Un mort dans une campagne d’évangélisation à Douala.

Une dizaine d’autres personnes ont été blessées au cours d’une bousculade au stade de la Réunification.

Ulrich Tchaptue a vraiment vu le « miracle, le vrai », mardi. Il a vu des hommes et femmes, allongés « par terre et qui criaient au secours, au secours ». Le jeune vendeur ambulant d’eau minérale ne sait par quel bout commencer son histoire. « Il était 23 h environ. Moi j’étais ici, commence-t-il en pointant du doigt l’entrée du stade de la Réunification de Douala au quartier Bepanda. Le pasteur venait de finir de prêcher. Il est entré dans sa voiture et est parti. Les fidèles l’ont suivi en courant. C’est à ce moment que tout a commencé ».

Il raconte que des milliers de personnes se bousculaient vers le portail du stade fermé. « Les gens étaient couchés et d’autres marchaient sur eux. Ils pleuraient et criaient ». Ulrich doit forcer la voix pour se faire entendre. C’est que, ce mercredi 21 octobre, le stade, d’une capacité d’accueil de 22 000 places, est plein.

Malgré la bousculade de la veille qui a fait, selon des organisateurs, un mort et une dizaine de blessés, des femmes, hommes et enfants suivent les prêches du pasteur nigérian Johnson Suleman, debout sur un podium et micro à la main. Certains tiennent des bouteilles d’huile d’olive, photos d’un proche malade, passeports… à la main. « J’ai quitté mon village à Bamenda lundi. Je suis arrivée à Douala pour suivre ce  pasteur qui fait des miracles au Nigéria », avoue Faith Monique, les yeux rivés sur son passeport qu’elle tient entre les mains.

La faute à Satan

A 31 ans, la jeune femme rêve de partir « se chercher » en Europe et croit que le pasteur Johnson pourra l’y aider. 24 h plus tôt pourtant, Faith a vu des gens « mourir » sous ses yeux. Aux urgences de l’hôpital de district de Deido, où cinq blessés parmi la dizaine (une autre partie à l’hôpital Laquintinie) ont été conduits, vers 2 h ce mercredi, la major nous explique que la dernière malade, Mbu Confortaben Cam er .be, 65 ans, ressortissante de Kumba et souffrant d’une fracture fermée au tibia droit, est sortie contre l’avis médical, comme les trois autres (Oben Glory, Njonga Gladys).

Seule Jessica Arume, 34 ans, a été transférée dans un hôpital à Buea. Une infirmière croit que ces blessés sont retournés au stade écouter le « sauver Johnson Suleman », ce mercredi, dernier jour de prêche (20 et 21 octobre ). En attendant, le corps d’une des fidèles non encore identifiée, a été déposé à la morgue de cette formation hospitalière. « Nous attendons encore un membre de sa famille », soupire Simon Hiondi, le major de la morgue. « Les portes du stade étaient fermées hier soir. Les fidèles qui voulaient sortir n’ont pas trouvé d’issues. Ils ont paniqué et se sont mis à se bousculer, relate Charles Ngu Achu, du comité d’organisation de la campagne d’évangélisation de Johnson Suleman.

Les responsables du stade disent qu’ils l’ont fait pour protéger les fidèles des bandits. C’est l’oeuvre de satan car, pourquoi doit-on fermer la porte quand Dieu est là ? ». Joint au téléphone, Fritz Mbella , directeur du stade de la Réunification nie toute responsabilité dans l’incident. « Lorsque nous louons le stade, c’est à cette personne de prendre en charge les infrastructures et les personnes qui y sont », tranche-t-il. Ce mercredi, une équipe mixte, une centaine, de policiers, gendarmes et militaires était visible au stade.