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Acteur de la sécurité collective en Afrique

Acteur de la sécurité collective en Afrique

Notre présence au Sommet franco-africain de l’Elysée sur le Nigéria confirme une option durable de coopération

Dans le contexte de la création de l’Union Africaine en 2002, à laquelle a pleinement œuvré le Cameroun, les Etats ont opté pour la mise en place d’une architecture africaine de paix et de sécurité face aux menaces nouvelles. Elle s’imposait en raison de la nécessité d’autonomiser l’action des armées africaines. Le but : favoriser la mise d’un dispositif efficace, encourager des initiatives africaines et développer une culture de travail commune entre forces de sécurité du continent face notamment aux nouvelles menaces (terrorisme, piraterie en mer, cybercriminalité, trafics de drogue, porosité des frontières, etc)

Suivant ces recommandations, le Cameroun, à travers Paul Biya, s’est impliqué, jouant son rôle de pays phare de la sous-région Afrique Centrale. Un statut qui l’avait déjà conduit à accueillir à Yaoundé la tenue des Assises de la Copax, sorte de Conseil de paix et de sécurité en Afrique centrale. Des responsabilités qui l’ont davantage impliqué dans la mise en place de la Force africaine en attente, tête de pont du dispositif.

Cette force africaine en attente dans son schéma initial prévoyait la mise en place progressive de la force en 2010. Celle-ci devant s’appuyer sur la montée en puissance de cinq brigades régionales, comprenant des composantes militaire, civile et police :

La Brigade Ouest (ECOBRIG), mise en place au sein de la Communauté Economique des Etats d’Afrique de l’Ouest (CEDAO) ;
La Brigade Centre (FOMAC), dans le cadre de la Communauté Economique des Etats d’Afrique Centrale (CEEAC) ;
La Brigade Sud (SADCBRIG), dans le cadre de la Communauté de Développement d’Afrique Australe (SADC) ;
La Brigade Est (EASBRIG) : L’Autorité Intergouvernementale pour le Développement (IGAD), à qui était initialement confié le rôle de coordination de la montée en puissance de cette brigade, ne comprenait qu’une partie des 13 États désignés pour la composer : Comores, Djibouti, Erythrée, Ethiopie, Kenya, Madagascar, Maurice, Ouganda, Rwanda, Seychelles, Somalie, Soudan et Tanzanie.
La Brigade Nord (NASBRIG) : L’Union du Maghreb Arabe (UMA), désignée initialement pour cette zone, ne correspondait pas aux contours du groupe supposé constituer la brigade. Elle ne comprend pas l’Egypte, mais compte parmi ses membres le Maroc, qui ne participe pas au projet de FAA. L’organisation a donc laissé la place à la Capacité Régionale de l’Afrique du Nord (NARC) comprenant l’Algérie, l’Egypte, la Libye, la Mauritanie, le Sahara Occidental et la Tunisie.
Des progrès encourageants ont été effectués en vue de la montée à plein régime de la Force en attente. Les principaux documents cadre de la force ont été adoptés : la Doctrine ; la Directive sur l’entrainement et la formation ; le concept logistique ; le concept sur la chaîne de commandement et le concept sur les systèmes de communication et d’information ; les procédures opérationnelles et permanentes.

La capitale Yaoundé et ses environs accueille régulièrement des réunions, concertations et opérations communes relatives à la mise en œuvre de cette force. Mieux, le Cameroun abrite des structures de formation et de mise à niveau des officiers notamment des écoles à vocation régionale, l’une concernant la gendarmerie et le maintien de l’ordre, l’autre, un pôle aérien à vocation régionale à Garoua. L’Ecole de Guerre de Yaoundé est une innovation majeure au Sud du Sahara en raison de la qualité, de la diversité et de la portée de ses enseignements et effectifs.

En prolongeant cette dynamique africaine, le président Paul Biya a multiplié les initiatives afin de favoriser une coopération africaine plus accrue en matière de sécurité. Réunis ainsi pendant quarante huit heures à Yaoundé en juin 2013 pour débattre de la menace grave qui pèse sur l’ensemble du golfe de Guinée à travers des actes de piraterie maritime et les vols à main armée en mer, les chefs d’État ayant pris part à ce sommet ont convenu d’une mutualisation de leurs moyens pour garantir la sûreté et la sécurité maritimes dans cette zone.
Tenu sous l’égide des Nations-Unies, à l’initiative de la CEEAC, de la CEDEAO et la Commission du Golfe de Guinée (CGG), le sommet de Yaoundé sur la sûreté et la sécurité maritimes a convenu d’une stratégie africaine intégrée pour les mers et les océans dont l’objectif est d’assurer «la promotion de la paix, de la sécurité et de la stabilité» dans l’espace maritime du Golfe de Guinée par la mobilisation des moyens opérationnels tant institutionnels que logistiques.

Selon la déclaration commune des treize chefs d’État présents à ce sommet, cette stratégie qui attend à présent d’être élaborée prévoit de se fonder sur une série d’instruments juridiques africains et internationaux au rang desquels la Stratégie africaine intégrée pour les mers et les océans horizon 2050 (Stratégie AIM 2050) adoptée par l’Union africaine (UA) le 6 décembre 2012.

