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Vers une élection présidentielle anticipée

Vers une élection présidentielle anticipée

Un curieux appel de Cavaye Yeguié à la candidature de Paul Biya met la puce à l’oreille. À 3 ans de la présidentielle, l’empressement du président de l’Assemblée nationale pourrait ne pas être un simple excès de zèle. Décryptage.

Hier, Cavaye Yeguie Djibril a sidéré les auditeurs du journal parlé de 17 heures de la Cameroon Radio and Television (Crtv). Dans une motion de soutien des «forces vives du département du Mayo Sava [son département d’origine] », rédigée à l’occasion des 33 ans de magistrature suprême du chef de l’État et dont il est le principal signataire, le patron de la chambre basse du Parlement a demandé à Paul Biya de présenter sa candidature à l’élection présidentielle. Le document ne précise pas la date du scrutin visé. Une curiosité à ne pas négliger au regard du contexte. D’où de forts soupçons d’anticipation de la présidentielle devant en principe se tenir en octobre 2018. D’où aussi la confirmation d’une échéance dont l’anticipation, justement, était de plus en plus évoquée dans les cercles du pouvoir depuis au moins deux ans.

On aurait tort de prendre la sortie du président de l’Assemblée nationale (Pan) pour un calcul personnel, encore moins une étourderie. Elle procède d’une stratégie finement mise en musique par le régime afin de préparer les esprits. Qu’on se souvienne simplement du débat préalable à la modification de la Constitution visant à abroger la limitation des mandats présidentiels. C’est en effet Grégoire Owona et Françoise Foning (de regrettée mémoire), chantres du Renouveau s’il en est, qui, les premiers, serviront à l’opinion l’argument selon lequel tout pouvoir venant de Dieu, il serait antidémocratique de limiter lesdits mandats pour un homme encore désiré par son peuple. Qu’on se souvienne également de cette réponse sibylline de Paul Biya à un journaliste français au sujet de sa longévité aux affaires, le 3 juillet 2015 à l’occasion de la visite officielle de François Hollande au Cameroun : «Les élections présidentielles de 2018 sont certaines, mais encore lointaines. (…) Nous avons le temps de réfléchir et le moment venu, les Camerounais, les amis français et tout le monde, sauront si je suis candidat ou si je prends ma retraite». Par expérience, bien des observateurs réagissent en soutenant que les propos de Paul Biya, pour les comprendre, méritent d’être pris à l’envers. Autrement dit, lorsque le président déclare que les élections camerounaises de 2018 sont certaines, mais lointaines, il suffit simplement de remplacer le mot «lointaines» par «proches» pour véritablement être en phase avec lui.


Manœuvres

Qui plus est, la sortie du Pan intervient au moment où le renouvellement des bureaux des organes de base du  parti au pouvoir, le Rassemblement démocratique du peuple camerounais (Rdpc), bat son plein, et surtout à la veille de l’ouverture d’une session parlementaire consacrée certes à l’examen du projet de budget de l’État, mais qui n’exclut pas l’ouverture d’autres débats importants portant sur la vie de la République. Elle coïncide aussi avec une importante et curieuse campagne d’affichage du cabinet civil de la présidence présentant des images du président de la République, en phase avec son peuple (opposition, populations, etc.). Avec des airs de campagne avant la lettre, ces images, censées traduire la fusion avec la base ainsi que la popularité d’un homme de paix et de consensus, ne sauraient être considérées comme des œuvres innocentes.

Désormais donc, selon des sources introduites, il est question de développer auprès de l’opinion publique des arguments militant pour une élection présidentielle anticipée. Pour commencer, il est question, pour les sherpas du régime de renforcer les pouvoirs du chef de l’État, chef des Armées, dans un Cameroun en guerre contre le terrorisme. Ensuite, une présidentielle anticipée décante, au plan aussi bien économique que logistique, une année 2018 qui prévoit non seulement un scrutin pour la magistrature suprême, mais aussi les sénatoriales, les législatives et les municipales. Et, last but not least, Paul Biya tient, selon les mêmes sources, à avoir les coudées franches dans la perspective de l’organisation de la Coupe d’Afrique des nations (Can) masculine de 2019.

Sur le plan géostratégique aussi, des élections présidentielles sont attendues en 2016 aux États-Unis et en 2017 en France, deux alliés forts du Cameroun aussi bien sur le plan économique que dans le domaine sécuritaire. Il est donc, pense-t-on en haut lieu, urgent de se mettre à jour avant ces deux échéances d’importants partenaires au développement et dans le domaine de la lutte contre la secte islamiste Boko Haram. Ceux qui suivent la chronique politique du Cameroun peuvent aussi se souvenir, en additif, que rarement échéance électorale se sera tenue à date dans le pays depuis des décennies, ces rendez-vous étant généralement soit anticipés soit prorogés. Dans tous les cas, cette sortie du Pan ne saurait être classée dans le registre des motions de soutien ordinaires.

 

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