Haute trahison – Biyiti bi Essam: un prisonnier de haut… vol

Pour renouveler leurs concessions, l’ex-ministre des Postes et Télécommunications, pour des pots-de-vin, n’a exigé de Mtn et d’Orange que 75 milliards chacun.

Pourtant, le coût réel de ces concessions serait de… 5188 milliards Fcfa.
On en sait un peu plus sur les raisons de la disgrâce de Jean Pierre Biyiti bi Essam. Au gouvernement sans discontinuer depuis 2007, ayant survécu à deux remaniements (2009 et 2011) malgré les casseroles, convaincu de sa bonne étoile, l’ex-ministre des Postes et Télécommunications (Minpostel) a signé un crime économique, un de trop, particulièrement abject qui lui vaut, depuis le 2 octobre (jour du réaménagement gouvernemental), une lente mais implacable descente aux enfers.
Le Waterloo de Biyiti bi Essam, c’est le renouvellement, dans des conditions financières abracadabrantesques et frisant la haute trahison, tant les intérêts suprêmes du Cameroun ont été sacrifiés sur l’autel des intérêts individuels, des licences d’exploitation de Mobile Telecommunication Networks (Mtn) et d’Orange. Les faits remontent à mars 2015. Coût des licences : 75 milliards Fcfa, à payer chacun par les deux opérateurs de téléphonie mobile concernés. Dans cette opération, le Trésor public s’enrichira donc de 150 milliards, un «gain d’argent» qui sera mis en avant par l’équipe de communication de l’ex-Minpostel.
Simulacre de guerre de chiffres
Avec le recul, on s’aperçoit que l’entourloupe a été habilement menée, la presse nationale n’y ayant vu que du feu. D’abord, l’opinion, qui a eu droit à une guerre de chiffres tout aussi factice que savamment orchestrée. Le gouvernement, via le Minpostel, martèle que le renouvellement des licences échues se fera contre le paiement d’une somme de 75 milliards pour une période de validité de 10 ans. Orange, ensuite Mtn, refusent ostensiblement de payer ce montant et proposent, pour le premier 40 milliards et, pour le second, 35 milliards. Le gouvernement se montre inflexible, s’attirant ainsi l’admiration et le soutien de l’opinion nationale.
Puis, un beau matin de mars, Orange et Mtn, comme s’ils s’étaient passé le mot, consentent à payer les 75 milliards exigés, mais obtiennent au passage le rallongement de la période de validité de 10 à 15 ans. Dans l’euphorie, personne, dans l’opinion, ne perçoit le scandale sous-jacent. On s’enorgueillit plutôt de la «victoire du Cameroun sur les multinationales capitalistes». Il n’y a pourtant jamais eu de victoire, tout s’étant déroulé comme dans un vaudeville dont le peuple aura été le principal berné.
Dans la réalité en effet, le Cameroun, par la faute de certains de ses fils – et pas n’importe lesquels –, a été spolié de plusieurs centaines de milliards. Et ce n’est pas tout. Jean Pierre Biyiti bi Essam, non seulement a, sans raison apparente, rallongé la durée de validité initiale de 5 ans, mais, suprême braderie du patrimoine public, l’ex-Minpostel a autorisé, sans contrepartie financière supplémentaire et au mépris de la loi en vigueur, Orange et Mtn à exploiter la 3G et la 4G.
Connaissant la valeur de la 4G (entendez 4ème génération technologique), des experts ont été littéralement renversés par la nouvelle et, une fois le choc passé, certains ont saisi le Contrôle supérieur de l’État (Consupe) d’une lettre de dénonciation fort détaillée. C’est ainsi qu’est née une énième «affaire Biyiti bi Essam».

La présidence lâche l’ex-Minpostel
Le projet d’enquête des limiers du Consupe reçoit aussitôt l’aval de Paul Biya et, le 9 juin selon des sources introduites, le ministre-secrétaire général de la présidence de la République, Ferdinand Ngoh Ngoh, informe son collègue du Consupe, Henri Eyebe Ayissi (muté le 2 octobre à l’Agriculture et au Développement rural), de l’accord du chef de l’État pour un déploiement au Minpostel d’une mission spéciale de contrôle et de vérification pour faire la lumière sur les concessions de téléphonie mobile.
Sur le terrain, les enquêteurs du Consupe auraient ainsi découvert deux irrégularités de taille. Primo, Biyiti bi Essam, en se réfugiant derrière des estimations d’experts, aurait sciemment dévalué la valeur des concessions qui, selon les évaluations d’experts reconnus, valent 5188 milliards Fcfa. On tombe des nues, comparé aux 150 milliards payés par Orange et Mtn. Les enquêteurs du Consupe auraient aussi mis la main sur des documents révélant des pots-de-vin reçus par l’ex-Minpostel.

Secundo
Biyiti bi Essam, dans sa forfaiture, se serait permis de violer allégrement la loi n°2010/013 du 21 décembre 2010 régissant les communications électroniques au Cameroun qui stipule, en son article 20, que «les conventions de concession et les licences sont soumises au paiement d’une contrepartie financière appelée droit d’entrée ou droit de renouvellement dont les montants sont fixés par décret du président de la République, sur proposition conjointe du ministre chargé des Postes et du ministre des Finances».
Le renouvellement des licences d’Orange et Mtn, l’autorisation à eux donnée de se déployer dans la 3G et la 4G, tout ceci se sera passé sans que le public ait connaissance d’un décret présidentiel fixant quelque droit que ce soit. Pour les pouvoirs publics, il s’agit probablement été la goutte d’eau de trop.
M. Biyiti bi Essam s’est alors retrouvé dans la charrette de ceux qui quitteront le gouvernement, lors du réaménagement du 2 octobre. Ainsi déchu, l’homme est plus que jamais en délicatesse avec la justice de son pays. Qui n’aurait désormais que l’embarras du choix : détournement de l’enveloppe (200 millions) destinée à la réhabilitation de la Maison de la communication, tentative de détournement de 113 millions affectés à la couverture médiatique de la visite au Cameroun, en 2009, du pape Benoît XVI… Des méfaits perpétrés alors qu’il était ministre de la Communication, et auxquels s’ajoutent ceux commis ces 6 dernières années au Minpostel.