Ango : « il faut revenir au cameroun justement pour inscrire son nom dans l’éternité car l’histoire retiendra plus facilement votre nom»

Nous avons rencontré Monsieur Ango dans un cadre familial après l’avoir connu dans plusieurs interventions relatives au domaine de l’Agriculture. Il intervient  aussi dans plusieurs colloques internationaux organisés par la banque mondiale, les bailleurs de fond ; répond présent dans plusieurs rencontres du ministère camerounais, français, burkinabé ; À son actif des invitations dans les grandes écoles d’Agriculture telles que Dschang, Montpellier, et Ouagadougou. Ayant un contact direct il fût l’invité d’honneur du challenge Camerounais en 2015 à Erlangen – Nürnberg en Allemagne où il a aidé les intéressés participants au Business Social Forum (BSF) de connaître les méandres et les problèmes de l’agriculture au Cameroun. Bien que son intervention fût brève, il a marqué les esprits. D’où l’idée pour nous d’organiser un séminaire de 5 jours avec pour but de former les jeunes camerounais, surtout ceux de l’extérieur.

Bonjour Monsieur Ango, on ne vous présente plus, votre biographie parle à elle seule de vous surtout pour ceux qui vous connaissent. Pouvez-vous vous présenter en quelques mots pour les personnes qui ne vous connaissent pas ?

Je suis un camerounais qui a consacré 33 ans de sa vie au service du développement rural au Cameroun et en dehors, Ingénieur agronome de formation par dévotion étant issu d’un village de la zone forestière où j’y ai passé ma vie jusqu’en classe de terminale, j’ai ajouté une double compétence plus tard avec un master en Ingénierie de formation et service d‘emploi. Je suis fermier et continue à passer une partie de mon temps dans ma ferme au village.

Quel est au Cameroun le problème de l’agriculture.

Le 1er problème de l’agriculture au Cameroun est d’abord le regard : Elle (l’agriculture) est définie par la plupart de ceux qui la pratiquent comme un mode de vie donc une fatalité et par les modernistes comme activité traditionnelle, archaïque qu’il faut révolutionner, ces 2 regards sont difficiles à réconcilier par une remise en cause de l’existant tout en gardant les pieds à terre.
Le 2ème problème est son identité, elle est une science de localité par ceux qui la pratiquent et une recette non contextualisée par ceux qui veulent la moderniser.
Elle doit dans le sens de la formation des jeunes partir de l’existant, qu’il faut progressivement rendre attractif, voulu, économiquement rentable et socialement et professionnellement acceptée.

Vous êtes coordinateur national du Projet Afop (Appui à la Formation Professionnelle), projet qui suscite beaucoup d’envies et de félicitations du gouvernement camerounais de par sa réussite et ses défis multiples. Vous avez installé le millième jeune en 2015 à Bertoua en présence du ministre de l’Agriculture. De vos 1000 jeunes formés et installés, quel est le résultat et le bilan que vous faites depuis 2014 ?

En fin 2015, après avoir franchi le cap du 1000ème jeune installé en juillet, des missions et étude bilan révèle que : Un 1/3 des jeunes installés est composé de femmes, 1/3 font sur la culture du cacao culture, 1/3 les poulets, 1/3 sur le porc, seuls 6% des jeunes installés sont en échec.
A plan économique, 376 jeunes dégagent à ce jour une valeur ajoutée brute positive et pour 71 d’entre eux, cette valeur ajoutée est de plus 1,5 million de FCFA, très encourageant en somme.

Après les 1000 jeunes, que faites-vous ? la formation des autres jeunes continue ?

Bonne question, nous sommes en train de consolider leur installation par des appuis techniques, intermédiation, mise en marché et surtout bancarisation.
Au plan de la formation, ils seront la priorité de notre plan de formation continue de 2016 car nous pensons que nous nous devons pendant 2 ans, de les aider à se structurer en réseaux pour faire front commun aux contraintes somme toute inhérentes à la pratique agricole avec ces aléas. Naturellement la formation continue, les écoles crées sont fonctionnelles.

