Cameroun – Mifi: Tangwa Joseph Fover interdit le remblayage des nids d’éléphants

Deux dignitaires politiques de la ville voulaient fermer les trous sur les routes, à leurs frais. Le préfet de la Mifi leur a dit : niet !

Ce qui vient de se passer entre l’honorable Fongang Confiance, ex-député à l’assemblée nationale et président de section Mifi-Ouest, Fonkou Wolong François Xavier, président de la fédération UNDP de la Mifi et le préfet de la Mifi, Tangwa Joseph Fover, est un exemple de rapport dialectique entre les citoyens et les autorités qui sont censées œuvrer pour leur bien-être.
D’abord les faits. Le 4 septembre 2015, Fongang Joseph Confiance et Fonkou Wolong Francois Xavier envoient une correspondance au préfet de la Mifi avec pour objet  » demande d’autorisation pour le remblayage des nids d’éléphants (sic) sur quelques axes dans le centre urbain de la ville de Bafoussam « .Cette initiative, expliquent-ils est née du constat qu’il n’y a rien à attendre du planning des travaux du CD2 pour ce qui de l’aménagement des routes de Bafoussam dont  » la dégradation a atteint un niveau insupportable « .
Aussi entendent-ils,  » afin de faciliter la circulation des usagers et le déplacement des élèves vers leurs établissements  » réaliser le remblayage en  » gravier 15/21  » de certains tronçons du centre urbain de Bafoussam. La correspondance indique un chronogramme sur trois jours :  » Jeudi 24 septembre 2015 : stade omnisport-devant résidence du délégué du gouvernement-lycée technique de Banengo-lycée bilingue-service du gouverneur-route face service d’hygiènede la communauté urbains ; vendredi 25 septembre 2015: carrefour Madelon-rond-point finance (devant la communauté urbaine)-palais de justice ; samedi 26 septembre 2015 : chambre de commerce-face COREDI-rond point BIAO « . Et ils concluent leur missive en ces termes :  » votre autorisation nous permettra de finaliser la planification de ces travaux et de procéder à leur exécution « .

Le 21 septembre 2015, le préfet de la Mifi, Tangwa Joseph Fover répond aux concernés à travers la correspondance N°337/L/F35 avec pour objet  » a/s demande de l’autorisation pour le remblayage des nids de poule « . On peut déjà observer la nuance entre  » nids d’éléphants  » et  » nids de poule « .  » En accusant réception de votre correspondance datée du 4 septembre 2015 relative à l’objet repris en marge et tout en vous féliciatant pour cette bonne idée que vous eu (sic) pour le développement de la ville de Bafoussam « , y lit-on, le préfet rappelle combien  » le mauvais état de la voirie urbaine de Bafoussam préoccupe également les pouvoirs publics « . Il cite pour illustrations  » la réfection des routes au quartier Famla (akwa)  » et  » la rénovation du tronçon palais de justice-hopital de Famla  » par le ministère de l’Habitat et du développement urbain. Il poursuit :  » Pour ce qui est des axes que vous avez mentionnées(sic) dans votre lettre, la Communauté urbaine a lancé un avis de consultation dans l’optique d’acquérir de la latérite qui servira certainement au remblayage des nids évoqués en attendant les actions que les pouvoirs publics mèneront (ouf !) pour palier définitivement à(sic) cette situation triste « . Et la conclusion, en langue de bois administrative :  » Compte tenu de ce qui précède et pour éviter un double emploi, je vous invite à nous appuyer plutôt dans le cadre de la lutte contre l’insalubrité et l’insécurité qui sévissent dans les quartiers « .

ADMINISTRATION SOUS-DÉVELOPPEMENT
Cet échange peu ordinaire de correspondances entre l’autorité et des citoyens plutôt éclairés amène à quelques observations. La première est que tous, le préfet de la Mifi et ses vis-à-vis politiciens, s’accordent sur l’état indescriptible des routes de Bafoussam. On n’imagine le cout en temps, dégâts matériels ou en stress.
 » Je change les pneus tous les mois « , dit un taximan qui dit refuser de transporter les clients avec les objets délicats de peur de retrouver à payer les dégâts qu’ils ont subis. C’est un vrai miracle si chaque jour de classe,des milliers d’élèves vont et rentrent indemnes du Lycée bilingue, du lycée technique de Banengo ou du collège saint Thomas d’Aquin. Outre la route est étroite, elle jonchée de  » nids d’éléphants « . Mais l’autorité administrative ne veut pas voir ces citoyens prendre de l’initiative. Ils gagnerait certainement en popularité qui étalerait au grand jour l’incapacité de l’Etat dont c’est le rôle régalien de faire des bonnes routes, de construire de bonnes écoles, d’y affecter des enseignants et de les payer, de donner de l’eau potable, de ramasser les ordures, de soigner ceux des citoyens qui sont malades, etc. Après tout, il ne revient pas aux citoyens de boucher les trous sur les routes ! Si on est arrivé là, c’est davantage un problème qu’une solution durable. L’adage ouest africain repris par Amadou Kourouma dit que :  » Si la chèvre de ton voisin mord ton étranger, c’est que le chien doit se poser des questions en pliant la queue entre ses jambes « . Parce que l’Etat a cessé de promouvoir le développement pour mettre les ressources publiques à son propre service. On n’a pas besoin d’être par ticulièrement futé pour voir la taille des cortèges et le calibre des voitures estampillées CA qui gambadent allègrement sur ces trous pas seulement en ville mais sur les routes interurbaines.
La deuxième observation porte sur la place et l’intérêt des citoyens dans l’action des publics, si jamais on veut aller au-delà des discours, des  » consultations  » et des  » préoccupations « . Enfin, si l’initiative des citoyens Fongang et Fonkou n’est pas dénuée de toute arrière-pensée et calcul politiciens qu’ils ne cachent du reste pas, elle a le mérite d’avoir étalé au grand jour le degré de considération que les pouvoirs publics accordent à des actions citoyennes, par ces temps de décentralisation, surtout des initiatives qui peuvent leur porter ombrage. Si ces deux politiciens ont voulu fermer les trous des Bafoussam, c’est parce qu’ils en ont les moyens. Quel est le mal s’ils en tirent un bénéfice politique, tout comme ceux qui donnent à boire et à manger ou distribuent des kilos de riz dans les villages en font autant ?
Ce qui serait loué ici serait un crime ailleurs ? Les comités de développement construisent des routes, font des adductions d’eau ou distribuent des prix aux élèves, y invitent les autorités administratives, carburant à l’appui pour venir  » inaugurer  » et elles n’y trouvent pas de mal. Peut-être est-ce qui a manqué à nos braves citoyens Fongang et Fonkou. Auquel cas, on leur suggère de repenser une  » stratégie inclusive  » pour la prochaine fois, comme dirait l’autre ! Chiche…