Dr Bissou Mahop. ?des bilans de santé tous les trois mois?

Le médecin de sport agréé par la Fifa et la Caf apporte un éclairage sur les décès récents de certains footballeurs sur le terrain.

Ekeng Ekeng est tombé sur un stade et est mort immédiatement après. Dimanche, c’est Christelle Djomnang, une footballeuse, qui est décédée après l’échauffement Qu’est-ce qui peut expliquer ces accidents mortels sur les terrains de football ?

La chute d’un athlète sur l’aire de jeu sous la forme d’un malaise n’est pas en fait un décès d’emblée. Il faut qu’on le retienne. Le passage de moment de ce choc au collapsus, c’est 5 minutes. Du collapsus au décès, c’est 2 minutes. Donc, nous avons 7 minutes pour sauver un athlète qui tombe sur l’aire de jeu. S’il faut analyser les facteurs ayant conduit à cette chute, nous avons un faisceau d’arguments qui
concourent vers la chute, parmi lesquels, la déshydratation. Nous avons le syndrome de chaleur aiguë. Cela veut dire que le joueur qui a travaillé suffisamment dans un ensoleillement pendant six à sept jours, et qui a perdu suffisamment d’électrolytes, donc suffisamment de sodium, est en insuffisance rénale fonctionnelle.

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Cet athlète a perdu beaucoup de potassium et est en état de trouble du rythme cardiaque. Tout cela prédispose à potentialiser la chute. Nous avons aussi des athlètes qui sont victimes de ce que j’appelle la malfaçon technique. Lorsqu’un entraîneur met en place un programme de travail accéléré pour une équipe donnée, au terme de deux semaines de travail accéléré, l’athlète rentre en compétition pendant six jours, sans aucune phase de récupération. Là on est dans un cas de surentraînement.

Après deux semaines de charge de travail, le temps de récupération a été réduit. Aussi faut-il que l’athlète puisse avoir une alimentation adéquate, une hydratation adéquate, un repos adéquat, une détente mentale adéquate. Vous comprenez que tous ces faits réunis prédisposent à un malaise. La deuxième cause est organique. Le coeur d’un athlète que l’on appelle le coeur d’athlète, celui-là, dont le fonctionnement du ventricule gauche peut avoir une difficulté de contraction, c’està- dire que là, on parle d’une amputation de la masse contractile.

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Dans ce cas le sujet présente une cardiobiopathie organique. Soit le coeur possède une difficulté à se vider, c’est-à-dire un dysfonctionnement systolique, ou une difficulté à se remplir c’est-à-dire un dysfonctionnement diastolique chez les cardiologues du sport. Dans chacun de ces cas, le coeur est victime de ce que l’on appelle une surcharge en pression ou en volume. Cette surcharge fait que le coeur est amené à passer à une phase que l’on appelle l’adaptation cardiaque à l’effort. Comme chaque fois que vous soufflez dans un ballon d’enfant, à chaque fois il revient à la forme normale. Ce ballon ne va pas continuer à revenir à la forme normale chaque fois. Il va éclater à un moment donné. C’est ça le ventricule gauche du sportif. C’est à ce moment que l’athlète chute. Et quand il chute, c’est le moment de savoir quels sont les gestes à poser.

Le cas de Patrick Ekeng Ekeng s’est produit loin de nous en Roumanie. Mais pour la footballeuse, elle venait de terminer les Jeux universitaires …

Pour le cas de la footballeuse camerounaise, il y a eu surentraînement. Le temps de charge de travail a été plus important que la phase de récupération et en conséquence, lorsqu’elle a été sollicitée pour une compétition donnée, elle était déjà fatiguée, déshydratée. C’est pour ça que nous disons aux athlètes que pendant les efforts intensifs, il faut s’organiser à corriger les déshydratations, les pertes hydriques, les pertes glucidiques et surtout, à corriger les pertes sodiques. Quand vous perdez beaucoup de sodium, vous passez en insuffisance rénale fonctionnelle et vous étes prédisposés à la chute.

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Comment prévenir la chute d’un athlète sur un stade ?

