Cameroun : A quoi servent les campagnes de prévention routière

Ces derniers mois, les routes de notre pays ont encore enregistré un nombre inquiétant d’accidents. Ici et là, l’on a déploré la perte d’un parent cher, des familles entières ont péri, laissant derrière elles des orphelins en larmes et abandonnés à eux-mêmes.
Aujourd’hui,bien de Camerounais ont peur de voyager par route. Ils ont l’impression fataliste que la mort s’est installée sur les routes de leur pays. Ils ont peur que nos routes cessent d’être des lieux de fraternité et de brassage des citoyens, pour céder la place à l’horreur. Et pourtant, de pseudos « campagnes » de prévention routière sont organisées par les pouvoirs publics à grand renfort de publicité. Celles-ci sont censées discipliner les usagers de la route, et réduire au maximum le nombre d’accidents et des pertes en vies humaines, à travers l’éducation, la sensibilisation et la répression. Malheureusement, très souvent, ce qui tient lieu de « campagne » de prévention routière n’est en réalité qu’un racket malicieusement organisé dont l’objectif véritable est de permettre à certains responsables véreux de se remplir les poches.
Au sens technique du terme, la sécurité routière est l’ensemble des mesures visant à éviter les accidents de la route, ou à atténuer leurs conséquences par des actions préventives. Une campagne de prévention, telle qu’elle est organisée dans notre pays, ne devrait pas se limiter à la dissimulation d’un radar dans les buissons dans le but de prendre à défaut les usagers en excès de vitesse et de les rançonner. La sécurisation de nos routes, si l’on veut qu’elle soit efficace, devrait englober certaines dispositions techniques et pédagogiques qui jouent un rôle fondamental dans la protection de la vie. Il s’agit de mettre en place un service de veille chargé de surveiller nos axes routiers de jour comme de nuit. Il devra intervenir promptement en cas d’accident pour évacuer les victimes vers les hôpitaux ; prêt à intervenir en cas de danger pouvant causer un accident. Il s’agit particulièrement de l’enlèvement ou de la matérialisation des véhicules tombés en panne sur la chaussée ; le bouchage des nids de poule; le désherbage de la voie pour rendre la signalisation verticale visible ; la répression du non respect du code de la route ; l’interpellation des chauffeurs qui roulent sans phares; la lutte contre la délivrance fantaisiste de la visite technique; la conduite en état d’ivresse; en état de grande fatigue ou de somnolence, etc.

Ces dispositions sécuritaires que nous venons de citer, sont inexistantes dans notre pays, et sont à l’origine d’un nombre incalculable d’accidents. L’impact des mesures superficielles souvent prises par les autorités en cas d’accident grave est très souvent limité dans le temps, et n’a presqu’aucun effet dissuasif ou pédagogique sur les conducteurs indisciplinés. Autant nous décrions le manque de poigne de l’autorité publique chargée des Transports, autant nous condamnons les usagers qui par leur inconscience, mettent la vie des autres en danger. Certains conducteurs, en particulier les personnalités et les hommes en tenue trouvent même humiliant de respecter les règles de prudence visant à diminuer les risques et les dangers de la circulation.

Le Magistère de l’Eglise s’est prononcé clairement à propos de la problématique des accidents de la route. Il exhorte les conducteurs chrétiens et les hommes de bonne volonté au respect de la vie et à l’observance du code de la route: « La route doit servir la personne humaine ; elle est un instrument pour faciliter la vie et le développement intégral de la société. Elle doit constituer un pont de communication entre les personnes, en créant de nouveaux espaces d’économie et d’humanité » (Pastorale pour les usagers de la route, No 2). Cela signifie que sur la route, la mobilité doit être vécue en chrétien, en exerçant les vertus théologales et cardinales. Dans le souci du respect de la loi morale qui caractérise le conducteur chrétien, la route aussi devient un chemin de sainteté, un lieu où l’on peut se sanctifier lorsqu’on respecte le code de la route et que l’on prend en compte la vie des autres. Le magistère nous dit encore : « Celui qui connaît Jésus-Christ est prudent sur la route. Il ne pense pas seulement à lui et n’est pas toujours pressé d’arriver. Il voit les autres usagers de la route, chacun avec sa propre vie, son désir d’arriver et ses problèmes. Il les voit tous comme des frères et des sœurs, enfants de Dieu. Telle est l’attitude qui devrait caractériser l’automobiliste chrétien ». (Pastorale pour les usagers de la route, No 19).

Cet enseignement de l’Eglise démontre clairement que la racine des nombreux problèmes de la circulation est d’ordre spirituel. Autrement dit, ceux qui ne connaissent pas le Christ n’ont aucune idée du caractère sacré de la vie humaine, et c’est pourquoi ils commettent des infractions suicidaires sur nos axes routiers.
Il est donc important que ceux qui ont la responsabilité de la sécurité routière dans notre pays, s’engagent à créer, à travers le respect rigoureux du code de la route, une « culture de la route» basée sur la compréhension répandue des droits et des devoirs de chacun et sur le comportement cohérent qui s’en suit. Ce sont des principes théologiques, éthiques, juridiques et technologiques qui se trouvent à la base de la moralisation de l’usage de la route. En effet, de tels principes se fondent sur le respect dû à la vie humaine, à la personne humaine, tel que l’enseignent les Saintes Ecritures. La personne humaine est sacrée : elle a été créée à l’image et à la ressemblance de Dieu (cf. Gn 1,26),

Dans son enseignement, l’Eglise veut susciter une prise de conscience renouvelée des obligations inhérentes à la pastorale de la route et de la responsabilité morale quant à la transgression des normes routières, et ce afin de prévenir le plus possible les conséquences fatales qui en dérivent. Un effort commun est nécessaire, qui vise à prendre conscience des exigences éthiques dérivant de la circulation. Il est nécessaire et opportun de soutenir les initiatives et les engagements des pouvoirs publics qui ont pour but de promouvoir les valeurs éthiques et humaines sur la route, afin que la mobilité des hommes sur les routes de notre pays constitue un facteur de communion heureuse entre les citoyens.