Après les inondations, Douala 5ème vit ses premières casses

Ils sont plus d’une dizaine de Camerounais à avoir rejoint la rue depuis lundi 6 juillet 2015. L’ultimatum du ministre de l’Habitat et du développement urbain au sujet des déguerpissements entre en vigueur.

Le réveil d’Odette ce lundi 6 juillet 2015 a été des plus bruyants. L’habitante de Maképè Missokè (dans l’arrondissement de Douala 5ème) a vu son sommeil interrompu par les vrombissements des moteurs des pelles excavatrices de la Communauté urbaine de Douala. A 6h30, le délégué Fritz Ntonè Ntonè, le sous-préfet de Douala 5ème Tchakui Jean Marie, l’adjoint au maire de la commune Gustave Ebanda, les forces de maintien de l’ordre, la police municipale étaient déjà sur les lieux. Objectif, casser toutes les habitations qui obstruent le passage de l’eau et causent les inondations. Odette n’a que ses yeux pour pleurer. La fracture qu’elle traîne à la cuisse depuis sept mois ne lui permet pas de se mouvoir seule. Ce sont les flics qui la transportent de la maison pour la route. Les pelleuses broient tout sur leur passage. Ceux que les engins n’ont pas encore visités se pressent de récupérer le nécessaire dans leurs maisons.

Après les inondations du 19 au 20 juin courant qui avaient sévèrement tacheté l’image de Douala, le ministre de l’Habitat et du Développement urbain avait fait une descente à Douala. Jean Claude Mbwentchou annonçait alors une série de déguerpissement dans la capitale économique. Soit, 365 maisons ciblées. Le problème, c’est qu’elles sont construites à moins de 7mètres des drains, toute chose interdite. Les casses ont commencé par Maképè Missokè.
 
«C’est par nécessité que nous cassons, rassure Fritz Ntonè Ntonè. Si nous ne protégeons pas ces populations, en cas de catastrophe elles seront les premières à être inquiétées. Nous avons pris les dispositions pour que les drains soient bien nettoyés. Et pour ce faire, il faut que les abords soient nettoyés. On ne va pas toucher tout le monde, contrairement à ce que certains ont pensé.» Le délégué a beau faire des précisions :

«On ne va détruit que ceux qui ont vraiment les pieds dans l’eau, afin que les engins circulent normalement, les eaux aussi. Que les populations restent calmes. Nous ne sommes pas venus chasser tout le monde, mais sauver des vies. Vous avez vu dans quelle promiscuité certaines personnes vivent. Donc c’est aussi pour leur bien.» Chez les déguerpis, le moral est au talon. «Aujourd’hui qu’on vient détruire ma maison, je ne sais où aller. Je n’ai personne. Je savais qu’on devait faire les casses mais ne pouvant marcher, je suis restée attendre» se lamente Odette. Un autre riverain, Pascal Zeughou souligne : «Il faut qu’on prenne en compte le peuple qui habite de ce côté. C’est vrai que l’eau doit circuler parce que c’est un danger de vivre près du drain, mais on n’a pas le choix. Où allons-nous habiter ? Si on reste ici c’est faute de mieux.»
 
400.000 Fcfa

Mettre la charrue avant les bœufs. C’est bien ce que va faire le délégué du gouvernement. Lui qui pousse à la rue, en pleine saison pluvieuse des Camerounais, sans des mesures bien ficelées. Interrogé par les journalistes sur les mesures d’accompagnement, Ntonè Ntonè affirme que «L’opération est bien encadrée. Tous ces riverains ont d’abord reçu des sommations, donc on les a identifiés. Tous ceux qui sont sur la liste seront nécessairement indemnisés.» Et puis rien. Sauf que d’autres citoyens vont gagner la rue. «L’opération a commencé un peu plus tôt. C’est incontournable. Il y a un grand chantier parce qu’on touchera encore un peu plus de gens. On va trouver une solution le moment venu. Un vaste programme de drainage des eaux sera lancé bientôt. A Maképè Missokè, toute la partie de ce pont n’est pas fonctionnelle. Ce qui fait qu’avec l’arrivée des eaux, le lit se remplit, créant les inondations.»

Après Douala 5ème, les arrondissements de Douala 3ème, 2ème, 1er, et Douala 4ème vont suivre. Les pelleuses détruiront toutes constructions marquée de la croix de Saint-André. Celui qui n’est pas marqué «échappe à cette opération ponctuelle, mais ce n’est pas sûr qu’il échappera aux grandes opérations qui vont démarrer dans deux ou quatre mois», précise  Ntonè Ntonè. Qui demande d’ailleurs aux populations de comprendre. Déguerpir avant la descente des engins. «Une opération pareille coûte chère parce que nous ne voyons pas seulement les casses. Il y a aussi les engins.

La Cud n’a qu’une seule pelle excavatrice qui est en panne depuis plus de six mois. Il a fallu qu’on loue au moins cinq pelles excavatrices, d’abord pour libérer les abords des drains et ensuite pour dégager les parties des drains qui sont occupées par les constructions ou les activités. Je puis vous dire que l’allocation par jour d’un tel engin tourne autour de 400.000 Fcfa. Si l’opération de ce matin peut être un message pour les autres riverains qui ont été notifiés, ça permettra de gagner du temps. Ainsi, les engins pourront tout simplement nettoyer les drains.»