes internes et deux lignes extérieures, est annoncé à près de près de 5 milliards de FCFA soit la moitié de celui réalisé par la compagnie durant la période couvrant sa création, jusqu’à la fin 2016.

Il faut cependant dire que les données sur les performances financières sont à prendre avec une certaine réserve. Un audit est actuellement effectué sur la dette de l’entreprise et sur les comptes des exercices 2014 à 2016. La direction générale de Camair-co promet de partager les résultats au moment de leur publication. L’entreprise semble aussi avoir le soutien de l’avionneur Boeing, qui serait prêt à livrer les Dreamliners 787 dès que possible.

Reconquérir la confiance des passagers

« J’ai mis la pédale douce sur cette opération. Il y a un gros travail de réorganisation interne à faire. Une fois que ce sera achevé, nous pourrons continuer d’acquérir des avions avec plus de confort. Il y aura des équipages pour les gérer, des équipes opérationnelles rôdées pour leurs exploitations et un ciblage cohérent des lignes à couvrir. L’idée d’ensemble est de marquer les passagers, envers lesquels ont doit renforcer le Capital confiance », a conclu Ernest Dikoum sur ce point.

Née de la défunte Cameroon Airlines, Camair-co a connu de fortes périodes de turbulences marquées par le passage de plusieurs directeur généraux. Le président Paul Biya a approuvé un plan de relance, qui doit aujourd’hui se déployer dans un contexte difficile, marqué par la baisse de la liquidité bancaire en zone Cemac, un faible niveau de couverture de la monnaie, une concurrence accrue dans le ciel africain, et un staff qui, depuis longtemps, ne connaît pas la pression qu’implique la gestion opérationnelle d’une compagnie aérienne.

Ernest Dikoum espère atteindre la situation d’équilibre budgétaire grâce à ses ressources. Il s’est donné la date de janvier 2018 comme délai de reférence, mais il reconnaît que les défis sont tels que rien ne peut être sûr. « Nous ne sommes pas seuls, il faut tenir compte notamment de l’Etat, principal actionnaire de l’entreprise. Si tout le monde demeure mobilisé, cela devrait aller », a-t-il avoué. Avec la mise en service prochain d’un avion-cargo, il espère augmenter les revenus de 2 milliards de FCFA par an.