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Visite de François Hollande à Yaoundé : Les non-dits d’une visite Marathon

Visite de François Hollande à Yaoundé : Les non-dits d’une visite Marathon

Quinze ans après la dernière visite d’un président français au Cameroun, François Hollande arrive ce jour à Yaoundé. Pour une visite d’Etat de six heures d’horloge. Minable selon de nombreux observateurs, eu égard à l’étendue des intérêts entre les deux pays. Suffisant pour s’attendre à une courtoisie de façade entre Paul Biya et son hôte.

Les présidents de la République française et camerounaise se livreront vraisemblablement ce soir à un jeu d’amour où les sentiments réels des conjoints sont difficilement cernables, même s’il est de notoriété que les rapports entres Etats ne sont pas des relations d’amour. Mais bien que régies fondamentalement par des intérêts, il n’en demeure pas moins vrai que lesdites relations s’accommodent par principe, d’une certaine élégance diplomatique. Tel n’a pas toujours été le cas entre la France et le Cameroun. Tout au moins, depuis une quinzaine d’années. Car audelà des nombreuses visites effectuées entretemps au Cameroun par des autorités françaises, certes importantes, il est clair que les rapports entre Paris et Yaoundé sont quelque peu enneigés depuis 2001. Date marquant la dernière apparition d’un chef d’Etat français (Jacques Chirac en l’occurrence) au pays de Paul Biya.

Or le chef de l’Etat camerounais a, depuis lors, multiplié les visites de différente nature en France. Paul Biya a effectué, entre autres, une visite de travail en France en octobre 2007. Il s’y est de nouveau rendu en visite officielle du 21 au 24 juillet 2009, et a participé au sommet de Nice en mai 2010, ainsi qu’aux festivités du cinquantenaire des indépendances africaines à Paris les 13 et 14 juillet 2010. De plus, le président camerounais, en marge d’une visite de travail en France le 30 janvier 2013, a rencontré François Hollande à l’Elysée, et a également participé au sommet de l’Elysée pour la paix et la sécurité en Afrique, les 5 et 6 décembre de la même année. Sans oublier sa présence au sommet de Paris sur la sécurité au Nigéria le 17 mai 2014. Mais les deux derniers chefs d’Etat français semblent accorder moins d’importance aux nombreuses fréquentations officielles de Paul Biya en France. Curieusement, un pays qui totalise plus d’une centaine de filiales d’entreprises au Cameroun, avec par conséquent des intérêts économiques importants.

Antagonisme démocratique

On sait outre mesure que les perceptions et les approches de la démocratie entre l’Elysée et Etoudi sont loin d’être identiques. Un antagonisme rendu plus virulent à partir de 2007, avec l’arrivée de Nicolas Sarkozy au pouvoir. Le successeur de Jacques Chirac n’a jamais caché son antipathie vis-à-vis du régime de Paul Biya. La preuve c’est qu’il est arrivé au Gabon et au Tchad, tout juste à côté du Cameroun, sans jamais songer y mettre les pieds jusqu’à sa défaite en 2012. Le tombeur de Mouammar Kadhafi en Libye se voyait mal en visite chez Paul Biya, au pouvoir depuis 1982. Un président dont l’intelligence politique et la sagesse diplomatique déjouent tout pronostic de succession et d’alternance dans son pays.

Sans doute agacé par le secret de «l’Homme Lion» à enchaîner les victoires électorales, Nicolas Sarkozy avait mis on se souvient, trois semaines avant de féliciter Paul Biya pour sa «large et brillante» réélection en 2011, pour un nouveau mandat de sept ans renouvelable. Poursuivant, l’alors locataire de l’Elysée avait illustré sa froideur diplomatique par un message à tout le moins didactique à l’endroit de son homologue camerounais : «alors que votre pays connaîtra de nouveau des élections en 2012, je ne doute pas que vous saurez, d’ici là, mettre en oeuvre les réformes et les moyens nécessaires au bon fonctionnement d’Elecam (organe électoral) et, par voie de conséquence, au renforcement de la démocratie au  Cameroun».

Moins radical que son prédécesseur, François Hollande a pris quant à lui la décision d’atterrir à Yaoundé, de retour respectivement du Benin et de l’Angola, pays auxquels il aura consacré plus de temps. L’agenda du président français prévoit seulement six heures de temps en territoire camerounais. Une visite d’Etat éclair. En tout cas, François Hollande est attendu ce soir au Palais de l’Unité, où il aura un tête-à-tête avec Paul Biya. Par la force des choses bien évidemment. D’autant plus que même des parlementaires français ne portent pas le chef de l’Etat camerounais dans leur coeur. Ils ont récemment publié un rapport à tout le moins incendiaire sur le régime de Paul Biya, estimant que sa longévité au pouvoir (33 ans) pose un problème à la démocratie. Mais que faire ! Les enjeux sécuritaires et économiques ne laissent plus le choix à la France. Car depuis le déclenchement de la guerre contre Boko Haram, l’image de la France est écornée au Cameroun par une certaine opinion qui estime insidieusement que le pays de François Hollande est de «collusion» avec la secte terroriste.

Préserver les intérêts économiques

L’exaspération du sentiment anti-français au sein de ladite opinion a atteint le seuil critique en février dernier à Yaoundé. L’ambassadrice de France au Cameroun qui croyait apporter sa solidarité à la grande marche organisée contre Boko Haram avait été vertement huée par un public d’un autre genre, mu par une haine viscérale et aveugle à l’égard de la France. Quelques slogans l’illustrent à suffisance : «la France dehors ! On ne veut pas la France !». Il fallait remonter à l’époque du «maquis» pour vivre une telle aversion vis-à-vis de l’ancienne tutelle. Réagissant face à cet état des choses, des autorités françaises se sont rendues à Yaoundé, dont Laurent Fabius et tout récemment, Bernard Cazeneuve, respectivement ministre des Affaires étrangères et ministre de l’Intérieur.

Justement parce que la France n’ignore pas que sécurité, économie et développement, sont des notions consubstantielles. Il n’y a pas d’économie et développement dans un pays sans la sécurité et la France tient à l’amélioration de ses intérêts économiques en nette régression au Cameroun. En quelques années par exemple, la Chine est devenue le premier client, fournisseur et bailleur de fonds du Cameroun. Sans compter que d’importants contrats pour la construction d’infrastructures ont été attribués à des entreprises chinoises. Conséquence, la France a perdu entre 2000 et 2011, 14 points de parts de marché au Cameroun, selon un rapport de l’ancien ministre Hubert Védrine publié en 2013. Autant de choses qui obligent la visite de François Hollande au Cameroun, afin de recadrer les suspicions supra évoquées et préserver au mieux les intérêts français au Cameroun. Quitte à donner une accolade certes chaleureuse à son homologue, mais de façade, tant il a été démontré plus haut que la philosophie démocratique des deux pays est diamétralement opposée, cinquante ans après les indépendances.

 

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