Tribunal criminel spécial: bruits et chuchotements sur le procureur général

L’affaire du garde du corps d’Émile Zéphirin Nsoga continue de provoquer des remous au plus haut niveau de la magistrature.

Depuis vendredi 15 mai, Maurice Belinga séjourne à la prison centrale de Yaoundé-Kondengui. Le garde du corps du procureur général près le Tribunal criminel spécial (Tcs) y a élu domicile au motif d’avoir abusé d’un justiciable à qui il avait pris la somme de 11 millions de francs pour l’arrêt des poursuites. Si le manège de Maurice Belinga n’a pas marché, l’affaire fait toutefois grand bruit au Tcs, car l’on est en train de découvrir que certains responsables insoupçonnés tapis au sein de cette juridiction se sont pris de passion pour les compromissions et les acoquinements ténébreux. En attendant le démarrage du procès, la grande question qui reste en suspend est de savoir si des ordres ont été donnés pour que le gardien de la paix principal se mette ainsi plein les poches?
Au niveau des enquêtes, l’on ne cesse de gloser sur le rôle joué par l’ancien directeur

des Affaires pénales et des Grâces du ministère de la Justice. Davantage au Tcs où trouble et interrogations envahissent les bureaux, l’on se demande si finalement chaque « client » qui se pointait au nez du garde du corps d’Émile Zéphirin Nsoga ne se transformait-il pas en appâts irrésistible, parfois avec la complicité goguenard de son…. patron ?
Toujours est-il qu’au regard d’un certain nombre d’éléments troublants du dossier, l’affaire nécessitait un regard croisé. Ce d’autant plus qu’on n’arrive toujours pas à comprendre pourquoi l’enquête s’est d’abord retrouvée entre les mains des Officiers de police judiciaires (Opj) du Tcs, placés directement sous la direction et le contrôle du procureur général, M.Nsoga. Ce qui ne peut que laisser songeur.
Policier et démarcheur? Pour certains magistrats approchés, même quand on est le garde corps du procureur général, se permettre un tel forfait ne pardonne pas. « Évidemment, certains souriront que le magistrat Nsoga (qui joue le monsieur propre) comparaisse lui aussi prochainement à la barre. Mais les chuchotements de couloirs laissent fuiter que le procureur général près le Tcs fait désormais l’objet d’une crise de confiance », lâche prudemment un juge. Pour un autre juriste plus volubile, dans le cadre de ce dossier unanimement perçu comme ayant rapidement pris des proportions inimaginables par la nature et la gravité des faits dénoncés, ce magistrat voit, sans conteste, sa crédibilité s’effriter. Et partant celle du Tcs.
Il est pourtant constant qu’en créant cet instrument judiciaire, le chef de l’État entendait mettre à la disposition de la justice camerounaise, une institution répondant au besoin du législateur camerounais à lutter efficacement contre la corruption et les atteintes à la fortune publique, pour une meilleure construction de la nation. D’ailleurs, lors de l’audience inaugurale, le 15 octobre 2012, Laurent Esso avait clairement indiqué au président du tribunal près le Tcs que la pratique judiciaire est un art difficile. « Vous le savez bien. Votre parfaite maîtrise de la police d’audience et votre sérénité dans la conduite des débats doivent apporter la quiétude dans les esprits… Si pour le magistrat du siège, la loi et sa conscience déterminent son intime conviction, il faut relever que, l’indépendance du juge est au service de toutes les parties au procès… L’indépendance de la Justice c’est d’abord le respect de la loi», dira-t-il. Et de conclure : « L’indépendance du juge c’est aussi l’assurance que le justiciable connaitra l’équité malgré l’interprétation restrictive de la loi pénale. L’indépendance du juge est davantage la garantie d’une bonne administration de la Justice. Cette indépendance honore notre système judiciaire. » En magistrat chevronné, le ministre Laurent Esso avait surtout rappelé aux responsables du Tcs que «Le pouvoir judiciaire est une institution structurée et organisée… Son mode de fonctionnement est juridiquement encadré. Les principaux acteurs, magistrats et avocats sont spécialement formés pour l’exercer. Ils ont prêtés serment. Nous devons donc prendre garde.» C’est tout dire.