Transport en commun: femmes au volant

Les dames chauffeurs de bus ne courent pas les routes au Cameroun. Celles qui ont choisi ce chemin s’y épanouissent cependant.

Cela fait 18 ans que Jeannette Abognala tient ferme le volant. Plusieurs agences de voyage de la place et pas des moindres, ont su lui accorder leur confiance depuis l’année 1999. En 2002, la jeune fille de la région de l’Est se saisit de son premier volant de bus à Buca voyages. Elle le tiendra ferme jusqu’en 2005, malgré les coups fomentés par certains hommes qui voyaient d’un mauvais œil une femme au volant. Ensuite, c’est Rim voyages sur les axes Yaoundé-Mbalmayo et Yaoundé-Bafoussam pendant six ans. Enfin, depuis quelques semaines, elle roule pour la Société des transports et équipements collectifs de Yaoundé, la toute nouvelle agence de transport en commun après être passée par les sociétés Le bus, City star sur l’axe Yaoundé-Buéa, Touristique, et Buca voyages encore.
De ces différentes expériences, elle garde le souvenir ému de voyageurs bienveillants. « Il y a toujours des gens qui vous font avancer. Beaucoup apprécient ma façon de conduire et ça aide à se sentir plus motivée.  J’ai même reçu des cadeaux, des encouragements.» Que dire alors des « machos » qui ne voient la femme qu’au foyer ? « On apprend à vivre et faire avec », et de se rappeler en rigolant, l’interrogation de certains : « quel est cet oiseau au volant qui nous amène à Douala ? » Très peu pour émousser son moral, d’autant que depuis qu’elle a commencé à conduire, le bon Dieu lui a, jusque-là, épargne les accidents. Pour cette mère qui commence sa journée à cinq heures, et l’achève à vingt et une heures, la vie au foyer n’est pas toujours évidente. « Au début, c’était un peu compliqué parce qu’il fallait s’occuper des enfants. Aujourd’hui, les petits ont grandi et je gère mieux mon temps. »
Comme Jeannette Abognala, Jeanne d’Arc Elanga la doyenne, qui rêvait de couture, s’est elle aussi par la force des choses retrouvée au volant dans des agences ayant pignon sur rue. Elle a connu pratiquement les mêmes résistances, des railleries quelques fois, des encouragements et félicitations aussi. Un métier qui lui a permis d’élever sa famille et d’être à l’abri du besoin. Son ardent désir, comme celui de sa petite sœur Abognala, voir de plus en plus de femmes « prendre le volant » et s’épanouir dans cette profession. Elles ont montré la voie, aux autres « d’oser » à leur tour.