Après plusieurs contacts, nous avons communiqué pour la formation agropastorale pour les jeunes camerounais de la diaspora. Que pensez-vous que la diaspora puisse apporter de plus à cette formation dispensée aux plus jeunes au Cameroun ?

Dans un processus de co-construction d’une agriculture viable qui nourrit son homme comme celui engagé par les jeunes, tous les apports permettant d’améliorer sa performance et sa compétitivité sont les bienvenues. Dans cette optique, je vois très bien la contribution de la diaspora au plan du développement des chaînes de valeurs (transformation, conditionnement, commercialisation, emballage) à travers des formes de contractualisation gagnant /gagnant entre les jeunes installés qui produisent et la diaspora qui crée de la valeur et améliore la compétitivité des produits made in Cameroon.

Si on vous demandait de nous dire quelles seraient vos objectifs si vous étiez de la diaspora, désireuse d’investir dans l’agriculture que diriez-vous ? Que feriez-vous ?

Je dirai d’abord qu’il faut de l’audace et de l’inventivité dans notre environnement où beaucoup de choses sont à faire, j’ajouterai qu’il faut revenir au pays justement pour inscrire son nom dans l’éternité car l’histoire retiendra plus facilement au Cameroun votre nom, toutefois je préfère prévenir la diaspora qu’il faut savoir que invertir au Pays va au-delà des compétences techniques, il faut également développer des compétences socio-culturelles sans lesquelles votre investissement risque d’avoir des problèmes d’insertion sociale.

Un mot déjà sur la formation qui aura lieu à Nürnberg et à Limbé ? 

Elle permettra justement à partir d’un bilan de compétence de chacun, d’élaborer un plan de professionnalisation personnalisé qui ira de l’information au projet, en passant par l’ensemble des capacités à acquérir pour conduire et contrôler à partir de l’Allemagne son projet au Cameroun.

Pourquoi la deuxième phase au Cameroun absolument ? Vous y avez mis un accent particulier. Avez-vous des raisons concrètes ?

La deuxième phase de la formation au Cameroun permet aux participants de mieux contextualiser leur projet et de visiter les expériences et pratiques en cours au Pays
Un adage Bamoun dit « Avant de donner un habit à quelqu’un regarde ce qu’il porte »

Quelle serait la place de la diaspora camerounaise dans votre canevas de formation AFOP ? Que peut faire AFOP pour ceux et celles désireux/désireuses de se lancer dans la création des richesses ?

Nous sommes en train de développer à la demande des Anciens Combattants et Victimes de Guerre, dans le dispositif de formation agricole, des capacités de développement des parcours individualisés de formation pour des cibles spécifiques comme la diaspora, AFOP peut ainsi accompagner la maturation du projet, le développement des capacités complémentaires amis aussi de l’information par rapport aux réseaux de jeunes et professionnels existants au pays.

Vous pratiquez vous même de l’agriculture avec vos plantations agricoles. Ça doit être un travail de dure halène de ménager vos multiples fonctions et votre initiatives privées. Comment faites-vous ?

Je reconnais que c’est assez difficile avec les domaines comme l’apiculture qui ont besoin de présence, Mais aussi que tout est question d’organisation et surtout d’engagement. Je me dois de montrer aux jeunes que ce que je leur demande, moi-même je le vis, en somme que je suis l’exemple de ce que je prêche.

Quelles erreurs font les membres de la diaspora lorsqu’ils veulent investir dans ce secteur ? En homme averti vous avez certainement plusieurs expériences.

L’erreur la plus courante est de confier votre projet à la famille. Votre famille estime d’abord que le projet est pour la famille, qu’à la diaspora vous n’avez besoin de rien, et qu’en plus elle a investi sur vous pour ce juste retour
L’autre erreur est de croire que vos connaissances acquises sont un billet de réussite, non elles doivent être au service de la réalité qu’il convient de bien connaître et cerner avant d’agir

Que nous promettez vous pour le séminaire ?

Un regard nouveau, des compétences nouvelles, des projets nouveaux, des pieds pour atterrir.Un dernier mot?

Votre nom s’inscrirait plus facilement dans une entreprise chez nous, chez vous. Bonne chance