Utilisation des bouteilles en plastique : l’embarras des ménages

Contenant le plus utilisé dans le commerce, les bouteilles de plastique deviennent difficiles à évacuer une fois leurs contenus consommés.

Nous sommes au quartier « Biyem Assi » à Yaoundé, à quelques mètres du lieu-dit « Shell Nsimeyong ». Il est 23h 30 environ, ce mercredi 10 mai. La route est déserte. Seul le passage à vive à l’allure de quelques voitures témoigne d’une activité humaine à cet endroit et rompt de temps en temps avec le silence qui y règne.

Sortis de nulle part, trois enfants apparaissent sous la lumière d’un des lampadaires qui éclairent les lieux. Chacun d’eux porte un sachet de type kaba, plein de bouteilles en plastique usées. Arrivée à un endroit moins éclairé, le plus grand du groupe leur ordonne d’abandonner les sacs là et de repartir en courant vers leur domicile. Le lendemain matin, aucun voisin ne semble vraiment étonné de découvrir ses sacs pleins de bouteilles plastiques.

En effet, cette pratique est bien connue dans le quartier, où la société de ramassage d’ordures n’est plus passée depuis plusieurs mois déjà. Ici, les ménages n’ont trouvé que cette méthode pour se débarrasser des bouteilles devenues trop encombrantes. On se demande bien ce qu’il advient de ces bouteilles ainsi jetées dans la nature. Sandrine M., une habitante du quartier, nous confie que très souvent, elles sont récupérées par certaines personnes qui sillonnent les quartiers. Ce qu’ils en font après leur passage reste un mystère. Ces collecteurs ne glanent pas tout ce que les ménages renferment.  Il arrive aussi qu’ils ne passent pas. Dans ces cas, les bouteilles s’éparpillent dans la nature avec le temps ou encore sont emportées par les pluies, comme en ce moment.

Valérie vit quelques mètres plus loin de la « décharge » improvisée des trois enfants. Elle est mère d’un bébé de 7 mois qui se nourrit essentiellement au biberon, lequel est préparé à l’aide d’eau minérale conditionnée dans les bouteilles en plastique. Valérie se retrouve souvent avec de grosses quantités de bouteilles usées. Pour s’en débarrasser, elle n’a rien trouvé d’autre que de les balancer dans le cours d’eau qui passe derrière sa maison. « Je suis bien consciente de ce qu’elles vont sans doute finir leur voyage dans une rigole qui se retrouvera bouchée tôt ou tard. Mais que faire ? Les éboueurs ne passent plus. Si je ne fais pas ça, je risque de me trouver envahie par ces bouteilles dans ma maison », déclare-t-elle honteusement. La jeune femme n’est pas la seule à utiliser ce cours d’eau comme décharge, puisque son voisin est sorti quelques instants plus tard y vider sa corbeille.

Corine, une autre jeune maman, habite le quartier Damas. Cette jeune dame de 27 ans, qui a des jumeaux âgés d’un an, affirme ne pas avoir du mal à se débarrasser des nombreuses bouteilles d’eau minérale qu’elle utilise. « J’ai la chance d’habiter non loin d’un bac à ordures. Donc, lorsque les bouteilles commencent à m’encombrer, je vais juste les jeter dans le bac à ordures», explique-t-elle.

Très peu de Yaoundéens ont le privilège de vivre à proximité d’un bac à ordures. Il est donc probable que les habitants de cette ville cohabitent encore pour longtemps avec les bouteilles plastiques si le gouvernement ne fait rien.