Le Cameroun, en première ligne face aux menaces agit de concert avec la Communauté internationale. L’une des illustrations en est sa forte représentation au sein des troupes de la Force Africaine en Centrafrique. Voisin du Nigéria et lié à ce grand pays par l’histoire, les cultures, l’économie et des relations diplomatiques étroites, il a tout intérêt à la mise en œuvre d’une dynamique commune. Le Sommet franco-africain de l’Elysée sur la sécurité au Nigéria est un pas supplémentaire devant ouvrir la voie à une traduction plus opérationnelle sur le terrain, marche essentielle d’une vaste entreprise engagée sur le continent africain.

Un rempart collectif à la menace terroriste

L’action pernicieuse de Boko Haram dont la prise d’otages des 200 filles au Nigéria et la multiplication des attaques terroristes et des exactions dans l’Extrême Nord du Cameroun interpelle le continent africain et la communauté internationale. Elle est confirme un fait : l’Afrique connait des conflits, menaces et situations d’un nouveau type depuis une dizaine d’années. Au premier rang figure le risque terroriste, source d’instabilité, de désordre et de traumatisme pour les populations. Elle est alimentée par des groupes religieux dont Boko Haram, dans le sillage des mouvements prosélytes, dont le dessein est d’instaurer la Charia, bouleverser l’ordre constitutionnel des Etats, faire triompher les préceptes d’un Islam rigoriste, à la vision anachronique, s’adossant à la doctrine des salafistes.

Le Cameroun et le Nigéria sont ainsi confrontés, par l’ampleur et la dangerosité de l’action de Boko Haram, à ces phénomènes durables, en raison de la multiplication des exactions, des sévices infligés aux populations, des prises d’otages, du racket et des trafics divers. Car, l’actualité récente l’indique à souhait, Boko Haram n’est plus de l’anecdote, car son dessein est de faire l’Histoire. Il ne s’agit plus d’une nébuleuse rampante, déclinaison subsaharienne des mouvements intégristes des années 90. Il se vautre face à l’émotion planétaire et parade allègrement sur les ondes.

Il jette une lumière crue sur l’action silencieuse, habile et construite de mouvements, hantés par le dessein d’établir le califat de l’Islam, portés par de jeunes nigérians, camerounais et tchadiens formés au Soudan ou dans le Golfe, disposant de moyens colossaux, aux barbes hirsutes, imposant burquas et vie rigoriste à leurs sœurs et épouses. Celle consistant dans le Nord Nigéria, dans les quartiers populaires des grandes villes et cités majoritairement musulmanes du Cameroun, à un quadrillage social des pauvres, des nécessiteux, sur fond de prosélytisme, sorte d’évangélisation à la musulmane.

L’une de ses obsessions : pulvériser l’Islam des Mourides, le tidjanisme, source des musulmans du Cameroun et d’autres formes inculturées de pratique en Afrique, prônant la tolérance, ayant pacifiquement cohabité avec les autres religions. Son but ultime : prendre le pouvoir en déstabilisant la région.
Personnellement impliqué dans la libération des otages français enlevés dans le Nord Cameroun par Boko Haram, le président camerounais, ne s’est pas contenté d’une action ponctuelle, liée aux circonstances et la délicatesse de la situation. Il a prescrit une adaptation et un redéploiement des forces sécurité face aux menaces, dont les traductions concernent une meilleure sécurisation des frontières, la protection des réfugiés nigérians, une coordination plus efficace des services de sécurité à travers le Conseil national de sécurité, le renforcement des moyens logistiques et un renseignement plus fiable.

Le Sommet Franco-Africain de l’Elysée intervient donc à juste titre pour envisager une action collective, dont le Cameroun par la voix de Paul Biya, n’a cessé d’exiger le chorus. Elle doit être l’accélérateur d’une coopération plus étroite, impliquant l’ensemble des forces de sécurité, et exigeant une intensification des opérations communes, entre les pays de la sous-région, plus significativement entre le Nigéria et le Cameroun. La réaction de la France prolonge et confirme par conséquent l’intérêt d’une démarche commune face à une menace globale. Tel l’effet papillon, et l’émoi planétaire le démontre, les conséquences des exactions des groupes terroristes sur le continent ont des répercussions planétaires. Il s’agit à l’évidence d’une prolifération de la nébuleuse terroriste, éclatée, agissant de façon autonome mais portée par les mêmes obsessions, aspirations et desseins.

Il renforce l’esprit du précédent Sommet sur la Paix et la Sécurité de décembre 2013 au cours duquel les Chefs d’Etat et de Gouvernement ont réaffirmé leur attachement à la sécurité collective sur le continent africain et leur engagement à favoriser la paix et promouvoir les droits de l’Homme, en conformité avec les buts et principes de la Charte des Nations Unies et de l’Acte constitutif de l’Union africaine. Avant d’appeler de leurs vœux au renforcement du dialogue stratégique entre l’Afrique et la France pour une vision commune des menaces, affirmant que paix, sécurité et promotion et protection des droits de l’Homme étaient indissociables et qu’une action rapide en cas d’atteintes graves aux droits de l’Homme pouvait constituer un outil efficace dans la prévention des conflits.

 

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