Visite de Michaëlle Jean au Cameroun : Pour une francophonie plus inclusive et plus « active »

Voilà une visite (celle de la Secrétaire générale de l’Organisation internationale de la Francophonie) qui aura fait couler beaucoup d’encre au Cameroun. Elle a suscité des critiques, certains se demandant même ce qu’elle est venue faire dans ce pays tandis que d’autres ont affirmé que ce voyage constituait tout simplement un « retour d’ascenseur » au Président camerounais. Paul Biya a en effet appuyé la candidature de Mme Jean à ce poste prestigieux en novembre dernier.

Mais, au-delà des interrogations, suppositions et allégations, la visite de la Secrétaire générale de l’Organisation internationale de la Francophonie a-t-elle produit ses fruits? Pour répondre à cette question, il faut d’abord examiner les buts de la présence de Michaëlle Jean au Cameroun.

La Secrétaire-Générale de l’OIF a déjà indiqué lors de son investiture, qu’elle entendait faire jouer à son organisation, un rôle beaucoup plus actif. En ce sens, elle ne veut plus que l’Organisation internationale de la Francophonie se contente d’un rôle de spectateur face aux événements sur la planète. Elle savait qu’en se rendant au Cameroun, elle trouverait une oreille sensible à ses préoccupations puisque le Président Biya lui a indiqué qu’il accordait lui aussi à l’OIF une place importante. Il a notamment affirmé que cet organisme « détient des atouts pour figurer parmi l’avant-garde de la communauté internationale ». On ne peut donc pas nier que cette « convergence de vues » sur l’avenir de l’OIF, constitue l’une des principales raisons de la présence de la Secrétaire générale de l’OIF au Cameroun. D’ailleurs, ce pays est devenu l’un des premiers visités par Michaëlle Jean. En mars, la Secrétaire générale de l’OIF s’était rendue pour des raisons humanitaires en Guinée où sévissait une épidémie d’Ebola. Mais cette fois, les motifs de la visite sont forts différents. Il s’agit en fait pour Michaëlle Jean et aussi pour Paul Biya de façonner la véritable personnalité de cette organisation.

 
Une francophonie active et à la recherche de solutions

D’entrée de jeu, le président camerounais a indiqué à son hôte qu’il souhaitait faire de la Francophonie un instrument de solidarité, un thème qu’il avait d’ailleurs développé il y a quelques années quand il avait suggéré (et obtenu) la mise sur pied d’un Fonds de solidarité pour tous les pays victimes de catastrophe. Depuis 2009, ce Fonds a été remplacé par le Programme francophone d’appui au développement, un programme dans lequel le Cameroun a d’ailleurs investi près de 200 000 CAD en 2013. Le président Biya a aussi invité l’OIF à éviter la tentation de fonctionner en vase clos. Autrement dit, le président camerounais souhaite que l’Organisation internationale de la francophonie coopère davantage avec les autres grands blocs linguistiques du monde arabe, lusophone et anglophone afin de se fixer « les mêmes objectifs communs en matière de paix, de démocratie et de progrès économique et social ».

Paul Biya a aussi rappelé à son hôte que les Objectifs du Millénaire définis par l’ONU il y a 15 ans n’ont pas été respectés. Il a d’ailleurs pressé la Francophonie de tout faire pour s’assurer que le retard pris à ce chapitre par les Nations Unies soit rattrapé au cours des prochaines années. Il a souligné que « c’est ainsi que l’on pourra faire reculer la misère, creuset où se forgent l’extrémisme et la révolte ».

 
Un appui dans la lutte au terrorisme

Ce que le Président Biya attendait surtout de Michaëlle Jean lors de son séjour, c’est son appui à sa lutte contre le terrorisme et en particulier contre Boko Haram. Ce mouvement est particulièrement présent depuis plusieurs mois dans le nord du Cameroun, y faisant des incursions périodiques à partir du Nigeria. Le président camerounais souhaitait un appui fort de la Francophonie et c’est ce qu’il a obtenu. La secrétaire générale de l’OIF n’a pas hésité à réaffirmer sa solidarité à l’égard des projets nationaux et sous-régionaux, mais surtout, elle a été très claire dans ses propos sur le terrorisme. « Monsieur le président de la République, je viens ici dire au peuple camerounais qu’il n’est pas seul. Je viens lui donner l’assurance de la solidarité agissante de notre organisation à l’égard d’un état membre qui subit sans faillir tour à tour et en même temps, les répercussions des conflits régionaux de la Centrafrique, le terrorisme de Boko Haram et les effets pervers de l’insécurité maritime qui sévit dans le golfe de Guinée. Je voudrais vous assurer ici du soutien pur et entier de la Francophonie dans ces moments si difficiles ».

Pour les autorités camerounaises, la visite de Michaëlle Jean a constitué un véritable succès diplomatique. Cela a d’abord permis au Cameroun de montrer qu’il est devenu un acteur important au sein de la Francophonie, du moins en Afrique. Et en plus, le Président Biya a obtenu un appui fort de la part d’un organisme international (la Francophonie) sur l’un des enjeux majeurs de sa présidence, à savoir la lutte contre Boko Haram.