BIDOUNG MKPATT : «LE MAL CAMEROUNAIS EST L’INCIVISME »

Le ministre de la Jeunesse et de l’Education civique décrypte la perception de l’unité nationale par les jeunes.

Que vous inspire le thème de la fête de l’unité cette année ?
La 43e édition de la fête nationale de l’unité célébrée hier avait pour thème : « forces de défense en synergie avec les forces vives de la nation, pour relever les défis sécuritaires et préserver la paix au Cameroun et en Afrique centrale ». Ce thème met un point d’honneur sur l’union sacrée derrière le président de la République et les forces de défense et de sécurité, dans leur combat contre l’insécurité, sous toutes ses formes, dans notre pays. La guerre contre les éléments de la secte obscurantiste, Boko Haram en est une illustration. De même, ce thème constitue l’expression du soutien du peuple camerounais au chef de l’Etat, qui a engagé notre pays sur la voie inexorable de son émergence.

Qu’est ce qui a justifié le choix de Maroua pour le lancement de la fête du 20 mai 2015 ?
Vous êtes sans ignorer que cette région de notre pays est depuis quelques mois en guerre. Les exactions de la secte Boko Haram dans cette partie du territoire causent désolation et chagrin au sein des populations. Les actes odieux et barbares de cette secte sèment avec cruauté la mort.

En réalité, si la région de l’Extrême-Nord constitue l’épicentre de cette guerre, tous les Camerounais patriotes ont en conscience que la nation toute entière traverse un moment grave. L’organisation de la cérémonie de lancement des activités civiles de célébration de la 43e édition de la fête nationale de l’unité à Maroua, capitale de la région de l’Extrême-nord, instruite par le président de la République, constitue un acte fort de témoignage de l’ensemble des populations de notre pays ; témoignage de soutien au chef de l’Etat et aux forces de défense dans la guerre déclarée contre Boko Haram ; témoignage de la solidarité des citoyens, du Nord au Sud, de l’Est à l’Ouest envers les populations victimes des exactions de cette secte.

Par ailleurs, à travers l’organisation de cette cérémonie, il s’agit, également de contribuer toujours davantage à promouvoir l’unité et l’intégration nationales entre Camerounais ; à briser le sentiment de marginalisation, de défaitisme et de découragement de ceux qui croient être des victimes ignorées dans la dynamique du développement national ; à lutter contre l’esprit de résignation face à l’adversité notamment les difficultés d’insertion socio-économique ; à galvaniser les populations à être fières de leur pays dans sa marche inexorable vers l’émergence; les encourager à être toujours patriotes, proactives, créatives, respectueuses de l’intérêt général, du bien commun, de l’éthique, des valeurs civiques et démocratiques, à promouvoir toujours le mieux-vivre ensemble, entre autres.

Quelle évaluation faites-vous des trois dernières cérémonies  de lancement qui ont lieu hors de Yaoundé?
Depuis les trois dernières années les lancements de la fête de l’unité hors de la capitale ont toujours été des réussites. Je voudrais préciser qu’à travers la réorganisation gouvernementale le 09 décembre 2011, le ministère de la Jeunesse et de l’Education civique a connu l’élargissement de ses missions. En effet, au-delà de l’élaboration et de la  mise en œuvre des stratégies en vue d’assurer un épanouissement socio-économique des jeunes, ce département ministériel est désormais chargé de la promotion de l’éducation civique et de la consolidation de l’intégration nationale au sein des populations de notre pays.

En élargissant les missions de ce ministère dans le champ de l’éducation civique et de l’intégration nationale, le chef de l’Etat, dans l’optique de la matérialisation de sa politique des Grandes réalisations, appelées à devenir de Grandes réussites, est résolument engagé dans la voie royale de la recherche des solutions innovantes et audacieuses, destinées d’une part à éradiquer l’une des principales facettes du « Mal Camerounais » majeur qui est l’incivisme. Mais, il est déterminé d’autre part à consolider toujours davantage le mieux-vivre ensemble entre les Camerounais.

Il s’agit en réalité pour le ministère de la Jeunesse et de l’Education civique, des départements ministériels techniques et les structures spécialisées partenaires, de réussir, à travers des stratégies et méthodes spécifiques d’encadrement, à accompagner les populations en général et les jeunes en particulier vers le « mieux-être et le pouvoir plus ». C’est pour cela que nous mettons en œuvre divers projets et programmes dans le cadre de la célébration des différentes éditions de la fête de l’unité nationale, au-delà des actions traditionnelles mises en œuvre dans le cadre de nos missions.