Les responsabilités sont partagées. L’administration, c’est-àdire l’organisateur, doit prendre des dispositions pratiques. A-t-il tenu des séminaires d’imprégnation aux gestes d’urgence ? A-t-il fait des recyclages auprès du personnel  médical ou paramédical ? A-t-il mis dans l’infirmerie du stade un plateau technique adéquat ? A-t-il mis sur l’aire de jeu un défibrillateur cardiaque ? Ou a-t-il mis sur l’aire de jeu un kit médical permettant de pouvoir poser un geste essentiel ? Vous comprenez que la responsabilité incombe à l’organisateur en première intention.

La deuxième responsabilité incombe au club, c’est-à-dire au président. Il doit mettre en place un budget pour pouvoir valider les visites médicales systématiques et les visites de suivi longitudinal des athlètes. Les athlètes doivent faire des bilans de santé tous les trois mois. A partir de ce bilan de santé, on est capable de détecter une anomalie cardiaque, d’asthme, de la silhouette cardiaque à partir d’une radiographie du thorax. On est capable de détecter une anomalie métabolique.

Savoir si l’athlète est diabétique de type 1 ; n’est-il pas autorisé à pratiquer le sport d’endurance. Ou est-il diabétique de type 2 ? Auquel cas il est autorisé à pratiquer le sport d’endurance, parce qu’il faut brûler ces glucoses. Le président doit trouver un point focal d’alimentation pour le club, parce que les athlètes viennent de toute part et doivent s’alimenter. Si en deux ou trois jours de la semaine, vous alimentez les athlètes de façon équilibrée et variée, vous êtes sûrs et certains qu’ils s’alimentent de façon équilibrée. Il faut mettre aussi sur pied un protocole d’hydratation des athlètes en leur donnant une boisson appropriée.

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La troisième responsabilité incombe à l’entraîneur. A-t-il un programme de travail équilibré ? Un programme qui intègre la récupération, la réactivité, la réadaptation et la pratique de la charge de travail ? L’entraîneur doit intégrer cela. Pratique-t-il des programmes de travail accéléré qui sont assez préjudiciables pour l’athlète ? Auquel cas, il doit se réajuster. L’entraîneur doit se poser de question en face du groupe qu’il a. Sont-ils de vitesse ? De puissance ? Ou d’endurance ? L’entraîneur doit avoir ces paramètres, pour ne pas mettre un joueur en deuxième mitemps sans savoir comment il va se comporter. L’entraîneur doit aussi savoir, au moment de commencer la compétition, si son groupe est en sous entraînement, en surentraînement ; c’est-à-dire sont-ils en train de prendre des médicaments dopants ? Parce que face aux grands événements sportifs, il y a des joueurs qui veulent se surpasser, se mettre en exergue. L’entraîneur doit prendre ses responsabilités. Lorsqu’un jouer dit à un entraîneur « coach, lorsque je suis allé aux toilettes et j’ai fait des urines de couleur jaune », cela veut dire que le joueur est déjà déshydraté. Quand un joueur dit à un entraîneur : « coach, je suis fatigué hein », il a déjà tout dit.

