Tribune : Septembre prémonitoire

ENTRE RUMEURS INSISTANTES de remaniement ministériel, réactivation des attentats suicides et grogne des éléments de nos forces de défense, le Cameroun semble vivre les signes annonciateurs de quelque tsunami.

Si jusqu’alors, l’opinion semblait confiner le précédent vocable à la seule réorganisation longtemps attendue d’un gouvernement marqué par l’inertie et l’inefficacité, depuis peu celui-ci a été étendu aux chamboulements plus profonds pouvant faire littéralement vaciller le pouvoir. Il en est ainsi notamment des attaques itératives des activistes de la secte islamiste Boko Haram, qui alimentent le sentiment d’abandon chez les populations de l’Extrême Nord.

Suffisant dès lors pour comprendre qu’au-delà de l’engagement de nos forces de défense, au travers des sacro saints principes d’honneur et fidélité, ces dernières comprennent mal qu’en dépit du sacrifice ultime auquel sont astreints certains des leurs, la hiérarchie militaire ne s’offusque guère de les assimiler à de la «chair à canons». Sinon, comment comprendre le traitement plutôt indécent qui leur est réservé, en dépit des nombreuses victoires qu’elles engrangent sur le terrain strictement militaire ? Essaie-t-on dès lors d’insinuer que la grande muette devrait se muer en grande stoïque et servile astreinte à aliéner sa dignité ? Ces questions, bien qu’elles aient connu une réponse idoine, celle-ci se veut inopportune car arrivant sur le tard et à la suite de revendications qui n’auraient pas dû avoir lieu.

Pourtant, il est de notoriété que l’exacerbation des frustrations des forces de sécurité commises pour promouvoir la paix et sauvegarder l’intégrité nationale est généralement porteuse de velléités de mutinerie. Même si tel est loin d’être notre souhait, la multiplication de telles frustrations est de nature à développer chez celles-ci, une vigilance lâche préjudiciable à plus d’un titre. Surtout qu’en la matière, ceux délégués pour assurer le suivi, l’encadrement et la gestion desdites forces, semblent plutôt briller par un laxisme révélateur de leur incapacité à mener à bien les missions qui sont les leurs.

Aussi se serait-on attendu qu’en sus du paiement anticipé (?) desdits militaires, leur hiérarchie ayant partie liée avec leurs déboires soit également sanctionnée. Mais au lieu de cela, on lui a concédé un sursis indu, entérinant par la même occasion le règne de l’impunité et si ce n’est pire, d’un népotisme institutionnel devenu l’apanage du pouvoir pour maquiller son incapacité à prendre des décisions promptement. Car, on a beau dire que le tenant de celui-ci se veut le maître du temps, il n’en demeure pas moins vrai qu’en se terrant derrière le temps, il favorise indubitablement l’enlisement du gouvernement ou de ce qui en tient lieu, dans la contreperformance qui est la sienne.

Qu’importe, pourrait-on dire au final, aussi longtemps que les mouvements d’humeur revêtent encore quelque caractère pacifique. Mais qui peut augurer de ce que sera le prochain, tant il est constant que même au front, une autre grogne couve ? Certainement qu’on attendra encore que la menace devienne larvée, pour parer au plus pressé. Ne dit-on pas fort à propos que c’est en temps de guerre que les cupides et personnes véreuses font des affaires florissantes en multipliant si ce ne sont des détournements de fait, du moins des manoeuvres insidieuses leur octroyant des commissions occultes ?

Le cas des militaires de la mission de paix en Rca peut participer de cette réalité, quand on sait que de telles opérations sont budgétisées et ne sauraient conséquemment souffrir d’aussi longs retards. Et malgré l’accalmie retrouvée dans les rangs des militaires, on se serait par ailleurs attendu que leur mouvement accélérât le remaniement annoncé depuis belle lurette. Mais une fois de plus, le tenant du pouvoir maintient tout le monde dans l’expectative, quitte pour ce faire à endormir ceux des membres du gouvernement qui savent leur cause entendue. Car, au-delà de la redynamisation de l’équipe gouvernementale, il s’agira par ailleurs d’élaguer celui-ci des fossoyeurs de la république qui s’y terrent. Mises côte à côte, toutes ces situations font inéluctablement de la deuxième partie du mois de septembre, une période noire à plus d’un titre. Surtout qu’avec les morts de Kerawa, cela devient davantage triste même si dans la foulée, les collaborateurs du Chef de l’Etat multiplient les artifices pour l’endormir afin de mieux l’encercler et pire, le prendre plus longtemps en otage. Ainsi va le Cameroun avec ses contradictions et incongruités qui en font l’exception qu’il est.