Acharnement : 3h d’audition pour rien

Acharnement : 3h d’audition pour rien

Le directeur de la publication du quotidien Emergence a regagné son bureau après avoir été cuisiné dans les locaux du Sed.

Répondant à la convocation N°002/SGB1/CSFC/2014 du Colonel Amadou Bahagobiri servie le 14 avril dernier, Magnus Biaga a affiché une attitude d’assurance à sa sortie des locaux de la gendarmerie. Beaucoup se demandent si cette théâtralisation de la scène médiatique en valait vraiment la peine si l’on s’en tient au résultat. ll est un peu moins de 10h30, ce 16 avril lorsque Magnus Biaga débarque dans les locaux de secrétariat d’Etat à la défense notamment dans les vieux locaux très redoutés du service central des recherches judiciaires où l’attendaient déjà plusieurs confrères. Sans attendre, il est conduit au bureau du capitaine Innocent Jean Baptiste Bouen, officier de police judiciaire en charge du dossier où un dispositif impressionnant a été mis sur pied pour son audition avec pour secrétaire, l’adjudant Tchatua Goumgue Aristide.

Pendant plus de 3h, il sera pressé sans relâche par les officiers du Sed dans l’optique d’arracher les informations. Premier couac, le Dp n’a pas pu prendre connaissance de la plainte déposée contre lui par Cavaye. «J’ai vu un bloc de documents entre les mains de l’enquêteur contenant des coupures de presse et des bouts de papiers portant certaines indications, mais je n’ai pas pu prendre connaissance», explique le Dp.

C’est verbalement qu’il lui est signifié que le président de l’assemblée nationale a porté pliante contre lui pour diffamation par voie de presse, outrage à corps constitué de l’assemblée nationale. Une situation qui, selon les enquêteurs, a porté atteinte à l’honorabilité de Cavaye et terni son image. Au cours de l’audition musclée, il a été demandé au patron de presse de révéler ses sources d’information à savoir comment il a fait pour savoir que le passeport du PAN se trouvait dans les locaux du Sed. Une démarche bien contraire à l’esprit de la loi n° 90/052 du 19 décembre 1990 sur la liberté de communication sociale au Cameroun qui dispose en son article 50 que « La protection des sources d’information est reconnue et garantie aux journalistes et aux auxiliaires de la profession de journaliste. Elle ne peut être levée que devant le juge et à huis clos ».

Tout aussi malheureuse, reste la démarche du PAN car on n’arrive pas toujours à comprendre que c’est le patron de l’auguste chambre en sa qualité d’organe législateur qui puisse piétiner la loi. Au fait, il y a la loi et l’esprit de la loi et le législateur a prévu des manquements à la loi en ses dispositions des articles 52 qui dispose que « Le Directeur de Publication est tenu d’insérer gratuitement, dans le plus prochain numéro, toutes les rectifications qui lui sont adressées par le dépositaire de l’autorité publique au sujet des actes de sa fonction qui auraient été inexactement rapportés.

Ces rectifications qui doivent être suffisamment mises en relief et annoncées dans les sommaires du journal ne doivent pas dépasser le double de l’article auxquelles elles répondent ». Et l’article 53 de ladite loi de préciser en son alinéa 1 que « Le directeur de publication d’un quotidien est tenu d’insérer dans les quarante- huit heures suivant sa réception la réponse de toute personne nommée ou désignée dans la publication». Une disposition qui s’inscrit dans l’arsenal des lois dites libérales de 1990 qui se trouvent ainsi foulées au pied par le PAN alors qu’il est au parlement camerounais depuis 1974 et fait bien partie des députés qui ont voté la loi du 19 décembre 1990 sur la communication sociale.

Le DP est sorti des griffes du Sed à 13h30 sous escorte de ses confrères sans qu’une indication ait été faite par les enquêteurs sur la suite de la procédure. Cependant, la rédaction du quotidien Emergence reste sereine sur la suite de cette affaire notamment les deux citations directes servies pour la comparution au tribunal de première instance de Yaoundé centre administratif, les 22 et 27 mai prochains.

camernews-Magnus-Biaga

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