Cameroun – Accords de partenariat économique ,L’éternelle pomme de discorde

L’état des lieux de la mise en œuvre depuis la ratification par le Cameroun a remis en surface les nombreuses divergences.

A huit mois du démantèlement des barrières tarifaires dans ses échanges commerciaux avec l’Union européenne, on reparle des Accords de partenariat économique  (Ape). L’association citoyenne de défense des intérêts collectifs (Acdic) a organisé hier, jeudi 10 décembre 2015, une campagne médiatique sur le sujet. Principalement, « l’état des lieux de la mise en œuvre de l’Ape Cameroun-Ue depuis la ratification». A cet effet, de nombreux responsables des médias ont été conviés à cet échange, dont les principaux intervenants étaient le représentant du Minepat, celle de l’Union européenne et la société civile. Il ressort notamment : «depuis novembre 2011, il n’y a pas eu d’échanges de négociation avec les partenaires. Toutefois, le travail se poursuit au niveau de la région », déclare Me Désiré Loumou, membre du Secrétariat technique Csmo-Apeb. Non sans souligner l’importance de la communication, qui bénéficie de financements destinés aux personnes, qui sont dans la dynamique.

Le Cameroun est-il prêt à honorer le rendez-vous du 4 aout 2016 ? Une réponse par l’affirmative est donnée par Joseph Yombo du ministère de l’Economie, de la Planification et de l’Aménagement du territoire. Ce que dément Babissakana, l’ingénieur fiscalité : «L’Etat n’est pas préparé. Ne soyez pas surpris que l’accélération ne se fasse que quelques mois avant la date butoire. Car, il est important qu’un dialogue entre l’Etat et les représentants des différentes filières libéralisées ait lieu. Or, on n’a pas encore identifié la liste complète des filières concernées, ni engager des discussions avec les parties prenantes. Quelles filières ? Combien d’entreprises peuvent-être touchées ? Que représentent-elles ? ».

Le discours du Chairman et Ceo Cabinet Prescriptor va dans le sens des nombreuses réticences voire refus qui ont précédé la signature de l’accord d’étape par l’Etat camerounais. Le débat sommeillant a ressurgi lors des échanges. Entre les «pour » et les « contre » Ape. «Sur le plan économique, l’Ape n’apporte pas grand-chose. Le Dsce, qui est la boussole de la politique économique du pays s’appuie sur deux leviers : la croissance et l’emploi. Où est-ce que les Ape interviennent dans le Dsce ? Nulle part», ajoute Ariel Ngnitedem, économiste, spécialiste des finances publiques.

De son coté, Norbert Belinga, chef de la cellule législation au Minepat tient à préciser : «il faut analyser les Ape sous de perspectives historiques. Des négociations ont abouti à des baisses de valeur tarifaire. Dans un processus de mondialisation, sur le plan juridique, il est important de s’arrimer aux nouvelles règles de l’Omc ». Oh que non, selon Babissakana : «Aucun pays n’est émergent avec l’aide commerciale. Les Ape ne peuvent pas techniquement transformer le pays. En outre, toutes les études faites par le ministère des Finances démontrent l’impact fiscal négatif des Ape ».

Et l’Union européenne dans tout ça ? Qui est supposée s’appuyer sur l’ensemble des pays de l’Afrique centrale et non uniquement sur le Cameroun. «Nous sommes intéressés par un accord régional. Nous souhaitons faire des négociations dans l’ensemble. Toutefois, chaque pays est souverain. Et libre d’y adhérer ou non», affirme Kathrin Renner, chargée des affaires économiques et commerciales de la délégation de l’Union européenne.  Pourquoi choisir le Cameroun ? «C’est un partenaire stable en Afrique. Notre souhait est que vous vous développiez et vous soyez fiables », conclut-elle.