Traités Germano-Camerounais: à la recherche de la vérité historique

Cameroun (archives, livres, sons) a été dévoilé, de 1850 à nos jours.

 

 

Pr Kum’a Ndumbe III: « Les Camerounais doivent interroger les sources »

Président-fondateur d’AfricAvenir International.

 

Quelle vérité voulez-vous restituer ?

D’abord que nous n’avons pas encore commencé à écrire l’histoire du Cameroun pour plusieurs raisons : le blocage de la langue, de l’écriture allemande qui est parfois indéchiffrable et les historiens camerounais ne lisent pas l’allemand pour l’écrasante majorité. Les germanistes camerounais ne font pas d’histoire. La deuxième chose c’est que les documents que les historiens utilisent sont ceux que les blancs ont laissés. Comment pouvez-vous écrire votre histoire en vous basant sur les documents que les autres ont écrits sur vous ? Imaginez qu’en France, on écrive l’histoire de la France à partir des documents que les Chinois ont rédigés sur la France. Quelle histoire de la France va en ressortir ? Chez les Camerounais et les Africains, c’est normal qu’on utilise les documents des Allemands, des Français, des Anglais, pour écrire l’histoire du Cameroun. Il faut donc aller beaucoup plus loin et interroger les Camerounais pour qu’ils disent leur part de vérité sur l’histoire du Cameroun. Ce que nous avons fait. Donc, sur cette partie de la naissance du pays, la langue allemande et les langues camerounaises sont incontournables.

 

Pourquoi contestez-vous l’expression « signataire plénipotentiaire » entendue lors de la célébration de Dika Mpondo Akwa à propos du traité du 12 juillet 1884 ?

Je vous ai montré le fameux traité du 12 juillet où King Akwa et King Bell ont signé conjointement. Il n’est pas mentionné que l’un est témoin de l’autre. Je vous ai montré les documents originaux. Donc il faut arrêter de falsifier l’histoire et là, je le dis en tant que professeur de rang magistral des universités. Il faut arrêter ça ! Il faut aller dans les documents. Vous avez vu le document de Brutsch de 1955 qui a commencé à écrire que Bell était témoin d’Akwa. C’est une erreur qui a été faite mais qui est dépassée par l’écriture et la recherche historique depuis longtemps. Et je suis heureux que vous ayez vu vous-mêmes les documents et que vous ayez constaté que nulle part, il n’y a le terme témoin. Il faut que les Camerounais, s’ils veulent parler de l’histoire de leur pays, aillent d’abord dans les sources et les interrogent.

 

 

« >

Le Pr Kum’a Ndumbe III a convié les médias et le public à découvrir les archives de la naissance du pays.

 

95. C’est le nombre de contrats de vente de territoires, de traités négociés ou par alliance antérieure, de traités de paix après la résistance. Et le traité du 12 juillet 1884 n’est qu’un des actes dans cet ensemble de documents germano-camerounais. Il y a par exemple eu, la veille, le 11 juillet, le traité signé par le chef de Bimbia et celui paraphé par King Dido (aujourd’hui Deido). Ce même jour, King Bell vendait l’île Nichol, au large de Bimbia, aux Allemands. 133 ans plus tard, le 11 juillet 2017 à la bibliothèque Cheikh Anta Diop de la fondation AfricAvenir à Bonabéri, Douala, la presse et le public découvrent ou redécouvrent ces informations partagées par le maître de céans, le Prince Kum’a Ndumbe III. Archives à l’appui, le chercheur et universitaire insiste sur « la recherche de la vérité historique ».

Ce qui a conduit à cette rencontre, c’est la commémoration, quelques jours plus tôt à Douala, des 100 ans de la mort de King Dika Mpondo Akwa. Plus exactement l’expression « signataire plénipotentiaire » mise en avant lors de l’hommage au souverain, pour parler de son rôle dans la signature du traité germano-camerounais du 12 juillet 1884 et de celui du « témoin » King Bell. Une expression récusée par le Pr Kum’a Ndumbe, qui montre ledit document, où l’on peut voir les signatures des deux rois côte à côte. Des rois qui ont été payés chacun 1120 kroo (monnaie camerounaise à l’époque), selon une correspondance d’Edouard Schmidt, l’autre signataire du traité pour la partie allemande.

« 1 kroo camerounais valait 20 reichsmarks en 1884 », explique le profeseur. Pour le prince Kum’a Ndumbe III, petit-fils de Lock Priso, King d’Hickory Town aujourd’hui Bonabéri, qui avait refusé de signer quelque traité que ce soit avec les Allemands, on ne devrait pas célébrer ces traités : « On vous enlève votre monnaie et on vous met celle de quelqu’un d’autre qui dicte maintenant sa loi… On vous met en esclavage et vous allez faire la fête. C’est terrible ! » Le chercheur refuse également qu’on parle de traité germano-duala : « Ça n’existe nulle part ». Et pour cause, Douala s’appelait Kamerunstadt, qui a donné son nom à tout le pays, Kamerun. Occasion de rappeler que « ce qu’il y a dans nos livres d’histoire ne correspond pas du tout à ce que disent les documents. »

Plusieurs autres sujets historiques ont été évoqués, en même temps que l’impressionnant trésor documentaire de la bibliothèque sur le Cameroun (archives, livres, sons) a été dévoilé, de 1850 à nos jours.

 

Pr Kum’a Ndumbe III: « Les Camerounais doivent interroger les sources »

Président-fondateur d’AfricAvenir International.

 

Quelle vérité voulez-vous restituer ?

D’abord que nous n’avons pas encore commencé à écrire l’histoire du Cameroun pour plusieurs raisons : le blocage de la langue, de l’écriture allemande qui est parfois indéchiffrable et les historiens camerounais ne lisent pas l’allemand pour l’écrasante majorité. Les germanistes camerounais ne font pas d’histoire. La deuxième chose c’est que les documents que les historiens utilisent sont ceux que les blancs ont laissés. Comment pouvez-vous écrire votre histoire en vous basant sur les documents que les autres ont écrits sur vous ? Imaginez qu’en France, on écrive l’histoire de la France à partir des documents que les Chinois ont rédigés sur la France. Quelle histoire de la France va en ressortir ? Chez les Camerounais et les Africains, c’est normal qu’on utilise les documents des Allemands, des Français, des Anglais, pour écrire l’histoire du Cameroun. Il faut donc aller beaucoup plus loin et interroger les Camerounais pour qu’ils disent leur part de vérité sur l’histoire du Cameroun. Ce que nous avons fait. Donc, sur cette partie de la naissance du pays, la langue allemande et les langues camerounaises sont incontournables.

 

Pourquoi contestez-vous l’expression « signataire plénipotentiaire » entendue lors de la célébration de Dika Mpondo Akwa à propos du traité du 12 juillet 1884 ?

Je vous ai montré le fameux traité du 12 juillet où King Akwa et King Bell ont signé conjointement. Il n’est pas mentionné que l’un est témoin de l’autre. Je vous ai montré les documents originaux. Donc il faut arrêter de falsifier l’histoire et là, je le dis en tant que professeur de rang magistral des universités. Il faut arrêter ça ! Il faut aller dans les documents. Vous avez vu le document de Brutsch de 1955 qui a commencé à écrire que Bell était témoin d’Akwa. C’est une erreur qui a été faite mais qui est dépassée par l’écriture et la recherche historique depuis longtemps. Et je suis heureux que vous ayez vu vous-mêmes les documents et que vous ayez constaté que nulle part, il n’y a le terme témoin. Il faut que les Camerounais, s’ils veulent parler de l’histoire de leur pays, aillent d’abord dans les sources et les interrogent.