camernews-mgr-joseph-befe-ateba

Actualités politique : Un tombeau peint en blanc

Actualités politique : Un tombeau peint en blanc

Créée par décret n°2006/088 du11 mars 2006, la Commission Nationale Anti-Corruption(Conac), est opérationnelle depuis 2008. Elle a globalement pour mission de lutter contre la généralisation de la corruption au Cameroun.Cet organisme public, supposé être indépendant, dont les membres sont issus de la haute administration et de la société civile, est placé sous l’autorité et le contrôle d’un homme, Paul Biya le président de la République du Cameroun, au pouvoir depuis trente-un(31) ans.

Selon le rapport publié le vendredi 20 décembre 2013, depuis que la commission est effective, elle a reçu 4357 dénonciations reparties ainsi : 227 en 2008, 312 pour le compte de 2009, 482 courant 2010, 1247 sur l’année 2011, et 2089 en 2012, notons au passage qu’aucune précision n’est faite sur le nombre de dénonciations réellement traitées. Or, au-delà des chiffres et, de la gloriole, déclinée sous la forme de déclaration officielle, ce qui est décrié, ce n’est pas la production d’un rapport, tel que prescrit par l’alinéa 4 de l’article 24 du texte fondateur de la Conac, ce sont plutôt, les méthodes de travail des membres de l’institution en charge de la lutte contre la corruption, qui  rendent peu crédible, le rapport annuel de la Commission Nationale Anti-Corruption.

Voici ce que dit en filigrane Dieudonné Massi Gams, président de la Conac, pour justifier les manquements de l’institution qu’il dirige « nous n’avons pas assez de moyens. Le personnel est insuffisant. Il n’y a pas de moyens de locomotion. Au Botswana, pays africain le moins corrompu, pour lutter contre la corruption, les agents disposent de près de 600 véhicules ». Il omet habilement de préciser qu’au Botswana, l’organe en charge de lutter contre la corruption fait des enquêtes, dans le lieu le plus « sacré » du pays, la présidence de la République du Botswana par exemple. Chose inimaginable dans la République « Cacaoyère » du Cameroun. De plus, dans ce pays, chaque membre du gouvernement a obligation de faire un compte-rendu trimestriel de l’état de la lutte contre la corruption dans le département ministériel dont il a la charge.

Des institutions intouchables

Pourtant, au Cameroun la corruption obéit à des codes et à des signes. Les corrompus et les corrupteurs ont professionnalisé leurs méthodes, aussi bien en zones rurales et urbaines. Aucun secteur d’activités n’y échappe. Gestion des carrières dans la fonction publique, admission dans les grandes écoles, structures hospitalières, marchés et travaux publics, groupements d’intérêts communautaires(Gic), transports, douanes, affaires foncières, péage et pesage routiers, poste de police et gendarmerie…

Loin d’être donc  le fait d’une « minorité », la corruption est pratiquée au Cameroun, par tous et dans toutes les administrations républicaines. Pourtant, le rapport 2012, n’affiche aucun chiffre concernant la présidence de la République du Cameroun où tout se décide, aucune allusion n’est faite de la Caisse Autonome d’Amortissement(Caa), pour ne citer que ces deux cas.

Rien ne précise dans le travail de la Conac, que, les bilans mitigés des Initiatives à Résultats Rapides (Irr), brandis par la Conac, et qui donnent l’impression du travail bien fait, sont plus du fait de la peur qui plane sur la tête des agents publics comme une épée de Damoclès, que de la prise de conscience réelle d’un changement de comportement.

Les pays amis, à l’instar du Japon, l’empire du soleil levant, est très impliqué dans le programme Choc (Changeons d’Habitude et Opposons nous à la Corruption) l’ont vite compris, c’est peut-être, ce qui justifie l’absence d’une dizaine de représentations diplomatiques, à la cérémonie du vendredi 20 décembre 2012 au Palais des congrès de Yaoundé. La Conac pour eux est une coquille vide. Comment comprendre autrement leur absence qui n’est pas passée inaperçue? Se sont-ils passé le mot?

Le ver est dans le fruit

Les mis en cause, reprochent  aux agents de la Conac le non-respect du principe du contradictoire, lors de leurs investigations. Comme à l’Agence Nationale d’Investigation Financière (Anif), ou au Conseil de Discipline Budgétaire et Financière(Cdbf) du Contrôle Supérieur de l’Etat, ou encore à la Cour des comptes, l’on reproche aux agents de la Conac, d’être eux-mêmes corrompus.

« Il y’a un chevauchement de compétence entre les agents de la Conac et ceux du Contrôle supérieur de L’Etat », se plaint sous anonymat un gestionnaire de bien public épinglé par le rapport 2012 de la Conac. « Nous ne savons plus qui fait quoi, ils sont plus portés vers l’enrichissement personnel que par le souci de rendre service au Cameroun » conclut notre interlocuteur.

Choses vues et choquantes, certains agents de la Conac bâtissent des immeubles, à une vitesse impressionnante, comme cet agent qui, recruté il y’a quelques mois, vient de construire au quartier Biyem-Assi, un duplex gigantesque. Le ver est décidément dans le fruit, au point de se demander pourquoi la Conac ne traque pas dans ses propres rangs.

camernews-mgr-joseph-befe-ateba

camernews-mgr-joseph-befe-ateba