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Un remaniement ministériel ?

Un remaniement ministériel ?

La foireuse campagne brésilienne des Lions indomptables a donné lieu à une véritable hystérie dans certains milieux camerounais. Entre ceux qui exigent des têtes tant au ministère des Sports et de l’Education physique qu’au Comité de normalisation et ceux qui demandent un remaniement ministériel, on est dans un véritable tourbillon. Ce qui vient, une fois de plus, confirmer la place cardinale qu’occupe le football dans ce pays. Au détriment de l’éducation, de la santé, de l’eau, de l’électricité, de tous ces équipements collectifs qui font tant défaut au quotidien des Camerounais. Le football, comme je l’ai souvent écrit dans ces colonnes, est notre cache-sexe. Tant qu’il cachait notre nudité, la populace se sentait fière et pouvait s’exhiber publiquement comme notre lointain ancêtre Adam tant qu’il n’avait pas mangé le fruit défendu.

On ne le dira jamais assez : les maux qui minent ce pays, le football compris, ne recevront jamais de traitement approprié aussi longtemps que certains ne daigneront point ôter leurs œillères pour mieux appréhender la réalité. Nos problèmes ne seront jamais résolus tant que nos dirigeants ne voudront écouter que les symphonies agréables et douces à leurs oreilles. Les sons divergents pour eux n’étant que cacophonie. Et pourtant le chant du coq ou le caquètement des poules ne signifie pas forcément que le jour s’est levé. Nous venons de le vivre avec les Lions indomptables. Entre les matchs amicaux et les réalités du tournoi brésilien.

Après une précédente déroute des Lions indomptables comme les deux dernières que d’aucuns n’ont pas fini de digérer, une jeune collaboratrice qui n’est plus de ce monde, observant mon indifférence devant l’affliction des uns et des autres m’interpella en ces termes : « Dobell, on dirait que ce qui nous arrive ne te dit rien. Pourtant nous n’avons plus que ce football… ». Samedi dernier, j’ai suivi, ahuri, un avocat que je croyais tout au moins lucide, claironner sur le plateau d’une chaîne locale de télé que « le football est la seule religion qui nous rassemble tous…». Je l’ai bien compris. Je le comprends bien. Mais je ne suis pas sûr qu’il en est convaincu. Il a sans doute besoin de figurer sur la liste des prestataires de service à la quête de dossiers qu’on voudra bien lui confier dans les arcanes du pouvoir. Moyennant une note salée. La surfacturation étant le moyen le plus « honnête » d’enrichissement sous le Renouveau.

Ceux qui demandent au président Paul Biya de « poser des actes forts… », de « tirer toutes les conséquences au niveau politique… » au sujet de cette débâcle ne semblent pas connaître cet homme. M. Biya n’est pas homme à s’émouvoir tant que son pouvoir n’est pas lorgné, convoité. « Tant que Yaoundé respire, le Cameroun vit » a-t-il nargué les instigateurs des cruelles villes mortes de 91-92. Autour de lui et en face s’activent et gesticulent une valetaille de courtisans et d’opposants d’opérette que le petit peuple a clairement identifié et dont le discours ne passe plus.

Pourquoi M. Biya remanierait-il le gouvernement après une défaite des Lions indomptables ? Même si c’est en coupe du monde ? En quoi cela menace-t-il son pouvoir ? n’avait-il pas dit à ces valeureux défenseurs du label Cameroun que « même si le sort vous était défavorable, ce n’est pas la fin du monde…». Voilà qui est clair. Certes, le football, c’est la guerre ou la diplomatie sur un stade. De nos jours, il nourrit grassement ceux qui le pratiquent. Plus que toute autre activité. L’ancien séminariste qu’est Paul Biya sait que les activités sportives ne servent qu’à faire d’un corps sain la demeure d’une âme sainte. A l’époque où il allait à l’école, on était destiné à être fort en thème ou matheux. Ce sont ces brillants sujets-là qui étaient appelés à gérer l’avenir. C’est pour cela que, eux, les Paul Biya sont aujourd’hui à la tête du Cameroun.

A cette époque, le garçon qui revenait du sport, rasait les murs pour ne pas être vu par les parents.Parce que les sportifs étaient des « bons à rien ». Même quand les Atangana Ottou, feu Nna Ndo Georges (magistrat), Dr Ngallè Mbonjo, Ama Pierrot (pas le musicien), Owona Pascal Baylon et bien d’autres ont apporté la preuve par 9 qu’on pouvait être bons footballeurs et faire de bonnes études, cela n’emballait point nombre de parents qui ne voulaient voir en leurs rejetons que de futurs ingénieurs, médecins, pilotes, sages femmes… Des métiers qui illustrent fort à propos qu’on a bien quelque chose entre les deux oreilles.

C’est depuis quelques années seulement que les Européens ont fait des footballeurs des stars et des super-stars qui ne passent pas par des académies et football, mais qui brassent des millions et des milliards à tour de bras. Et du coup, les aires de jeu, même les plus rudimentaires vident les salles de classe. Véritable bouleversement d’un certain ordre aujourd’hui éculé.

Ce n’est donc pas à un pur produit de cet ordre ancien qu’on va demander de provoquer un tsunami parce que l’équipe de football a fait naufrage, tout comme l’Espagne, champion du monde sortant, l’Angleterre, berceau du football, et d’autres grandes nations de ce sport. Certes les dessous de cette foireuse aventure interpellent le chef de l’Etat. Même si c’est du fond du bas peuple que remonte l’hallali, Paul Biya restera de marbre. Son temps et ses préoccupations ne sont pas ceux de la rue et des médias. Pour lui, le football demeure une distraction comme le vélo et le songho’o qu’il affectionne bien. Même s’il en récupère et capitalise les victoires.

Toutefois, son « Raspoutine » le rappelle de temps en temps à une opinion assoiffée de la chute de ceux qui traumatisent le lumpens prolétaria comme de nos jours le professeur Owona Joseph et Adoum Garoua. Hélas, les rêves en technicolor de certains Camerounais se sont transformés au fil du tournoi et des prestations de leurs valeureux ambassadeurs en hallucinants cauchemars comme la jeune Pierrette de Jean de La Fontaine devant son pot de lait brisé sur les cailloux de l’infortune. Bye bye Brésil ! Hello Morocco ! A condition que nous comprenions que l’ère de la mondialisation est celle d’une folle compétition qui nécessite aux commandes des Etats et des nations des responsables capables d’anticiper et non de froids réactionnaires.

Saluons au passage la réaction du 2 juin de la présidence de la République (ou du président de la République ?). Mais n’attendons-nous pas toujours le fameux plan d’urgence annoncé au détour d’un solennel discours à la nation le 31 décembre 2013 ? Il y a de cela bientôt sept bons mois. Et pourtant le même discours reconnaît qu’au train où vont les choses, même l’émergence en…2035 n’est pas garantie. Heureusement que nous autres, on ne sera plus là. Mais que diront nos enfants de nous ? Seront-ils fiers de nous ? Mériterons-nous leur reconnaissance ? Et quid de la commission Musonge pour le Rdpc ?

« Il n’est pas de grand talent sans grande volonté » selon Honoré de Balzac. Volonté politique dans notre cas aujourd’hui. Le sage Confucius nous apprend par ailleurs « qu’il est parfois des moissons qui n’arrivent pas à fleurir, il en est aussi qui, après avoir fleuri, n’ont pas de grain ». A nous de savoir prendre la vie comme elle se présente. Mais sans résignation.

 

 

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