On constate que lors du défilé du 20 mai, ce sont généralement les hommes en tenue qui  sont mis en vedette. Pourquoi avez-vous mis l’accent sur le défilé civil ?
Je rappelle que le défilé du 20 mai sur l’ensemble du territoire national est une osmose entre les civils et les militaires. La même importance est accordée à ces deux catégories sociales alors que pour des événements similaires dans d’autres pays, les civils n’ont pas droit au chapitre. Cela traduit tout simplement la symbiose entre les civils et les militaires.  Cette symbiose s’exprime de façon énergique lorsqu’il s’agit de causes nobles qui concernent notre pays, à l’instar de la guerre déclarée contre Boko Haram où nous observons une mobilisation impressionnante des Camerounais, du Nord au Sud, de l’Est à l’Ouest, derrière le chef de l’Etat et les forces de défense pour vaincre cette nébuleuse.

Après la célébration de la fête de l’unité 2015, avez-vous l’impression que la jeunesse s’implique sur les grandes thématiques de l’heure du pays ?
La jeunesse camerounaise dans son ensemble est dynamique et ingénieuse et s’implique véritablement dans les grandes thématiques de l’heure. Je pourrais citer à titre d’exemple leur grande mobilisation à travers le pays pour fustiger les attaques de Boko Haram. Nous apprécions à sa juste valeur, leur réponse massive et enthousiaste à la grande Marche organisée le 7 février dernier, de manière harmonisée et synchronisée dans le dix régions, dans le cadre des activités de la 49e édition de la Fête Nationale de la Jeunesse, ainsi que celles organisées le 16 mai dernier, sous la supervision des autorités administratives. Il est nécessaire que cet éveil et cet élan patriotique puissent continuer, afin que le chef de l’Etat, chef des Armées et nos forces de défense et de sécurité se sentent soutenus dans cette bataille dont nous ne doutons pas de l’issue heureuse.

En tant que ministre de la Jeunesse et de l’Education civique que pensez-vous du civisme en milieu jeune ?
Nous constatons aujourd’hui dans toutes les strates de notre société une dégradation des valeurs sociales. Nous pouvons même affirmer que l’une des principales facettes du « mal camerounais » est l’incivisme. C’est pour cette raison que le chef de l’Etat, Son excellence Paul Biya, a créé tout un département ministériel chargé de mettre en place des stratégies pour enrayer ce phénomène qui hypothèque en partie nos efforts de développement intégré, endogène et global.

Quel est le bilan de l’Agence nationale du service civique de participation au développement dans l’éducation de la jeunesse?
Depuis le lancement de ses activités en 2012, 13000 Volontaires ont déjà été formés. Ces groupes de volontaires ont reçu en dehors des certificats, des facilités et appuis pour leur installation. Par ailleurs, une première cuvée de 4000 appelés, âgés  de 17 à 21 ans issus du système scolaire et extrascolaire, a été formée en 2014. La formation a porté sur le civisme, l’éducation physique, sportive et culturelle, la consolidation de la solidarité nationale, le patriotisme, la promotion de la paix et de l’intégration nationale, le secourisme et la protection civile, la protection de l’environnement. Ces jeunes ainsi formés jouent le rôle de pairs-éducateurs dans leurs établissements scolaires et universitaires respectifs à travers les clubs d’éducation civique et d’intégration nationale créés à cet effet. En perspective, il est prévu pour l’année en cours, la formation de 15000 jeunes, soit 6000 volontaires et  9000 appelés dans les dix régions. En marge de ces deux formations, l’Agence du service civique national de participation au développement procède cette année à la réhabilitation de quelques  centres de formation, en prévision à la mise en place des premiers villages pionniers de jeunes.

Que faut-il faire pour remédier à toutes les déviances observées actuellement chez les jeunes ?
Pour s’attaquer au problème d’incivisme dans notre pays, la sensibilisation constitue la première arme. Après le colloque international sur l’éducation civique et l’intégration nationale organisé en 2013, nous avons commencé en 2014, à mettre en œuvre les recommandations dudit colloque. Notamment à travers la création des comités d’éducation civique et d’intégration nationale dans toutes les unités administratives, sous la supervision des autorités administratives. Ces comités ont répertorié, à chaque niveau, des cas patents d’incivisme. Pour cette raison nous avons lancé des campagnes pilotes de proximité.

Dans cette perspective qu’allez-vous faire cette année ?
Cette année, nous comptons, dans quelques semaines et avec l’apport de tous nos partenaires, lancer une vaste campagne nationale d’éducation civique, dans la perspective de poursuivre le combat contre ce mal insidieux qui hypothèque en partie les efforts de développement endogène, intégré et global de notre pays. Cependant, la lutte contre l’incivisme ne saurait être la seule affaire des pouvoirs publics. C’est l’ensemble du corps social qui doit se donner la main afin d’infliger un coup d’arrêt à cette gangrène sociale. Le président de la République, dans ses différents messages à la jeunesse, ne cesse d’exhorter ses compatriotes à prendre une part active dans la lutte contre les fléaux sociaux qui obèrent les efforts de développement de notre pays.