Vox Pop : Comment allez-vous vivre sans domicile ?

« Je ne sais où aller » : Rebecca Matoukam, victime

J’ai passé 45 ans dans ce quartier et aujourd’hui on vient me démolir. Sans recasement, sans dédommagement. C’est pour que j’aille où ? Je n’ai pas le droit de vivre dans mon propre pays ? Je suis malade, mon mari aussi. Même nos enfants sont traumatisés. Nous avons déjà fait nos bagages. Actuellement, nous sommes en train de casser nous même nos maisons pour sauver ce qui peut encore l’être. Ceci avant que les agents de la Communauté urbaine ne viennent achever les démolitions.

« On va se débrouiller » : Daniel Pieta, victime

Il est hors de question que pendant deux ans, on passe le temps à nous nourrir d’espoir en nous promettant de nous dédommager et qu’un matin, on vienne juste nous détruire sans prévenir. C’est la preuve que les dirigeants sont tous des voyous. Cette attitude montre bien que les Camerounais n’aiment pas leurs frères. Nous n’avons pas où aller. Nous sommes obligés de nous débrouiller dans la nature. Les familles sont en train de se diviser. Chacun va demander une chambre auprès d’un ami ou d’une connais- sance. Ce n’est pas du tout évidant.

« Je rentre au village » : Joséphine Ndjoko, victime

Je suis anéantie. Je ne sais quoi faire. Cette maison est toute ma vie. Savoir qu’elle va être démolie me fait vraiment de la peine. Qu’est ce que je vais devenir ? Où vais-je aller ? Auprès de qui vais-je me plaindre ? Tous mes enfants sont là. Ce soir, nous allons passer la nuit dans les décombres. Nous avons déjà nous-mêmes détruit pour récupérer ce qui peut encore l’être. Demain (15 juillet), nous allons vendre les planches et les tôles récupérées afin de pouvoir rentrer au village.

« Je suis dépassée » : Séverine Maffok, victime

Les mots me manquent pour exprimer mon chagrin. Je suis dépassée par ce qui m’arrive. Je comptais sur le dédommagement qu’on nous a promis pour trouver une autre habitation. Aujourd’hui, on nous demande de partir. C’est pour qu’on aille où? J’ai cinq enfants, qu’est-ce que je vais faire d’eux ? Pourquoi nous traite-t-on comme des étrangers dans notre propre pays?