Le joueur Ekeng Ekeng était fatigué 24h avant et avait-il confié à certains : « je me sens mal ; je me sens fatigué ». Quand un joueur sort cette phrase, l’entraîneur est amené à comprendre qu’il doit  utiliser le plan B au lieu de continuer à dire : « tu peux, tu peux ». La responsabilité du corps médical. Les personnes qui sont dans le corps médical doivent être à forte personnalité. On n’a pas de frustration quand c’est un joueur professionnel qui est en face ; on n’a pas la frustration parce que c’est le fils d’un ministre qui est en face. Vous devez avoir la cartographie sanitaire de tous les athlètes. Avec cette cartographie sanitaire en collaboration avec tous les médecins des clubs, vous êtes sûrs que vous avez un élément à partir duquel vous devez mettre un traitement de suivi, longitudinal, rechercher des signes d’appel. Vous ne pouvez pas rechercher des signes d’appel d’un groupe dont vous n’avez pas évalué la cartographie sanitaire. Le but des visites médicales est de rechercher des signes d’appel, des facteurs de risques qui prédisposent à la chute. On nous dira que M. Ekeng a fait de gros bilans, partant d’un point A à un point B. mais, je dis, dans son cas d’espèce, c’est la charge du travail. Combien de matchs a-t-il livré avant ce dernier ? Je pense que ce n’est pas moins de 60 matchs dans ses jambes. Vous comprenez qu’il y a un problème de surentraînement, de charge de travail. Le médecin doit pouvoir aider l’entraîneur en faisant des tests d’effort, qui permettent de savoir si un athlète est en surentraînement ou en sous entraînement. Le médecin du club doit faire des bilans  métaboliques, biologiques, morphologiques aux athlètes. En faisant une écho doplaire, vous pouvez savoir si le coeur est myocardique, fonctionnel, organique ; si c’est un coeur malade.

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Enfin, la responsabilité incombe à l’athlète lui-même. L’athlète est un bon tricheur qui veut jouer, qui ne veut que jouer. Et qui rentre dans des tableaux où il se dit qu’il va jouer, parce qu’il est encore jeune ; que le médecin est là pour le soigner ; que le risque de chute sur l’aire de jeu n’arrive qu’aux autres. L’idée de courir derrière la prime l’amène à ne pas se reposer. C’est pour cela qu’on continuera à voir des joueurs tomber dans l’environnement camerounais, si aucune disposition pratique n’est prise à chacun des niveaux de responsabilité.

Quand le joueur tombe, que faut-il faire ?

Il y a des gestes essentiels qu’il faut poser. Et dans ces gestes essentiels, la première personne qui la pose est celui qui est la première ligne. En première ligne, c’est l’entraîneur, l’arbitre, le coéquipier, ou l’adversaire. Le premier geste consiste à courir sur l’aire de jeu auprès du joueur couché sur le dos. Le retourner et le mettre en position latérale sur le côté gauche, basculer la tête vers l’arrière pour ouvrir en hyper extension les voies aériennes, de peur que la langue bascule dans la glotte pour obstruer la voie aérienne et appuyer ; Attendre un instant et mettre la glace rapidement au niveau de la zone occipitale et au niveau de la zone frontale ; c’est-à-dire faire la cryothérapie crâno-occipitale pour abaisser la température centrale.

Lorsque le sujet tombe, il a une température centrale assez élevée et le seul moyen unique et rapide pour la faire baisser, c’est de poser les glaçons sur la zone de la nuque de ce sujet où se trouve le centre de la conscience afin qu’il puisse revenir de la commotion d’inconscience à la conscience. C’est ce qu’il faut faire en trois, quatre ou cinq minutes.

Si, en cinq minutes vous constatez que le sujet a toujours une simple agitation avec tendance à s’endormir, vous l’incubez. Vous ouvrez les voies aériennes en passant un tube et vous apportez un ballon d’oxygène pour apporter aux poumons une assistance en oxygène. Vous comprenez que tout cela se joue sur l’aire de jeu. C’est terminé, cette histoire où on porte l’athlète de l’aire de jeu vers le bord, de là pour le brancard ; du brancard vers l’ambulance sans savoir si elle est médicalisée. La preuve, on a été amené à transporter M. Ekeng en une heure vers l’hôpital. Cela veut dire que l’ambulance qui était là n’était pas médicalisée. Ce sont des fautes lourdes.

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A quoi servirait un défibrillateur dans ces cas de chutes ?

Dans les pays développés, le défibrillateur cardiaque se trouve dans des grands espaces commerciaux. On le trouve à la gare, dans les grands restaurants, à la sortie des marchés. C’est dire combien de fois il est important d’éduquer la population. Au Cameroun, on a ce problème de formation. Cessons de tricher. Nous ne pouvons pas organiser des Can sans penser au côté médical. J’espère que nous aurons la possibilité de parler de l’organisation de ces deux Can sur le plan médical. Nous ne pouvons pas penser seulement à construire des aires de jeu sans ouvrir une filière de médecine du sport. On ne va pas continuer à apprendre la médecine du sport aux gens dans les médias. C’est de la tricherie.

