« Années de braise »: Le Cameroun comme un roseau

Entre 1990 et 1991 le pays a vécu de sérieux remous qui n’ont pourtant pas ébranlé l’édifice.

«Villes mortes, ghost towns, conférence nationale souveraine… » Ils sont nombreux qui n’ont sans doute pas encore oublié ces mots qui ont marqué un pan de l’histoire de la vie de notre pays. Particulièrement les années 1990 et 1991.

Sans doute comme jamais, l’édifice Cameroun n’a jamais été autant ébranlé. Une situation qui commence, comme un effet de mode avec des remous observés ici et là sur le continent africain.

Des mouvements nés de ce que d’aucuns n’hésitent pas à qualifier de « vents d’Est », à la faveur de la perestroïka impulsée dans les anciennes républiques de l’URSS par un homme : Mikhaïl Gorbatchev et dont l’un des points culminants va se caractériser par la chute du mur de Berlin qui sépare les deux Allemagne en 1989.

Souffle alors sur ces pays comme un « vent de libération ». Sur place au Cameroun, naissent des mouvements de revendication qui veulent la démocratie tout de suite. Au sein du seul parti politique reconnu, le Rassemblement démocratique du peuple camerounais (RDPC), certains militants leur répondent par un « non au multipartisme précipité ».

A tous, le chef de l’Etat, Paul Biya, dans un message à la nation le 9 avril 1990, répond simplement : « Je vous ai compris ». Les militants de son parti crient pourtant victoire. Oubliant certainement que l’homme du 6 novembre 1982 a engagé des réformes qui touchent cette formation politique depuis 1986.

Au cours d’un congrès du RDPC en juin 1990, Paul Biya invite ses camarades à se préparer à affronter une éventuelle concurrence. La session parlementaire de novembre 1990, est baptisée « session des libertés ». De nombreuses lois sont adoptées et promulguées.

Dès février 1991, les premiers partis de l’opposition voient le jour. Et avec eux, une kyrielle de revendications, dont la moindre n’est pas l’organisation d’une conférence nationale souveraine. Tout est mis en oeuvre pour l’obtenir dont les opérations villes mortes qui paralysent l’activité économique dans certaines localités du pays comme la capitale économique Douala dès avril 1991.

La situation est si intenable que certains en viennent à penser que cette ville est devenue un « no man’s land » interdit d’accès au chef de l’Etat.

Mais c’était sans compter avec le président Paul Biya. Lorsqu’il entreprend une tournée à travers les dix provinces du pays (devenues en 2008 des régions), le président de la République arrive dans la ville de Douala et lâche devant une foule enthousiaste : « Me voici à Douala ; me voici donc à Douala ».

Bien plus, le 27 juin 1991, devant les députés réunis au palais de verre de Ngoa Ekellé, Paul Biya annonce des élections législatives anticipées pour 1992, non sans déclarer sur un ton ferme : « Je l’ai dit et je le maintiens, la conférence nationale est sans objet ».

En lieu et place, sera plutôt organisée dès le mois d’octobre, une rencontre tripartite entre le gouvernement, les partis politiques et la société civile qui permettra finalement la décrispation des tensions sociales. Les premières élections multipartistes ont lieu en 1992.