Afrique, la valse des sélectionneurs

À moins d’un mois de la première journée des éliminatoires comptant pour la CAN 2017, plusieurs sélectionneurs ont changé de poste. Le départ le plus médiatique reste celui d’Hervé Renard. Et le choix le plus polémique revient au Cameroun, qui prolonge le contrat de l’Allemand Finke. En choisissant Luis Fernandez, la Guinée a pris des risques. Tour d’horizon continental.

Le départ le plus médiatique concerne bien entendu le champion d’Afrique en titre, la Côte d’Ivoire. Hervé Renard quitte en effet les Éléphants, trois mois après son titre continental à Bata. Le double vainqueur de la CAN en 2015 et 2012 est fortement pressenti à Lille, où la place est libre depuis l’annonce du départ de René Girard. Rien n’est toutefois acté, à part son départ d’Afrique.

Évoquée depuis la fin de la CAN, cette séparation interpelle : si le technicien français n’a jamais caché qu’il voulait prouver qu’il pouvait réussir dans un club européen, malgré son semi-échec sochalien, on peut se poser des questions sur l’ambiance qui règne autour des Éléphants.

Rappelons d’abord qu’avant d’être sacré à Bata, le 9 février, Hervé Renard avait connu quelques difficultés avec sa Fédération et qu’en novembre, la rumeur l’avait annoncé très proche de Bastia, pour succéder à Makélélé. Le natif d’Aix-les-Bains est finalement resté en poste, et les Ivoiriens se sont qualifiés pour le CAN, en dépit de deux revers qui font tâches : le 1-4 de Yaoundé et surtout la défaite à domicile contre la RDC (2-4).

Devenu un héros depuis, il a assisté, silencieusement, à la polémique des primes non-versées. Un triste spectacle qui a probablement pesé dans sa décision. Au niveau sportif, Renard s’est peut-être interrogé, aussi, sur le niveau potentiel de son équipe dans les prochains mois. Si cette annonce intervient tard, elle ne sera, en revanche, pas trop préjudiciable pour les Éléphants qui recevront le Gabon, mi-juin, en match amical, puisque le pays-hôte participe aux éliminatoires. Le nouveau sélectionneur, que l’on ne connaît pas encore, aura donc plusieurs mois pour préparer le déplacement en Sierra Leone…qui pourrait avoir lieu sur terrain neutre ou à Abidjan si les conditions sanitaires l’exigent. Mais ça, c’est une autre histoire.

Ailleurs sur le continent, un autre ancien cornac des Éléphants ivoiriens, François Zahoui, a changé de banc dernièrement. Débarqué de l’AS Kaloum après quelques semaines peu convaincantes, l’ancien international ivoirien a été nommé en poste au Niger. Fort de son expérience ivoirienne (finale de la CAN 2012), il tentera de ramener le Mena en phase finale de la CAN. Pour connaître une 3e CAN, le Niger devra s’extraire d’un groupe K difficile (Sénégal, Namibie et Burundi).

Au Togo, le Belge Tom Saintfiet pose ses valises dans le nid des Éperviers. Ce globe-trotteur de la zone technique, déjà passé par les Satellites d’Abidjan, la Namibie, le Zimbabwe, l’Éthiopie, le Nigeria, les Young Africans de Tanzanie et le Malawi, pour ne citer que l’Afrique. Dans le groupe A, le Togo aura une carte à jouer avec la Tunisie, le Liberia et Djibouti. À condition que ses cadres (Adebayor, Romao, Ayité) soient présents et en forme. Premier élément de réponse en juin prochain face aux Lone Stars du Liberia.

Au Cameroun, ni arrivée, ni départ, mais la confirmation d’un sélectionneur très critiqué par la presse et relativement impopulaire chez les supporteurs : Volker Finke. Arrivé en mai 2013, le technicien allemand est d’abord parvenu à qualifier les Lions pour le Mondial brésilien. Mais son équipe s’y couvre de ridicule, laissant penser qu’il y laissera des plumes. Que nenni, il en sort même fortifié par la retraite d’Eto’o et la suspension de Song. Et dans un climat apaisé, il relance un cycle vertueux dans la tanière.

Les Lions impressionnent et se qualifient pour la CAN 2015 avec la manière. Las, dans le football camerounais, les périodes d’accalmie sont courtes : les piètres performances du Cameroun et certains choix du coach allemand ont ravivé la tempête médiatique, en témoigne les conférences de presse surréalistes qui ont émaillé la CAN 2015. Soutenu par les joueurs, il verra donc son contrat prolongé de deux ce dimanche. Roger Milla, qui a vivement taclé le tacticien allemand début mai, ne va pas apprécier…

À Conakry, c’est Luis Fernandez qui a été choisi pour diriger le Syli national de Guinée. Davantage homme de médias que de terrain, l’ancien milieu international a, en sa faveur, un nom et un palmarès…un peu poussiéreux. Depuis 2004 et le maintien de l’Espanyol Barcelone, le vainqueur de la Coupe des coupes 1996 n’a pas vraiment eu de réussite. Sur le papier, le trio qu’il forme avec ses adjoints Kaba Diawara et Amara Simba a tout du ticket gagnant. Reste à voir sur le terrain, d’où il sera éloigné, car il a exigé de pouvoir continuer son émission de radio quotidienne. Entraîneur ou animateur radio, il faut choisir ? On a peur que la Guinée l’apprenne à ses dépens.

De l’autre côté du continent, à Addis-Abeba, dans un style bien plus discret, la Fédération a nommé l’Éthiopien Yohannes Sahle à la tête des Antilopes. Ancien joueur, puis DTN et sélectionneur des U17, Sahle succède au Portugais Berreto. Sous sa houlette, les Walya devront sortir d’un groupe promis à l’Algérie (avec aussi les Seychelles et le Lesotho).

Anonyme technicien, mais bourlingueur confirmé par des passages plus ou moins réussis au Tonnerre de Yaoundé, au COD Meknes, à la SCC Mohammedia, à l’IR Tanger, du MC Oudja, du MC Oran, du MC El Eulma et par les sélections d’Éthiopie, du Swaziland, et de la Centrafrique, le Suisse Raoul Savoy rajoute un tampon à son passeport : il est, depuis le 14 mai, le nouveau sélectionneur des Scorpions de Gambie. Des Gambiens bien malheureux au tirage au sort, puisqu’ils écopent d’un rôle de victimes, partagé avec la Mauritanie, dans le groupe M du Cameroun, et de l”Afrique du Sud.