Cameroun : présidentielle 2018 , les grandes manœuvres pré-électorales ont-elles commencé ?

 

Depuis quelques semaines, tous les actes et autres paroles du Président de la République et même de ses affidés du RDPC sont diversement interprétés et assimilés à des manœuvres électoralistes.L’affaire n’est pas passée inaperçue. Des invitations formelles ont été envoyées aux médias pour la couverture, mercredi dernier, de la cérémonie présidée par le ministre de l’administration territoriale et de la décentralisation (minatd) à l’esplanade de l’hôtel de ville de Yaoundé. Le ministre René Emmanuel Sadi remettait, en effet, à chacun des dix gouverneurs des régions du Cameroun, les clés de deux voitures, une Peugeot 508 dernier cri et une Toyota Land Cruiser V8. Des véhicules flambants neufs qui ont coûté au contribuable camerounais la somme de deux milliards de FCFA. non sans préciser, face à la presse, que, à travers cette donation, « le chef de l’Etat a décidé d’un déblocage important de moyens financiers qui ont permis l’acquisition de ces véhicules pour les gouverneurs de régions, pour les préfets de départements et les sous-préfets dans le but d’améliorer leurs conditions, dans un contexte de croisade contre l’insécurité sous toutes ses formes ».

Cet avis n’est pas partagé par de nombreux observateurs. Au-delà d’un simple don, d’aucuns y voient une manœuvre politique, voire électoraliste, en projection de la présidentielle de 2018, en faveur de ces « chefs de terre », acteurs grandement impliqués dans le processus électoral. Par ailleurs, depuis quelques jours, Un flot de déclarations et de motions de soutien est enregistré à travers le Cameroun, en l’occurrence, des appels émanant des militants du Rassemblement démocratique du peuple camerounais (RDPC, au pouvoir) et appelant «avec insistance », l’actuel chef de l’Etat Paul  Biya, âgé de 83 ans et au pouvoir depuis 34 ans, à se porter candidat à la prochaine élection présidentielle. Tout est en effet parti le vendredi 8 janvier 2016. Les élites du Sud, région d’origine du Président de la République, sous la conduite du ministre directeur du cabinet civil de la présidence de la République, martin Belinga Eboutou, à travers un document intitulé «soutien au chef de l’Etat, motion de déférente gratitude des forces vives de la région du Sud», ont renouvelé leur « soutien granitique, total et exhaustif au Chef de l’Etat pour les futures échéances électorales ».

La créature de Paul Biya

Le samedi 16 janvier 2016, au cours d’un culte d’action de grâce organisée à Ebolowa à la faveur de la nomination de minette Libom Li Likeng comme ministre des Postes et télécommunications, Jacques Fame Ndongo, ministre de l’Enseignement supérieur et porte-parole du Rassemblement démocratique du peuple camerounais (RDPC), a carrément, au cours de son intervention, appelé le Président de la République à se présenter comme candidat à la prochaine élection présidentielle. Le ministre Jacques Fame Ndongo, comme les années précédentes, accorde donc son soutien total à Paul Biya. Il n’est pas inutile de rappeler que le militantisme et le loyalisme du ministre de l’Enseignement supérieur sont univoques, aucune indécision  politique ne transparaissant dans ses faits, gestes et propos concernant le RDPC et son principal dirigeant, quel que soit la tempérance des vagues sociales qui agitent souvent le Cameroun.

À titre d’exemple, lorsque Marafa Hamidou Yaya commence à animer le débat après son interpellation, c’est Jacques Fame Ndongo qui passe à l’offensive. Aussi, va-t-il trouver très peu élégant, son camarade du parti à travers ses sorties épistolaires. Et à ceux-là qui pensent que 36 ans de pouvoir en 2018 serait de trop pour le Président Paul Biya qui, selon eux, devrait songer à sa succession, celui qui se présente comme sa créature ne manque pas de mot pour présenter la position du RDPC : « l’âge du Président Biya est un facteur bonifiant. C’est une valeur ajoutée pour un homme politique qui acquiert plus de sagesse, plus d’équilibre, plus de pondération et plus d’expérience », déclare-t- il. Et de conclure : « a ceux qui estiment qu’il faut trouver un successeur dès à présent au chef de l’Etat, nous, au niveau du RDPC, nous disons non ! C’est notre champion. il est percutant, il est efficace, l’âge ne correspond à rien du tout. Nous, au niveau du RDPC, nous savons que le Président de la République est en pleine forme physique, intellectuelle, psychologique et morale ». Dont acte !

Les sénateurs du centre

Dans l’avalanche des motions de soutien, les sénateurs de la région du Centre appartenant au RDPC ne sont pas en reste. Tout récemment, à l’occasion de la présentation des vœux de nouvel an au président du Sénat, marcel Niat Njifenji à Yaoundé, ils ont invité Paul Biya à se présenter à la magistrature suprême en 2018. Si les sénateurs de la région du Centre, siège des institutions républicaines, Yaoundé, sollicitent la candidature du président du RDPC pour les élections présidentielles de 2018, c’est qu’ils ont sans doute des éléments à conviction. Pour eux, grâce au chef de l’État, aucune parcelle du territoire camerounais n’est occupée jusqu’ici par les terroristes de Boko Haram.

Par ailleurs, ils s’accordent pour révéler que, sous Paul Biya, le Cameroun vit une stabilité sociale et politique qui force l’admiration d’autres pays en Afrique, voire dans le monde. Il se préoccupe également du bien-être des Camerounais et a déjà engagé de nombreux projets dans divers domaines. De plus, il est l’homme dont la sagesse permet à son pays de résoudre pacifiquement les conflits qui tendent à porter un coup à la paix, l’un de ses idéaux.

Anciens étudiants de l’EnamPar ailleurs, 36 administrateurs civils issus de la promotion 1997- 1999 de la section administration générale de l’Ecole nationale d’administration et de magistrature (Enam) demandent à Paul Biya, de se présenter à l’élection présidentielle de l’an 2018 dans un document signé le 15 janvier 2015. Ce énième appel survient alors que d’autres, demandant toujours au Président de la République de se présenter au scrutin de 2018, se font entendre.

Au sein du Rassemblement démocratique du peuple camerounais, ces appels à la candidature de Paul Biya sont présentés par les militants comme « un moyen de revenir sur l’œuvre d’un homme exceptionnel, sanctifié par l’âge et l’expérience, et de lui exprimer toute leur reconnaissance ». Militant du RDPC et membre suppléant du comité central, Pascal Messanga Nyamding a développé l’idée selon laquelle « le soutien des amis a une raison ». Pour lui, les vrais amis, fidèles et responsables, doivent aider le Président Biya à bâtir un Cameroun de paix et de démocratie. Cette paix, condition de toute réussite, constitue l’épine dorsale pour un pays comme le Cameroun qui aspire à l’émergence  en 2035.