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Le défibrillateur n’est pas à la portée de tout le monde …

Le défibrillateur coûte autour de 2 millions de francs Cfa. Lorsqu’une fédération veut mener une activité quotidienne et régulière, il faut un défibrillateur cardiaque dans tous les stades. C’ets bien possible d’en avoir dans tous les stades où les matchs se jouent. Ensuite, il faut former les utilisateurs de cet appareil. Mais, on ne va pas les former dans la rue. La médecine du sport, n’est pas une spécialité qu’on apprend dans les médias, dans les journaux. On va à l’école comme la spécialité gynécologie, la neurochirurgie, la cardiologie. Il faut ouvrir une filière de médecine du sport. Tant qu’on ne l’ouvre pas, nous aurons des difficultés à encadrer, à prendre en charge nos athlètes.

Les chutes sur un stade ne peuvent-elles pas être aussi provoquées par le fait de n’avoir pas mangé ou alors d’avoir mal mangé ?

C’est connu. Lorsque vous êtes en état de ramadan, si vous consommez les dattes, ça apporte quelques petites recharges. Si vous êtes diabétique, vous avez une baisse de la glycémie dans le cadre du diabète de type 1, si vous ne vous êtes pas alimenté de façon calorique, il est fort évident que vous êtes prédisposé à tomber. Les sportif et la population sportive doit connaître que, que ce soit le sport de vitesse, d’endurance ou de puissance, il y a des gains d’apports glucidiques, d’énergie à apporter en compensation à la pratique. Donc, si vous ne respectez pas ce gain d’apport énergétique, vous êtes prédisposé à tomber. Par exemple, dans un sport d’endurance de 90mn comme le football, vous perdez 80 kilocalories toutes les 10mn. En 90mn, vous avez perdu 720 kilocalories. Or, l’organisme humain a stocké 300 kilocalories de glycogène au niveau du foie et 100 kilocalories de glycogène au niveau du muscle. Or, quand vous descendez sur l’aire de jeu, vous n’avez que 400 kilocalories stockées dans l’organisme.

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Qui va vous donner les 320 kilocalories supplémentaires ? C’est le médecin de sport, à partir d’une alimentation calorique, à partir des barres énergétiques, à partir des boissons caloriques. Mais si vous substituez aux boissons caloriques des boissons de récupération – Je suis gêné de dire : prenez les boissons que nous avons dans nos surfaces et qui sont données aux sportifs (Semme, Tangui, Supermont et autres) – ce sont des boissons de récupération. De toutes les boissons qu’on vend, il y a certaines qui ne sont qu’à forte coloration de récupération. Regardez sur des étiquettes. Vous avez l’eau de Vichy qui est pleine de magnésium, Rosana qui est pleine de calcium. Quand vous verrez sur l’étiquette d’une eau minérale, glucose ou bien énergie, c’est une eau de compétition. Et quand vous verrez sur  ’étiquette d’une eau minérale uniquement des électrolytes calcium, sodium, potassium à faible dose, ce sont des eaux de récupération.

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Les eaux de compétition dont vous parlez ne sont pas à la portée de nos responsables de clubs, qui ne sont pas déjà nantis. N’y a-t-il pas une autre manière d’obtenir une eau de compétition que vous pouvez conseiller aux encadreurs des équipes qui sont sur les stades tous les jours ?

On est dans l’environnement africain. Vous pouvez prendre une eau de récupération comme ce que nous achetons dans les marchés pour nos sportifs et vous y ajoutez sept morceaux de sucre dans chaque bouteille d’un litre et demi. Ça vous donne une boisson calorique. Il faut boire ces boissons caloriques qui ont cette capacité à vous apporter un complément de glucose, qui apportent l’énergie nécessaire pour maintenir la contraction musculaire, le complément en sodium permet de maintenir la pompe cardiaque, à maintenir les battements cardiaques et un certain nombre de choses.

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